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Critique de film
Le film

Le Géant du Grand Nord

(Yellowstone Kelly)

Partenariat

L'histoire

Le célèbre trappeur métisse Yellowstone Kelly (Clint Walker) se rend à Ford Buford pour y vendre ses peaux. Le Major Towns (Rhodes Reason) lui demande d’être éclaireur de sa troupe alors qu’elle doit traverser les territoires Sioux dans le Sud du Missouri, terres que le gouvernement compte confisquer aux Indiens. Ne souhaitant pas avoir à se mêler à une autre guerre indienne qui pourrait déboucher de cette incursion malveillante, Kelly refuse l’offre. Durant son séjour au fort, il fait plus ample connaissance avec Anse Harper (Edd Byrnes) qu’il a rencontré sur le bateau à aube qui l'a conduit en ces lieux. Ce dernier, captivé par la réputation du trappeur, souhaiterait ardemment passer un hiver à ses côtés pour connaître la sensation de cette vie solitaire et aventureuse. Essuyant un refus, Anse finira par le convaincre après lui avoir porté main forte lors d’un combat à mains nues opposant Kelly à des soldats qui lui cherchaient noise. En route pour la cabane du trappeur, ils se font capturer par le guerrier Sioux Sayapi (Ray Danton) et sont conduits jusqu’au campement indien. Là, le chef Gall (John Russell), se souvenant que Kelly lui a autrefois sauvé la vie alors qu’il était grièvement blessé, demande au trappeur de réitérer son miracle sur Wahleeah (Andra Martin), une de leurs captives Arapaho qui a reçu une balle dans la colonne vertébrale. L'opération s'étant parfaitement bien déroulée, Gall laisse partir Kelly et Anse malgré les objections de Sayapi qui les aurait bien vus morts. Plus tard, les deux aventuriers voient arriver Wahleeah qui a réussi à s’enfuir du campement Sioux. Mais les guerriers indiens l’ont suivie jusqu’ici ; ils acceptant qu’elle reste avec les deux hommes blancs tout l’hiver jusqu’à ce qu’elle soit complètement rétablie, après quoi ils la récupèreront...

Analyse et critique

Même si Face au châtiment (The Doolins of Oklahoma), sa première contribution au western, s’était révélée extrêmement attachante, par la suite, jusqu’en cette fin de décennie, Gordon Douglas, contrairement à ce que je pensais, n’aura pas forcément brillé à l’intérieur du genre, beaucoup de ses westerns ultérieurs n’ayant pas été entièrement satisfaisants : se succédèrent un exercice de style un peu froid - Only the Valiant (Fort Invincible) -, un bon divertissement guère mémorable - The Nevadan (L’Homme du Nevada) -, un film très médiocre - The Great Missouri Raid (Les Rebelles du Missouri) -, et même un remake pénible et complètement raté du Carrefour de la mort (Kiss of Death) de Henry Hathaway. Et puis, en 1957, avec le méconnu Les Loups dans la vallée (The Big Land), le cinéaste nous offrait à nouveau, après son premier western, un autre film au charme certain et au ton étonnamment doux. L’action était réduite au strict minimum, mais lorsqu’elle faisait son apparition elle nous décevait rarement tellement le contraste entre sa brutalité et la délicatesse de ce qui avait précédé provoquait son effet. On aurait pu dire la même chose du Géant du Grand Nord sauf qu’ici, entre les quelques séquences d’action encore une fois très réussies, on s’ennuie ferme, le scénariste Burt Kennedy semblant s’être totalement désintéressé de son histoire. Il est clair que nous sommes très loin de ses fabuleuses réussites pour Budd Boetticher. Et pourtant, sa première collaboration avec Gordon Douglas, l’excellent Fort Dobbs (Sur la piste des Comanches), laissait augurer beaucoup de cette deuxième rencontre d'autant plus que le budget était plus conséquent et que le Technicolor remplaçait le noir et blanc.

