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Critique de film
Le film

La Taverne des révoltés

(The Man behind the Gun)

Partenariat

L'histoire

En Californie du Sud, peu après son annexion aux Etas Unis dans les années 1850, les conflits entre les unionistes et les séparatistes sont loin d'être enterrés. Le Major Rance Callicut (Randolph Scott) arrive secrètement à San Pedro en compagnie de deux de ses sous officiers Monk et Olaf (Dick Wesson & Alan Hale Jr) pour découvrir qui sont les agitateurs qui intriguent dans le but de s'approprier le monopole de l'eau dans la région, ce qui leur permettrait d'avoir la mainmise sur la contrée. Rance se fait passer pour le nouvel instituteur, celui qui doit remplacer Lora Roberts (Patrice Wymore), cette dernière ayant décidée de quitter l'enseignement pour épouser le capitaine Roy Giles (Philip Carey). L'officier croit reconnaître en l'instituteur le Major Callicut accusé de désertion. Lorsqu'il apprend enfin la vérité à son propos, il unit ses efforts pour combattre le Sénateur Mark Sheldon (Roy Roberts) qui se trouve être à la tête de l'organisation schismatique possédant en outre un puissant arsenal d'armes clandestines. Il faut mettre un terme aux manigances de ces 'révolutionnaires' et en même temps gérer les rivalités générées par deux triangles amoureux, les deux officiers ne sachant plus où donner de la tête entre l'ex-institutrice et la chanteuse de cabaret Chona Degnon (Lina Romay), cette dernière s'avérant faire partie des renégats. Dans sa lutte, Callicut obtiendra également l'aide du jeune bandit Joaquim Murietta.

Analyse et critique

Randolph Scott, malgré la passion que je lui voue en tant que représentant par excellence du héros de western classique, n'a, loin s'en faut et on s'en serait bien douté, pas tourné que dans de bons films. La preuve nous en est donné à travers l'exemple de tous les westerns de série B produits par la Warner dans lesquels il a tenu jusqu'à présent le rôle principal : Colt 45, Fort Worth, Sugarfoot, etc. The Man behind the Gun ne faillit pas à la règle et le film s'avère déjà au moins tout aussi conventionnel que son titre original, l'un des plus mauvais de la filmographie du comédien. Pour comparer d'autres de ses westerns précédents, nous sommes par exemple à des années lumières de la qualité de son précédent western sorti donc tout juste quelques mois plus tôt, Le Relais de l'or maudit (Hangman's Knot) de Roy Huggins. Bref, La Taverne des révoltés (titre français un peu plus alléchant pour une fois et assez représentatif de son intrigue) est un film sur lequel nous ne nous attarderons pas longtemps, la production de western de cette époque étant par ailleurs tellement riche et conséquente qu'il me sera j'espère pardonné d'avoir décidé de passer rapidement sur des titres aussi médiocres !! Il en fallait à cette époque pour tous les goûts et tous les appétits mais une chose est certaine ; ce n'est pas encore la Warner qui servait le menu gastronomique.



Si le contrôle de l’eau par de malveillants politiciens a pu vous faire penser à Chinatown, vous aurez peut-être reconnu une intrigue qui prend pour point le départ quasiment le même que celui du précédent western de la Warner, La Mission du Commandant Lex (Springfield Rifle) : un officier de l'armée américaine que l'on déshonore 'pour de faux' afin qu'il puisse infiltrer un groupuscule ennemi ‘en toute tranquillité’ et découvrir ce qui se trame en son sein. Seulement Felix Feist n'est pas André De Toth et le scénariste John Twist n'est pas aussi doué que Charles Marquis Warren dans le domaine. On peut même le penser médiocre au vue du nombre de bonnes histoires qui se sont trouvées affadies après être passées entre ses mains. Le postulat de départ de ce film n’était pas plus bête qu’un autre sauf qu’à l’écran l’intrigue est devenue aussi peu intéressante qu’était captivante celle de Springfield Rifle ; inutilement compliquée, très souvent invraisemblable voire même parfois totalement idiote (le crêpage de chignons entre les deux rivales vaut son pesant de cacahuètes). On est même étonnée de voir la cavalerie américaine porter les fameuses tuniques bleues qui apparaitront seulement quelques décennies plus tard. Quant à la mise en scène, elle ne vaut strictement rien ; si La Vallée des géants (The Big Trees), le précédent western de Felix Feist, avait pu faire illusion et s'était révélé plutôt plaisant, c’était avant tout par son ‘exotisme’ et le charisme de son interprète principal, Kirk Douglas. Personne n’est là pour relever le niveau dans La Taverne des révoltés, pas même Randolph Scott qui semble se demander ce qu’il peut bien faire là-dedans. Quant aux seconds rôles, ils sont loin de faire des étincelles, à commencer par Patrice Wymore qui restera toujours plus célèbre pour avoir été la troisième épouse d’Errol Flynn que grâce à ses talents de comédienne, quasiment inexistants.



Dans le reste de la distribution, on trouve Lina Romay, chanteuse (souvent aux côtés de Xavier Cugat ou Bing Crosby) que probablement personne ne connaît de nom mais que tout le monde a déjà du voir au moins une fois : c’était elle qui prenait Droopy sur ses genoux à la fin du cartoon de Tex Avery, Senor Droopy. Nous rencontrons également Alan Hale Jr qui suit les traces de son père, tout comme lui sorte de faire valoir humoristique des stars qui jouaient à ses côtés ; Dick Wesson qui, lors d’une séquence assez grotesque, devra se travestir en femme (malheureusement pour lui, on lui refera faire la même chose dans de nombreux autres films à commencer par le Calamity Jane de David Butler avec Doris Day ; dans un film comique comme ce dernier, ça passera bien mieux) ; ou encore Philip Carey ayant déjà endossé à plusieurs reprises l'uniforme de l'armée américaine. Mais le pompon a été décroché par Robert Cabal totalement caricatural dans la peau du célèbre Joaquim Murietta.



Un western qui fait vraiment très (trop) ‘cheap’, Bert Glennon ayant du se sentir frustré d’avoir à photographier les ¾ des séquences d’extérieur devant des transparences ou de vilaines toiles peintes. Heureusement, on se dit que l’on a bien fait de rester jusqu’au bout car les dix dernières minutes arrivent à nous faire enfin sortir de notre torpeur. Au sein de décors naturels encore rarement vus et assez beaux, des plateaux et collines californiennes surplombant un vaste plan d’eau, se déroule l’attaque du campement des rebelles ; s’ensuit surtout une assez belle course poursuite à cheval qui se termine au milieu d’une rivière. Mais l’on se demande quand même si la plupart des plans ne sont pas des Stocks Shots de précédentes productions du style San Antonio de David Butler voire même Dodge City de Michael Curtiz. Je n’en mettrais pas ma main à couper mais le doute existe surtout au vu de tout ce qui a précédé et qui était d’une immense platitude. On ne peut même pas dire que le film soit soutenu par la musique de David Buttolph qui décidément accumule les Soundtracks laids et sans saveurs. Non seulement routinier mais également mauvais et ennuyeux ; on peut sans problèmes passer son chemin.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 28 juillet 2012