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Critique de film
Le film

Le Ciel sur la tête

L'histoire

Après trois mois de mission au large de l'Afrique, le porte-avions Clemenceau rentre vers l'arsenal de Brest. Soudain, il reçoit l'ordre de faire demi-tour et prendre les dispositions d'alerte. Sans que personne, pas même le commandement de bord, ne sache pourquoi...

Analyse et critique


On ne peut pas dire que le cinéma français soit le temple de la science-fiction. Tout au plus pouvons-nous citer La Jetée (Chris Marker, 1962), Fahrenheit 451 (François Truffaut, 1966), Malevil (Christian de Chalonge, 1981), La Cité des enfants perdus (Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, 1995) ou, the best, Le Cinquième élément (Luc Besson, 1997). La France n’a pas non plus réalisé pléthore de films d’aviation. Les Chevaliers du ciel (Gérard Pirès, 2005) tout au plus. Ce qui ne fait pas très sérieux. C’est donc avec beaucoup d’intérêt qu’il faut considérer ce film d’Yves Ciampi. Issu d’une commande de la Marine française (1), le scénario a très vite dépassé la simple exposition des capacités techniques et militaires du Clemenceau (sixième porte-avions français). Bien que les prises de vues et les développements de l’intrigue aient été strictement contrôlés, il est étonnant qu’un tel film ait pu voir le jour. Pour notre plus grand bonheur de curieux cinéphiles.


Plusieurs éléments vont concourir à l’étrange atmosphère émanant du Ciel sur la tête. La distribution, tout d’abord, avec un subtil mélange d’acteurs travaillant réellement sur le porte-avions et quelques têtes connues (Jacques Monod, Guy Téjean, Marcel Bozzuffi, Yves Brainville...). Se prêtant avec une rigueur toute militaire aux exigences de l’équipe technique, on peut remarquer, tout au long du film, des figurants embarrassés, le petit doigt sur la couture, en surjeu. Une grande partie du film consistera à montrer la vie à bord et le professionnalisme dont font preuve les vaillantes troupes françaises. Ensuite, mettons l’accent sur la bande originale, très orchestrale et monumentale, typique des orchestres de l’aviation et de la marine, et qui se confronte aux bruitages et à l’ambiance sonore. Là, nous sommes typiquement dans du huis clos mâtiné de science-fiction : distorsions, alarmes grésillantes, percussions calées sur le rythme cardiaque, effets sonores... Une intensification dramatique intelligente qui, nous le verrons, se heurte à un montage particulier.


Également, donc, le montage : celui-ci pourrait être l’étalon de ce qu’il ne faut pas faire. Cuts brutaux et contre-productifs, stock-shots miteux, plans semblables parsemés tout au long du film, pour dynamiser le tout... Pareil pour le son : on passe du strident au chuchoté, de l’aigu au mesuré, de l’inaudible au très précis. Pourtant, et c’est ce qui fait la force de ce film, cela fonctionne. On est sans cesse désappointé devant un faux rythme, une fausse ambiance, quelque chose de très superficiel mais de très marquant. On pourrait, par exemple, trouver exaspérant que la question extra-terrestre arrive après plus de 45 minutes de vide et de séquences documentaires. Pourtant, il y a un tel décalage formel, une telle étrangeté d’ensemble qu’on se prend au jeu. Hypnotique, Le Ciel sur la tête l’est, avec ses passages quasiment psychédéliques et ses segments hors de propos (un des personnages principaux, qui passera le film aux arrêts avant de mourir irradié de manière totalement imprévisible).


Paradoxalement, c’est un élément attendu qui va nuire au Ciel sur la tête : l’exposition du « satellite » extra-terrestre. Le rendu est ridicule, grotesque et malvenu, alors que sa description, et la terreur qu’il suscite, donnaient quelque chose de littéralement fantastique. Le résultat est donc ridicule, même pas nanardesque. Pourtant, le traitement de l’image en présence du vaisseau, lorsque celui-ci est quelque part dans le ciel, sans parler du son, inquiétant, formidable, tenait la dragée haute aux productions spectaculaires. Là, c’est une vraie faute de goût qui ôte radicalement au Ciel sur la tête son statut de « petit chef-d’oeuvre ». Et que dire également de cette conclusion, cousue de fil blanc, qui suinte la moraline et exaspère ? Trop grand contrôle exercé par la Marine ? Besoin du réalisateur de se couvrir pour faire aboutir son travail ? Quelle déception !


Bizarrerie du cinéma français, résultat inattendu d’une collaboration étroite entre un réalisateur quelconque et une propagande permissive, Le Ciel sur la tête laisse pantois. Ses maladresses sont sa force, tandis que ses passages obligés sont sa faiblesse. Un entre-deux qui laissera le spectateur sur sa faim, et le laissera imaginer les potentialités de cette œuvre. À voir, finalement, pour ce que le cinéma, parfois, porte en lui de paradoxal.

(1) Le site Aero Movies nous apprend que la commande émane du Service d'Information et de Relations Publiques de la Marine.

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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 11 mars 2019