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Critique de film
Le film

Le Bal du printemps

(On Moonlight Bay)

L'histoire

1917, une petite ville de l’Indiana. Le banquier George Winfield (Leon Ames) vient s’installer dans une nouvelle maison flambant neuve. Ce dont il ne s’attendait pas est que cette situation n’est pas du tout du goût ni de sa femme Alice (Rosemary DeCamp) ni de ses deux enfants, Marjorie (Doris Day), un garçon manqué de 18 ans, et Wesley (Billy Gray), 11 ans. Ils n’arrivent pas à retrouver leurs marques dans cette très grande demeure et regrettent leurs amis et leurs habitudes. Même leur servante Stella (Mary Wickes) se plaint des "kilomètres" qu’elle doit faire pour effectuer n’importe quelle tâche ménagère. Le déménagement partait pourtant d’une bonne intention, le patriarche un peu vieux jeu espérant ainsi offrir aux membres de sa famille un entourage plus "décent". Malgré cet emménagement assez laborieux, Wesley finit par trouver un nouveau camarade alors que Marjorie tombe amoureuse du frère de ce dernier, William (Gordon McRae), un universitaire qui ne comprend pas que l’on ait envie de s’amuser alors que de l’autre côté de l’Atlantique des hommes se font tuer lors du premier conflit mondial. Marjorie délaisse alors le base-ball pour séduire William. Mais, alors qu’il est fin prêt à accepter la demande en mariage de son futur gendre, George entend ses récriminations envers les métiers de la finance et le chasse de sa maison en lui demandant de ne plus fréquenter son ainée...

Analyse et critique

Dans le domaine du film musical, Doris Day aura déjà en à peine quatre ans tâté de tous les sous-genres. Après l’exotisme (Romance à Rio - Romance on the High Seas), le quasi film autobiographique à tendance "sociale" (Il y a de l’amour dans l’air - My Dream is yours), la satire de l’univers hollywoodien (Les Travailleurs du chapeau - It’s a Great Feeling), le drame (La Femme aux chimères - Young Man with the Horn) ou le vaudeville ayant pour postulat principal de départ la mise en place d’un spectacle (No, no, Nanette - Tea for Two ainsi que Escale à Broadway - Lullaby of Broadway), la voilà qui aborde sous la direction de Roy Del Ruth, qui l’avait déjà dirigée dans Les Cadets de West Point - The West Point Story, la comédie musicale nostalgique à la manière du mémorable Meet Me in St-Louis (Le Chant du Missouri) de Vincente Minnelli. Autant le dire d’emblée, les deux films ne boxent pas dans la même catégorie et On Moonlight Bay ne retrouve jamais la magie de son prédécesseur tagué MGM.

Comme le film de Minnelli, Le Bal du printemps se déroule donc en début de siècle au sein d'un quartier chic typique des petites villes américaines "de province", dans une villa quasiment identique à celle de la famille Smith de St-Louis ; le film est rythmé par les saisons, la période de Noël étant évidemment ici aussi la plus importante. Comme de bien entendu, nous y trouverons donc également pêle-mêle une villa cossue où les repas sont préparés par une servante acariâtre mais au grand cœur, un couple de parents aimants mais aux idées un peu "arriérées" du point de vue de leur progéniture, un jeune garçon espiègle voire parfois démoniaque, une jeune fille qui, de garçon manqué jouant encore mieux au base-ball que ses camarades masculins, va se transformer en une jolie jeune fille une fois tombée amoureuse du boy next door, des sorties au bal, des batailles de boules de neige, des maisons richement décorées à l’approche des fêtes de Noël... Le parfait attirail du film familial nostalgique comme pouvait déjà l’être également cette sorte de modèle qu’était Les Quatre filles du Dr March (Little Women) de Mervyn LeRoy avec son Technicolor rutilant, ses décors et ses costumes qui flashent, ses bons sentiments, ses touches gentiment humoristiques et ses séquences romantiques surannées. Des films que l’on a eu coutume de décrire comme des "tranches d’Americana", montrant une Amérique souvent idéalisée et grandement fantaisiste au sein de laquelle il fait bon vivre malgré les tracasseries quotidiennes. Durant les périodes un peu sombres, les spectateurs américains aimaient logiquement venir se ressourcer auprès de ce genre de spectacles.

