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Critique de film
Le film

Le Bagarreur du Kentucky

(The Fighting Kentuckian)

L'histoire

Alabama 1818. John Breen (John Wayne), soldat du deuxième régiment du Kentucky, rencontre Fleurette (Vera Ralston), fille du général DeMarchand (Hugo Haas), l’homme qui a organisé l’installation en Amérique (à Demoplis plus exactement) d’un certain nombre d’exilés bonapartistes français après la défaite de Napoléon à Waterloo. John en tombe aussitôt amoureux malgré qu’elle soit promise à un homme à la situation bien assise et, pour rester auprès d’elle, décide de s’installer dans la région avec son ami Willie Paine (Oliver Hardy). Bien lui en prendra puisque les émigrés français lui devront leur salut, d’avides gredins dirigés par le soupirant de Fleurette (entre autres) essayant par tous les moyens, y compris les plus violents, de s’emparer de leurs terres. Vous avez deviné qu’entre temps, John aura du batailler ferme pour faire entendre raison à son aimée qu’elle ne doit pas accepter le mariage de raison qu’on lui impose et que tout se terminera pour le mieux, le mariage d’amour arrivant pour conclure ces péripéties.

Analyse et critique

On avait quitté John Wayne partant pour une année d'emprisonnement à la fin de Three Godfathers de John Ford ; on le retrouve un an après dans ce gros budget du studio Republic. Entre temps, il était apparu dans un film d’aventure bien trop méconnu, le magnifique Le Réveil de la Sorcière Rouge (Wake of the Red Witch) de Edward Ludwig où il interprétait un rôle assez difficile à l’instar de celui dans Red River car dans la peau d'un personnage pas forcément sympathique de prime abord. En cette fin d’année 1949, le Duke revient donc deux fois de suite sur les devants de la scène d’abord dans ce Bagarreur du Kentucky portant le chapeau en peau de castor qu'il arborait déjà dans l'ennuyeux Le Premier Rebelle (Allegheny Uprising) quasiment 10 ans plus tôt. Il faut croire que le costume de trappeur ne lui réussit guère puisque ce western se déroulant au début du 19ème siècle s'avère tout aussi laborieux que son prédécesseur. La troisième tentative de porter cet accoutrement sera la bonne ; Alamo (puisqu’il s’agit de lui) aura d’ailleurs découlé de ce film très mineur de George Waggner ; nous en raconterons les raisons un peu plus bas.

Deuxième film produit par John Wayne après le très beau L’Ange et le Mauvais Garçon (The Angel and the Badman) de James Edward Grant, Le Bagarreur du Kentucky est malheureusement loin de posséder toutes les qualités de son prédécesseur ni d'ailleurs du western précédent de George Waggner, La Vallée Maudite (Gunfighters) avec Randolph Scott. Quant en plus, nous savons qu’il se situe, dans la carrière de John Wayne, entre ces deux merveilles que sont Le Réveil de la Sorcière Rouge de Edward Ludwig et La Charge Héroïque de John Ford, il est difficile de ne pas être désappointé devant ce mélange improbable de film d’aventure, de comédie et de western, qui hésite sans arrêt entre sérieux historique et humour pas très léger et qui finalement, n’arrive pas à trouver un ton qui permette de nous y attacher. Il faut dire que le scénario s’avère bien pataud, outrageusement bavard, qu’il se traine laborieusement, faisant même du surplace durant quasiment 75 minutes avant de sortir de sa torpeur. De plus, l’intrigue s’avère être un vrai gruyère générant pas mal de confusion dans le cerveau du spectateur perdu à plusieurs reprises ; on a parfois du mal à comprendre les manigances mises en place par les notables véreux et on se demande encore pourquoi dans la première séquence le personnage interprété par John Wayne cherchait à se cacher !

