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Critique de film
Le film

Le Grand McLintock

(McLintock !)

Partenariat

L'histoire

George Washington McLintock (John Wayne) est un puissant éleveur texan, le citoyen le plus influent et le plus respecté de la région, à tel point que la plus grande ville du coin porte son nom. N’appréciant guère que des fermiers ou des éleveurs viennent s’installer sur ses terres, il demande à un groupe de pionniers de quitter son domaine. Il n’en embauche pas moins l’un de ses membres (Patrick Wayne) ainsi que sa mère (Yvonne de Carlo), une jeune veuve, en tant que cuisinière. McLintock voit d'un mauvais œil le retour en ville de Katherine (Maureen O’Hara), son épouse qui l’a quitté voici quelques années. Elle est ici pour réclamer le divorce qu’il lui a toujours refusé, ainsi que la garde de sa fille. En effet, elle vient accueillir cette dernière (Stefanie Powers) à la descente du train, espérant la convaincre de ne pas rester dans cette contrée de sauvages mais de la suivre dans l'Est plus civilisé. Dans le même temps, McLintock doit défendre face à l’armée quatre chefs indiens récemment libérés et qui refusent toujours de conduire leur peuple jusqu’à la réserve qu’on leur a ordonné de rejoindre...

Analyse et critique

Imposant budget que celui pour ce western initié et entièrement supervisé par sa star, le Duke en personne, qui avait dès le départ dans l’idée d’en faire un western familial, chatoyant et bon enfant, réunissant alors la plupart de ses proches ou collaborateurs fidèles, que ce soit au sein du cinéma ou encore parmi les membres de sa propre famille. C’est ainsi que l’on trouve au générique non seulement le fils et la petite-fille de John Wayne mais également beaucoup de participants, techniciens ou comédiens habitués des films de John Ford. Alors que l’on pense d'abord proposer la réalisation à des cinéastes chevronnés tel Henry Hathaway, le choix se porte finalement sur le fils du pittoresque comédien Victor McLaglen - le mouchard de The Informer ou encore le Sergent Quincannon porté sur la bouteille dans La Charge héroïque (She Wore a Yellow Ribbon), Andrew V. McLaglen. Apprenant le métier sur les tournages du plus célèbre borgne de Hollywood (ses quelques admirateurs diront d’ailleurs de lui qu’il fut le fils spirituel de Ford), McLaglen fut ensuite réalisateur de seconde équipe puis assistant réalisateur de Budd Boetticher (La Dame et le toréador - Bullfighter and the Lady) ou de William Wellman (Track of the Cat). Il produisit avec John Wayne pour sa société Batjac le superbe 7 hommes à abattre (Seven Men From Now) de Budd Boetticher puis, sur les conseils de l’acteur, se lança la même année dans la réalisation d’un petit western de série B, Gun the Man Down, modeste mais sympathique réussite, sans beaucoup d’action mais avec suffisamment de tension et de suspense pour nous tenir en haleine tout du long. Mais, avant d’entamer sa série de westerns à gros budget dans les années 60, Andrew V. McLaglen se tourna ensuite surtout vers le petit écran pour lequel il mit en scène d’innombrables épisodes des séries Perry Mason et Rawhide.