On Moonlight Bay est l’adaptation des histoires de Penrod par le célèbre écrivain Booth Tarkington (La Splendeur des Amberson, Alice Adams...), des récits semi-autobiographiques et gentiment satiriques inspirés par sa jeunesse en Indiana. Le scénario des duettistes Jack Rose & Melville Shavelson (déjà auteurs de celui très amusant de It’s a Great Feeling) est assez conventionnel si ce ne sont les idées assez progressistes du personnage incarné par Gordon McRae fustigeant le capitalisme, les métiers de la finance, les institutions comme le mariage voire même le sacro-saint baseball (« Baseball ! It's the national insanity. At a time like this when, when civilization is crumbling beneath our feet, our generation is playing baseball ! ») Mais il se pourrait que ce soit pour mieux s’en moquer puisqu’en fin de compte William rentrera dans le rang avec bonheur, deviendra un bourgeois respectable, s’engageant même dans l’armée pour aller combattre sur le front européen (alors que débute la Guerre de Corée, il se pourrait que dans les intentions des auteurs il y ait eu un message patriotique en faveur de l’engagement des Américains dans ce conflit). Hormis cela, si l’on y trouve cinq ou six standards musicaux du début du siècle, la partie dévolue à la musique reste néanmoins à la portion congrue, l’ensemble ne devant guère dépasser le quart d’heure. Elle nous aura néanmoins permis d’apprécier une fois encore le talent hors pair de nos deux tourtereaux, à nouveau interprétés par le couple Doris Day / Gordon McRae qui chantera également, outre les traditionnels Till We Meet Again, Cuddle Up A Little Closer, I'm Forever Blowing Bubbles ainsi que la chanson titre, une très jolie mélodie écrite spécialement pour le film, The Christmas Story.

Ceux que le genre de la comédie musicale fait fuir justement à cause de la musique pourraient donc pouvoir apprécier cette petite comédie familiale à l’américaine qui ne compte pas énormément de chansons et aucun numéro de danse, si ce n’est celui très rafraichissant du "Turkey Trot" que le professeur de danse très axé sur les danses de salon accepte à contrecœur après avoir eu cette réflexion très amusante : « Such dances they play now. The Grizzly Bear ! The Bunny Hug ! The Kangaroo Dip ! Am I a dance teacher or an animal trainer ? » Les fans de Doris Day apprécieront de la voir dans un rôle un peu différent de ses précédents, adorable, charmante et énergique en garçon manqué et en tenue de joueuse de baseball, devenant du jour au lendemain très féminine une fois tombée amoureuse. Tout comme son partenaire masculin - plutôt convaincant en étudiant têtu et aux idées "larges" - elle fait un peu trop âgée pour son rôle mais son entrain fait vite oublier ce manque de crédibilité. Le couple est plutôt bien entouré par cet autre duo, tout aussi attachant, interprété par Leon Ames - déjà le père de Judy Garland dans Meet Me in St-Louis - et Rosemary DeCamp - la mère de James Cagney dans Yankee Doodle Dandy - mais surtout aussi par les inénarrables Mary Wickes dans le rôle de la servante irascible et ne pouvant pas se déplacer sans se faire bousculer par un membre de la famille qui par la même occasion fait tomber de ses mains tout ce qu’elle porte, ainsi enfin que par le jeune Billy Gray, présent dans presque toutes les séquences humoristiques par le fait d’enchainer bêtises et mensonges à l’origine de situations souvent cocasses.

Le film sera un très grand succès, l’un des plus grands de l’année 1951, d’où deux ans après la mise en chantier d’une suite avec les mêmes personnages, réalisée cette fois par David Butler, By the Light of a Silvery Moon, une production sur laquelle je reviendrai un peu plus tard. En attendant, il n’est pas interdit de tomber sous le charme de cette comédie certes un peu datée et fortement désuète mais pas désagréable pour autant, surtout lorsqu'elle nous rappelle avec plein de bon sens qu’il faut toujours se souvenir avoir été jeune et d’être ainsi plus tolérant envers les "bêtises" et les écarts de conduite de ses propres enfants. Et puis ce Technicolor qui nous fait pardonner beaucoup de choses et devant lequel je n’ai pas fini de m’extasier ! Gentillet, loin d'être inoubliable mais bien plaisant !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 11 juillet 2016