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Critique de film
Le film

Le Cavalier traqué

(Riding Shotgun)

Partenariat

L'histoire

Larry Delong (Randolph Scott) est obsédé depuis trois ans par la volonté de tuer Dan Marady (James Millican), le chef d’un gang de détrousseurs de diligence responsable de la mort de sa sœur et de son neveu. En ayant choisi d’être "Riding Shotgun"(gardien de diligence), il espère ainsi un jour ou l’autre tomber sur son ennemi. Ayant effectivement dans l’idée de voler la cargaison qui se trouve dans la voiture escortée par Larry, le tueur décide de tendre un piège à ce dernier en envoyant un de ses hommes l’appâter. L’embuscade fonctionne parfaitement. Larry est fait prisonnier ; on le laisse attaché en plein soleil en espérant qu’il n’en réchappera pas mais auparavant, le sachant bientôt plus de ce monde, on ne manque pas de lui apprendre le vil plan qui se trame : faire en sorte qu’un Posse soit organisé suite au hold-up de la diligence afin de démunir la ville la plus proche de ses hommes vaillants et ainsi pouvoir aller y dévaliser tranquillement la maison de jeu ainsi que la banque. Tout se passe comme prévu : la diligence est attaquée, le conducteur tué. Larry, qui a réussi à se délivrer, se dirige vers Deepwater pour avertir ses habitants de se préparer à la venue du gang de Marady. Mais, en ville, personne ne veut le croire. Quelques témoignages gênants font qu’on le soupçonne de faire partie du gang ; on en vient même à l’accuser du meurtre du conducteur et à tenter de l’appréhender afin de le pendre. Delong se réfugie au sein d’une cantina où il va se trouver assiégé ; heureusement, l’adjoint du shérif, Tub Murphy (Wayne Morris), fait tout afin de retarder ce lynchage en espérant le retour imminent de son patron parti avec tous les hommes valides à la poursuite du gang… L’attente va être longue à la fois pour Larry, Tub et la jolie Orissa (Joan Weldon) qui s’inquiète pour son bien-aimé assailli de tous les côtés...

Analyse et critique

Un "Riding Shotgun" est un gardien de diligence doté d’un fusil, un homme voyageant aux côtés du conducteur, destiné à protéger les passagers et à impressionner les éventuels bandits qui voudraient dévaliser les cargaisons ; c’est le métier choisi par Randolph Scott dans ce western pour arriver à assouvir une vengeance. On ne le verra cependant dans l’exercice de ses fonctions que durant les cinq premières minutes. Il s’agit de la cinquième (et avant-dernière) collaboration du comédien avec le cinéaste André De Toth, ce dernier signant aussi pour l’occasion son huitème western. Riding Shotgun se démarque un peu des précédents westerns du cinéaste, privilégiant cette fois le suspense et la tension aux dépens de l’action. Dans Le Cavalier traqué, il n'y a plus de conflits familiaux ni de bifurcations vers le film noir (Ramrod), plus d’ancrage dans une période historique forte, celle notamment de la guerre de Sécession sur fond d’intrigues d’espionnage (La Mission du commandant Lex), plus de description de cette difficile période d’après-guerre (La Trahison du Capitaine Porter), plus de conflits avec les Indiens (The Last of the Comanches) et surtout beaucoup moins de dépaysement et d’action non-stop (Le Cavalier de la mort ; Les Massacreurs du Kansas ; Carson City). Une fois que Randolph Scott arrive en ville au bout de 16 minutes de film, le spectateur et lui n’en sortiront plus, l’acteur étant même confiné dans une "cantina" durant plus d’une demi-heure. Bref, il s'agit d'un film plus austère, l'un des rares westerns urbains d’André de Toth pour une œuvre pas déplaisante qui se situe dans une honnête moyenne au sein de sa filmographie. Dans ce que nous avons déjà pu voir, il est néanmoins permis de lui préférer le rebondissant Le Cavalier de la mort, le captivant La Mission du Commandant Lex ainsi que le très intéressant La Trahison du Capitaine Porter.