Il aura donc fallu attendre huit années après son premier long métrage pour que le réalisateur travaille à nouveau pour le cinéma. Ce sera avec McLintock ! le début d’une carrière, sinon spécialement mémorable pour les spectateurs, en tout cas très rentable pour le cinéaste puisque, dans les années 60, ce seront ses westerns qui obtiendront le plus de succès et c’est surtout grâce à eux que le western américain réussira à résister au rouleau compresseur transalpin. McLintock ! est l’histoire d’un riche éleveur qui voit sa tranquillité sur le point de vaciller lorsque la femme qui l’a quitté voici quelques années revient au bercail pour réclamer telle une furie non seulement le divorce mais également la garde de sa fille. Voici en gros les seuls éléments sur lesquels va reposer quasiment tout le scénario de ce western si ce n’est aussi, très brièvement évoqué, les problèmes que posent les Comanches au gouvernement américain en refusant de se rendre dans les réserves qui leur sont allouées. A partir d’une intrigue aussi minimaliste, l'excellent scénariste James Edward Grant (Hondo, La Dernière caravane, Alamo...) réussit cependant à ne jamais ennuyer le spectateur deux heures durant malgré la minceur des enjeux dramatiques, en parvenant à nous lancer dans le même temps sur une piste pro-indienne gentillette mais pas désagréable. Il faut dire que Grant connait parfaitement John Wayne puisqu’il fut en quelque sorte durant vingt ans son scénariste presque exclusivement attitré. On peut sans trop se tromper affirmer que le personnage du Duke admiré par la majorité de ses fans (l’homme rustre au grand cœur, juste, paternaliste, respectueux des gens qu’il emploie, défendant les valeurs républicaines, ne se laissant pas marcher sur les pieds, maladroit avec les femmes et capable de grands élans lyriques) a été en partie forgé par ce scénariste. Cette description s'applique d'ailleurs encore parfaitement au protagoniste qu’est McLintock.

Il est indispensable, pour pouvoir apprécier ce film, de ne s’attendre à rien d’autre qu’à un vaudeville westernien dénué de violence, agréable mais sans conséquences, à une pochade très amusante qui ne se prend jamais vraiment au sérieux. D'ailleurs, en plus du comique de situation, on s’amusera aussi à retrouver disséminées de-ci de-là de multiples références aux films de Ford réunissant John Wayne et Maureen O’Hara (les parents se disputant leur enfant unique comme dans Rio Grande, la fessée en publique comme dans L’Homme tranquille...) On aura beau critiquer McLintock ! sur sa lourdeur comme je l’ai lu un peu partout, regrettant que John Ford ne l’ait pas réalisé à la place de McLaglen, au risque d’en attrister certains, je pense que sur ce point le tandem John Ford / James Edward Grant avait auparavant encore moins fait dans la finesse avec La Taverne de l’Irlandais (Donovan’s Reef). Film au budget imposant, même s’il décevra forcément les amateurs d’action, il en donne cependant au spectateur pour son argent, rien déjà que pour son casting 4 étoiles faisant se côtoyer un John Wayne en pleine forme entouré d'innombrables seconds rôles habitués du genre (Chill Wills, Edgar Buchanan...), une jeune actrice charmante et pleine de vitalité (Stefanie Powers, la Jennifer de la série Pour l’amour du risque), de vieux Navajos déjà à l’affiche des westerns de cavalerie de Ford, et surtout deux comédiennes que l'on est ravi de trouver réunies, deux des plus grandes stars du western, Maureen O'Hara et Yvonne de Carlo.

Si l'ensemble n'est certes pas d'une grande subtilité (la bagarre homérique dans la boue ou la dernière demi-heure vont même assez loin dans la pantalonnade), et s’il faut être conscient de son côté paternaliste et un peu réactionnaire (d’ailleurs le film s’en fait ironiquement l’écho), McLintock ! se suit avec un constant sourire aux lèvres tellement l’entourage de John Wayne et l'équipe en son ensemble paraissent s'être pris au jeu, les acteurs semblant s'amuser comme des petits fous. Quand à Andrew V. McLaglen, à l’instar de Frank De Vol - le compositeur attitré de Robert Aldrich -, il filme le tout avec efficacité et vitalité. On est même surpris de le voir nous offrir certains plans d'ensemble d'une étonnante beauté (notamment lors des premières minutes), aidé il est vrai en cela par la somptueuse photographie de William H. Clothier. McLintock ! est un divertissement tout à fait réussi dans la veine du Grand Sam (North to Alaska) de Henry Hathaway ou des Comancheros de Michael Curtiz pour en rester dans les westerns récents du Duke. Un des films les mieux réalisés de McLaglen, cinéaste mal aimé et qui pourrait peut-être encore nous surprendre par la suite malgré également quelques pénibles ratages à venir. En attendant, la bonne humeur qu’instaure cette galerie de personnages colorés est assez communicative ; nous aurions tort de bouder notre plaisir devant cette sorte de version westernienne de La Mégère apprivoisée.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 2 juillet 2016