Pourtant l’idée de départ était encore une fois intéressante, touchant une période de l’histoire des États-Unis assez peu connue et rarement abordée au cinéma, celle du début du 19ème siècle quand, en l’occurrence dans le film, le territoire américain donnait asile aux français exilés après la défaite de Napoléon à Waterloo. Un fait historique authentique que celui de ces français bonapartistes venus fonder Demopolis, tentant sans grand résultat d’y cultiver la vigne et l’olivier. Au final, même s’il est possible que les fans de John Wayne y prennent un certain plaisir, les autres resteront obligatoirement sur la touche car il n’y a vraiment pas grand chose à se mettre sous la dent, l’intrigue sentimentale prenant souvent le pas sur l’intrigue politique tout de même plus captivante. Mise en scène quasi-inexistante (pourtant, à quelques rares reprises, on se prend à lui trouver un certain dynamisme notamment dans la séquence de poursuite de la carriole par des cavaliers qui ressemble étonnamment à celle de son western précédent), scénario raté, humour balourd mais néanmoins amusant (John Wayne essayant de jouer du violon, la partie de ‘rugby’ improvisée avec une bonbonne de rhum...), voix off totalement ridicule exprimant les pensées du personnage principal (le cinéaste semble apprécier cette 'figure de style'), interprétation maladroite de Vera Ralston (mais quelles jolies épaules qu’elle dénude tout du long, quel joli minois et quel sourire enjoleur !) et pénible d’Oliver Hardy que nous sommes peinés de retrouver dans un rôle aussi calamiteux, faire-valoir humoristique de John Wayne qui en a déjà eu de bien plus drôles…

...Nous n’allons pas nous attarder plus avant sur cette œuvrette qu’on peut qualifier avec indulgence de ‘très moyenne’ mais notons dans les points positifs, une Marie Windsor assez convaincante, un très beau thème musical écrit par George Antheil (celui qu’on peut entendre lors du générique) et un John Wayne égal à lui-même prouvant son talent lors d’une scène de séduction assez sensuelle. Et heureusement, ce film aura permis à un chef d’œuvre de ne pas naître prématurément au dépens de la qualité qu’il a acquis par la suite. Quand John Wayne vient amener sur un plateau le scénario du bagarreur du Kentucky à Herbert J. Yates, ce dernier accepte immédiatement mais pour des raisons que l’acteur est loin d’imaginer. Les deux hommes sont en désaccord depuis pas mal de temps sur le projet qu’à John Wayne de produire et réaliser lui-même un film qui narrerait l’héroïque résistance des texans à fort Alamo. Yates s’y oppose fortement ne souhaitant pas que l’acteur réalise le film mais ne voulant pas qu’un autre que lui produise cette histoire dont il devine tout le potentiel. Fait assez drôle, dans Le Bagarreur du Kentucky, John Wayne endosse quand même un costume de trappeur identique à celui porté par Davy Crockett.

L’année où John Wayne rompt son contrat avec le studio, Herbert J Yates prépare immédiatement sa vengeance qui aboutira à la production en 1955 de Quand le clairon sonnera de Frank Lloyd qui raconte le fameux drame s’étant déroulé à Alamo. La meilleure chose qu’il nous soit arrivé est que John Wayne n’a pas baissé les bras pour autant, et donnera ainsi naissance à un chef d’œuvre de lyrisme, de souffle et de maturité (qu’il n’aurait certainement pas eu dix ans avant) : Alamo. En plus de refuser son soutien à l’acteur pour le projet qui lui tient à cœur en acceptant sans broncher le script du Bagarreur du Kentucky, Herbert J. Yates lui impose sa maîtresse Vera Ralston (ancienne championne de patinage artistique tchèque venue aux USA pour fuir le nazisme) comme partenaire féminine. Comme nous l’avons déjà affirmé plus haut, le choix n’est pas des plus heureux. Tout ceci donne un tournage tendu et aboutit à ce fiasco artistique. A ne regarder qu’en connaissance de cause donc !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 10 mars 2003