« For three years I dedicated every waking moment of my life to scouring the frontier for a killer for a very personal reason. I'd worked at all kinds of jobs from Wyoming to Oregon. In the last year, I'd working every stage line between Canada and Mexico, riding shotgun. I knew that sooner or later my path would again cross that of the man I wanted - Dan Marady. » La situation de départ est ainsi exposée par la voix-off de Randolph Scott. Alors qu’habituellement cette figure de style était plus souvent utilisée dans le film noir, on la retrouve tout au long de Riding Shotgun, Larry Delong expose les situations et décrit ses sentiments par cet intermédiaire. Malheureusement, si la voix-off donnait un cachet spécial et était indispensable au début pour bien faire comprendre les motivations des uns et des autres, tout en allant à l’essentiel, elle se révèle par la suite plus redondante qu’autre chose, à vrai dire superflue en ne faisant plus que décrire les actions dont nous sommes témoins. Au fur et à mesure du récit, elle s’avère donc tout aussi inutile par exemple que le personnage féminin (pourtant interprété par la charmante Joan Weldon) dont on se demande bien ce qu’elle peut apporter à l’intrigue, celle d'un tireur d’élite qui rêve de se venger d'un chef de gang mais dont un concours de circonstances fait croire à la population d'une petite ville qu'il est un membre de la bande. Le voici qui doit se réfugier dans un bar en attendant la venue du shérif, les habitants ayant décidé de le pendre haut et court. Cette attente cloitrée en ville constituera la longue partie centrale entourée par un superbe prologue en extérieur et d’une fusillade finale durant laquelle le cinéaste s’est visiblement fait plaisir.

Film de série au budget restreint et à la très courte durée (moins de 1 h 15), il entre dans la "série" de ces œuvres décrivant les égarements et la bêtise d’une foule qui croit (ou veut croire) dur comme fer en une rumeur infondée et qui de ce fait devient violente et hargneuse, ne pouvant se calmer qu’une fois qu’un "présumé coupable" ait été sacrifié sans aucune autre forme de procès. Riding Shotgun décrit assez bien cet état de fait et va même plus loin, puisqu’il fait dire à deux femmes qu’elles savourent la situation comme si elles se trouvaient au spectacle : « Isn't it exciting ? » Avec le maccarthysme et ses ravages, les histoires de ce style avaient bénéficié d’un regain d’intérêt et s’étaient multipliées au début des années 50 ; mais avant, il y avait déjà eu les fameux Furie (Fury) de Fritz Lang, L’Intrus (Intruder in the Dust) de Clarence Brown et, dans le domaine du western, L’Etrange Incident (The Ox-Bow Incident) de William Wellman, tous trois abordant dans le même temps le thème du lynchage. Aux Etats-Unis, Riding Shotgun a également souvent été comparé au Train sifflera trois fois (High Noon) de Fred Zinnemann pour sa partie centrale qui voit un homme (que l’on sait intègre) seul contre tous dans le décor confiné d’une petite ville de l’Ouest, l’attente jouant un rôle primordial dans les deux films. Beaucoup parlent d’ailleurs à propos du film de De Toth d’une variation ironique (voire même parodique) de High Noon. Je n’irais pas dans ce sens car les histoires restent néanmoins bien différentes et que ce serait faire trop d’honneur à Tom Blackburn dont le scénario tient la route mais n’en est pas moins pour autant très classique, sans réelles surprises et phagocyté à plusieurs reprises par les travers habituels de la Warner dans le domaine du western. Humour lourdingue oui ; parodie volontaire, je n’y crois guère ! Quoiqu'il en soit, à mon humble avis, lourdeur pour lourdeur, je préfère de loin celle éparse d'André De Toth à celle constante du film de Zinnemann.



