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Critique de film
Le film

Le Crime de l'Orient-Express

(Murder on the Orient Express)

Partenariat

L'histoire

Au milieu de la nuit, un drame survient dans le train express Istanbul - Calais : Ratchett, un riche homme d'affaires américain, est retrouvé assassiné dans sa cabine. Parmi les passagers se trouve le célèbre détective Hercule Poirot, qui entend bien résoudre cette nouvelle énigme qui s'offre à lui...

Analyse et critique

On s'est déjà étonné de voir que Sidney Lumet, malgré des prédispositions politiques et artistiques qui en faisaient un candidat parfait, n'a pas participé au mouvement du Nouvel Hollywood. C'est ainsi qu'après un thriller fantastique (Child's Play) et une romance texane (Lovin' Molly), on est à nouveau surpris de le voir en plein milieu des années 70 tourner ce Crime de l'Orient-Express, projet qui paraît bien désuet au moment où ses confrères cinéastes redéfinissent les règles qui régissaient jusqu'ici le cinéma des studios. Le film est d'abord une grande production au casting international : côté femmes on y retrouve Lauren Bacall, Ingrid Bergman, Jacqueline Bisset et Vanessa Regrave, côté hommes Jean-Pierre Cassel, Sean Connery, John Gielgud, Anthony Perkins, Richard Widmark, Michael York et, dans le rôle du célèbre détective belge, le grand Albert Finney. Lumet adore les acteurs (il a débuté sur les planches, a monté un atelier d'acteurs à Broadway et n'a cessé durant sa carrière de cinéaste de diriger les plus grands), et on imagine le plaisir qu'il a pu prendre à voir défiler sur son plateau ces stars et ces acteurs venus d'horizons très divers. Un défilé qui tourne certes à vide - les personnages sans épaisseur étant réduits à des fonctions - mais qui nous procure ce plaisir quelque peu fétichiste qui consiste à contempler une belle collection de stars. Plaisir dédoublé par celui pris à suivre l'attendue mais diablement efficace mécanique policière déployée par Agatha Christie.

Le film est très soigné - aussi bien au niveau des décors (le luxueux Orient-Express) que de la reconstitution d'époque - et la mise en scène de Lumet se révèle aussi simple qu'élégante. Ce qui est intéressant, c'est que cette posture de Lumet, ce côté lisse et propret qu'il donne à son film, est totalement cohérent dans le cadre d'un récit qui ne repose que sur les faux semblants et les rôles qu'endossent les différents protagonistes de l'histoire. En travaillant sur l'artifice, le décorum et la présence d'acteurs immédiatement identifiables, Lumet s'amuse et dans un même temps trouve le positionnement idéal pour tourner cette adaptation d'Agatha Chrisite.

En outre, le film est loin d'être incohérent par rapport à la filmographie du cinéaste. On y retrouve ainsi son goût pour les espaces clos et son intérêt pour tout ce qui touche au fonctionnement du groupe. Plus anecdotique, il utilise les flash-back et glisse sa caméra entre les personnages comme il aime à le faire dans nombre de ses réalisations. Mais ces liens thématiques ou formels sont loin d'occuper notre esprit à la vision d'une oeuvre qui reste tout de même assez anodine et impersonnelle dans la carrière du cinéaste, d'autant que l'on est plus occupé à essayer de démêler avant Poirot les fils de l'intrigue qu'à décrypter un film aussi frivole que ludique.

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La fiche IMDb du film
Par Olivier Bitoun - le 1 avril 2011