Durant la seconde moitié des années 50, la Warner était le principal fournisseur de séries westerniennes pour la télévision. C’est grâce à elles que des acteurs tels Ty Hardin, Jack Kelly ou James Garner commencèrent à émerger. Clint Walker était dans la même situation. Alors relativement connu des spectateurs américains par le fait d’incarner le héros de la série TV à succès Cheyenne, la compagnie des frères Warner voulu lui donner une chance de percer aussi sur grand écran sans toutefois prendre trop de risques, lui proposant avec Fort Dobbs un western à petit budget dans lequel il n’aurait pas à trop parler de manière à ce que ses carences en matière d’art dramatique ne se remarquent pas vraiment. Des carences qui sont toujours présentes dans Yellowstone Kelly, même si le charisme et la stature du comédien masquent un peu ce défaut d’autant qu’il incarne un personnage très attachant. Ses partenaires seront pour la plupart presque tous des acteurs provenant eux aussi de la petite lucarne, à commencer par le jeune Edd Byrnes ; malheureusement, aucun ne sortira vraiment du lot. A leur décharge, il faut avouer que les personnages qu’ils eurent à camper à cette occasion manquaient singulièrement de relief, étant psychologiquement très peu étoffés. "The West was opened by courageous trail-blazing pioneers like Lewis and Clark and Luther "Yellowstone" Kelly - trapper, surveyor, and Indian scout who was the first frontiersman to cross the mighty Yellowstone Valley." Le western de Gordon Douglas met donc en scène un personnage de trappeur ayant réellement existé, l’un des plus célèbres de l’Etat du Wyoming, qui a beaucoup contribué à aider le gouvernement dans le tracé des cartes ou dans ses relations avec les Indiens. Le projet était au départ prévu pour John Ford à la mise en scène, John Wayne devant interpréter l’imposant homme des bois, mais les deux hommes se virent engager sur un autre tournage, celui du tout autrement plus réjouissant Les Cavaliers (The Horse Soldiers).

Hormis cela, il n’y a vraiment pas grand-chose à dire sur ce film d’aventure westernien qu'est Yellowstone Kelly, qui pêche avant tout par un manque de conviction de tous ses participants, se révélant ainsi donc tout logiquement d’une grande fadeur générale. Beaucoup de pistes lancées, d’enjeux dramatiques et de thèmes abordés sans que jamais rien n’aille au bout au sein de ce scénario qui fait du sur-place, une mise en scène purement fonctionnelle sans aucun éclair de génie, des comédiens qui font le minimum syndical pour un ensemble certes de bonne facture mais qui n’arrive pas plus à décoller qu’à nous captiver. Une déception d’autant plus grande que Fort Dobbs était souvent réjouissant et que Burt Kennedy nous avait habitués à l’excellence. Yellowstone Kelly est un western pro-Indien (trop) discrètement progressif qui manque de puissance, qui s’avère donc bien en deçà de beaucoup de ses prédécesseurs de la décennie, en fin de compte très conventionnel et qui n’a pas grand-chose à nous apprendre ou à nous montrer de plus que ce qui n’a déjà été fait. L’homosexualité pointé par certains me semble encore une fois sacrément tiré par les cheveux (ce n’est pas parce que deux hommes dorment torse nu dans la même pièce qu’ils devraient éprouver du désir l’un pour l’autre) et le pouvoir érotique de la comédienne interprétant l’Indienne s'avère bien gentillet (surtout quand avant elle nous avons pu croiser sur les mêmes chemins westerniens Elsa Martinelli, Colleen Miller, Tina Louise ou Angie Dickinson, autrement talentueuses et mieux mises en valeur). Le discours antiraciste est en revanche bien présent (les soldats humilient Kelly pour ses origines indiennes et les officiers semblent avoir tous les droits de confisquer leurs terres aux natifs) et jamais appuyé ; peut-être même pas assez, car du coup il a tendance à se dissoudre assez vite dans cet ensemble languissant.

Comme dans 90 % des cas chez Warner dans le domaine du western, on est de nouveau obligés de se coltiner des décors en studio assez cheap, des transparences plutôt hideuses, des comédiens blancs mal grimés en Indiens (Ray Danton est vraiment ridicule - c’est d’autant plus gênant qu’il est censé interpréter le personnage le plus inquiétant du film - et une musique non seulement envahissante mais assez vite pénible. Comme son prédécesseur, le médiocre David Buttolph, Howard Jackson supervise une partition dont le beau thème principal élégiaque est noyé dans une cacophonie d’une lourdeur pachydermique, chaque "bourre-pif" étant illustré par un coup de percussion, chaque trait d’humour par une trille de flute... Reste une photographie plutôt belle, des scènes d’action bien troussées et une bonne facture d’ensemble. C’est bien peu pour un western signé Gordon Douglas et Burt Kennedy... Dommage !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 10 janvier 2015