Ah, si les producteurs du studio avaient pu s’empêcher de vouloir injecter au sein d’intrigues on ne peut plus sérieuses des personnages aussi idiots que, dans ce film, le tenancier du bar dans lequel Randolph Scott va se réfugier. Fritz Feld (le comédien qui jouait le psychiatre dans L’Impossible monsieur bébé de Howard Hawks) interprète avec un cabotinage éhonté ce barman préférant sauvegarder son miroir plutôt que sa femme mexicaine et sa "marmaille" ; le voir pleurer de désespoir de savoir son précieux objet en danger nous fait complètement sortir du film. Tout comme cette idée, représentant le climax du film, de faire tomber tous les bandits prenant la fuite suite au sabotage de leurs selles. Comment durant ces moments-là peut-on prendre au sérieux un western qui semble se transformer en un splastick ?! Seul contre tous, contre la bêtise de la foule excitée, contre les notables et les bandits... et voici que l’idiotie de certains pontes de studio fait basculer un bon film dans une bouffonnerie peu digne du talent de De Toth ! Car ce dernier, s’il n’a jamais été un grand directeur d’acteurs (The Last of the Comanche) et ne possédait assez de personnalité pour sauver un mauvais scénario (Les Massacreurs du Kansas), se fait par contre toujours autant plaisir avec sa caméra : longs plans séquences avec superbes panoramiques, cadrages et angles de prises de vue originaux, magnifique utilisation des paysages naturels lors du premier quart d’heure avec notamment ce très beau plan d’une poursuite à cheval sur un plateau avec un lac en contrebas, scènes d’action d’une redoutable efficacité (l’attaque de la diligence ; le "gunfight" final sans lumière dans la maison de jeu). Quant au fameux miroir, s’il est à l’origine de séquences censées être drôles mais qui se révèlent lourdingues, il est sinon en revanche judicieusement utilisé par le réalisateur pour renforcer le suspense, construire certains superbes plans sur la rue principale de la ville et jouer sur la profondeur de champ.

André De Toth a aussi très bien su choisir ses acteurs puisque, outre Randolph Scott dont nous n’avons plus à vanter les mérites, il offre à Charles Bronson une très bonne séquence dans la première partie du film et à Wayne Morris l'occasion de jouer le protagoniste le plus intéressant de son film, celui du placide et sympathique adjoint du shérif, tout le temps en train d’aller remplir sa panse pour détourner l'attention et faire patienter ses concitoyens, espérant donner ainsi un sursis à son ami qui se trouve dans une sale posture. Un homme censé et raisonnable qui fait tout le nécessaire pour éviter le dérapage des habitants de la petite ville qu'il administre vers la justice expéditive. Quant à Howard Morris, sans la moindre parole, il arrive à se montrer inquiétant, la corde à la main, attendant fébrilement de pouvoir la passer autour du cou de l’accusé. On remarque de nombreuses touches de réalisme (la manière qu’a Randolph Scott de resserrer sa selle avant de se lancer aux trousses d’un bandit…) assez bienvenues et quelques détails assez croustillants comme l’enfant au lance-pierre qui sauve d’ailleurs au final la vie de notre héros enfin "disculpé".



Riding Shotgun est un western de série B concis et tendu à l’intrigue épurée, simple et linéaire, assez conventionnel mais malgré tout assez réjouissant grâce à une belle galerie de personnages et à une mise en scène plutôt au-dessus de la moyenne. Un huis clos urbain intéressant dans sa description de la montée de la violence parmi la foule prête à lyncher, dont le final est un peu vite expédié mais qui pourra faire passer un excellent moment aux fanatiques du genre, d’autant plus que Randolph Scott est une fois de plus très à son aise et que James Millican campe ici un beau salaud de cinéma « As clever as he is ruthless », à l'égal d'un Lee Marvin ou d'un Ernest Borgnine. Un bon De Toth !

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Par Erick Maurel - le 13 juillet 2012