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Critique de film
Le film

La Soif de la jeunesse

(Parrish)

Partenariat

L'histoire

Après la mort de son mari, Ellen McLean, pour subvenir à ses besoins et à ceux de son fils Parrish, accepte un poste d'éducatrice dans une plantation du Connecticut. Sur place, elle est chargée de l'éducation de l'excentrique Alison, la fille de Sala Post. Pour des raisons d'élémentaires convenances, le maître des lieux demande à Ellen que son fils s'éloigne de la maison afin de ne pas perturber l'éducation de sa fille. Le jeune Parrish se retrouve alors tous les jours dans les plants de tabac en compagnie de Sala qui lui apprend les rudiments du métier. Mais le soir venu, le jeune homme est libre d'organiser son emploi du temps : il fait alors la connaissance de la ravissante Lucy...

Analyse et critique

Sur le tournage du western La Colline des potences (1959), Delmer Daves est victime d'une attaque cardiaque qui l'empêche de terminer le film, les dernières scènes étant réalisées par l'acteur Karl Malden. Ce sera la dernière incursion de Daves dans le western, sa santé fragile ne lui autorisant plus ce type de tournage harassant. Le réalisateur va alors se réinventer avec une série de mélodrames à succès où casting juvénile et thèmes sulfureux constitueront des sortes d'ancêtres du teen movie. A Summer Place (1959) lance le cycle et sera un triomphe au box-office, en plus d'être le film de la rencontre avec le jeune Troy Donahue qui sera l'acteur fétiche de cette série de films. A Summer Place était une œuvre traitant avec audace de l'attrait pour la sexualité chez les adolescents tout en évoquant le fossé de communication parents / enfants dans la lignée de productions comme La Fureur de vivre (1955) ou La Fièvre dans le sang (1961), le tout baigné de l'esthétique des mélodrames provinciaux des années 50  à la Peyton Place (1957) ou proche de Douglas Sirk.

Parrish (adapté du roman de Mildred Savage), tout en étant doté des même éléments, se montre cependant bien plus ambitieux. Les tiraillements du désir participent ainsi à la construction du jeune Parrish (Troy Donahue) et du tour qu'il souhaite donner à sa vie. Il accompagne sa mère (Claudette Colbert) employée pour surveiller Alison (Diane McBain), la fille de l'exploitant de tabac Sala Post (Dean Jagger). Chacune des figures féminines attirant Parrish représente ainsi une destinée plus ou moins enviable et constituant le dilemme moral du personnage. Alison est une jeune femme intéressée et dévergondée qui méprise le milieu rural et voit les hommes comme des objets à s'approprier. La fragile Lucy (Connie Stevens) représente, elle, la faille d'un caractère tendre mais faible qui l'amène à se donner à tous les hommes. Enfin Paige (Sharon Hugueny), fille de l'impitoyable propriétaire terrien Judd Raike (Karl Malden), par son caractère raisonnable et sa douceur symbolise un contrepoint positif au milieu hostile dans lequel elle a grandi. Claudette Colbert représente presque un pendant mature à ces trois personnages juvéniles puisque, elle aussi, cède à cette soumission féminine à l'argent et à une protection masculine imposante avec Judd Raike. Alors qu'il s'agit d'une faiblesse de caractère chez les jeunes femmes, Claudette Colbert accepte et recherche ce déterminisme féminin injuste. Dans une moindre mesure, cela existe également du côté masculin avec les fils rudoyés de Judd Raike mais ces derniers sont moins creusés psychologiquement.

Le récit illustre ainsi les hésitations sentimentales de Parrish qui se conjuguent à celles plus existentielles entre l'amour de la terre et des joies de cette vie rurale par le personnage de Sala Post ou alors l'enrichissement brutal et impitoyable qu'illustre Judd Raike (formidable Karl Malden). On passera ainsi de l'apprentissage paisible de l'art de cette culture du tabac au grand air, et avec une vraie rigueur documentaire, aux espaces de bureaux étouffants où l'on est écrasé tout en assimilant comment écraser les autres. L'expérience du western joue toujours chez Daves par son talent à magnifier les grands espaces du Connecticut, ses compositions de plans et la photo d’Harry Stradling Sr. nous offrant de beaux tableaux champêtres. La stylisation intervient lors des intérieurs ou des scènes nocturnes, la pénombre abritant le désir et le rendant plus brûlant (Parrish et Lucy dans la grange, Alison s'introduisant dans la chambre de Parrish) et les gros plans s'auréolant d'effets diaphanes pour souligner le trouble (Lucy passant de la pommade à Parrish, la première rencontre entre Alison et Parrish).

Les dialogues sont étonnement directs pour évoquer la sexualité (notamment entre Parrish et sa mère qui le met en garde) et les situations assez provocantes, jouant autant sur la sensualité prédatrice et agressive d'Alison que celle plus langoureuse de Lucy. Connie Stevens est excellente en dégageant un sex-appeal perturbé, comme si la seule manière de se faire aimer était cette impression d'être offerte à l'autre dans l'attitude et les dialogues. Malgré ces audaces, le film n'en conserve pas moins une dimension morale qui l'ancre encore dans les années 50 puisque c'est la jeune et innocente Paige (en couettes et en vélo pour sa première apparition), celle qui aime à distance (épistolaire ou en voyant Parrish se coller à une autre) et ne cède pas physiquement (tous les choix formels soulignant la dépravation des autres n'ayant pas cours avec elle), qui emportera le morceau tout en étant le love interest le plus lisse des trois. L'ode aux belles valeurs terriennes se reflète ainsi avec le choix d'une compagne "pure" quand les autres se sont perdues par faiblesse de caractère ou par cruauté. Heureusement la prestation volontaire et pleine de fougue de Troy Donahue dissipe cette facette moralisatrice tant on se passionne à voir le personnage se construire et s'affirmer peu à peu. Une belle réussite donc, où le gigantisme révèle des préoccupations plus intimes.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 26 décembre 2017