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Critique de film

L'histoire

1906. En Oklahoma, c’est la ruée vers l’or noir : c’est à l’intérieur des très arides réserves indiennes que l’on trouve le plus de pétrole. L’exploitant millionnaire Gardner propose donc aux Indiens de forer leurs terres, mais ces derniers n’ont pas confiance en lui. Dan Sommers, un cowboy, est décidé à protéger les droits des Indiens et ira jusqu’à trouver le président des Etats-Unis pour obtenir l’autorisation de superviser lui-même l’exploitation, afin que les propriétaires des terres ne soient pas floués. En se dressant contre le magnat du pétrole, Sommers n’est alors qu’au début de ses problèmes, Gardner allant essayer par tous les moyens de lui mettre des bâtons dans les roues. Pour compliquer le tout, les deux ennemis vont se disputer les faveurs d’une même femme : Cathy Allen, une jeune institutrice, romancière à temps perdu.

Analyse et critique

« Il se passe tellement de choses qu’on dirait une parade de cirque » dit le personnage de Martha Scott à mi-film. Nous assistons en effet à un grand nombre d’événements au cours de La Ruée sanglante (un numéro de music-hall, l’explosion d’un puits de pétrole, une rencontre avec le président des USA, une bagarre homérique, une ruée de chariots transformés en citernes…), mais tout cela est filmé si platement et paresseusement que nous avons du mal à nous rendre vraiment compte que le scénario nous offre tant de rebondissements. D’emblée, il est clair que ce western de série ne pourra plaire qu’aux inconditionnels purs et durs du genre. Tout y est conventionnel, que ce soit le scénario, l’intrigue ou la mise en scène. Mais c’est peut-être aussi grâce à ces conventions que les fanatiques se retrouveront en terrain connu et pourront passer malgré tout un agréable moment. Car si l’ensemble est effectivement terne et assez mollasson, tout n’est pas à jeter dans ce film.

Et c’est une nouvelle fois grâce à John Wayne que ce western arrivera à tenir en éveil certains spectateurs qui savent très bien à l’avance à quoi ils vont assister. En effet, l’acteur se révèle une fois de plus très à son aise lorsqu’il s’agit de jouer la comédie, et ici, son personnage plein d’humour le lui permet. Il prend un plaisir fou à se faire ridiculiser par le personnage féminin principal, à faire le fanfaron et le roublard. « Ma grand-mère dit toujours… » n’arrête pas de dire John Wayne à tout bout de champ, son personnage n’en ayant pourtant jamais eu ! « C’était une licence poétique » avouera t-il à la fin, après s'être fait prendre à se trahir lui-même. Voir aussi l’acteur se plonger avec délice dans un roman à l’eau de rose, arriver dans le train par la fenêtre, s’interposer et s’imposer par jalousie entre les amoureux lors d’une soirée, etc., sont des moments assez savoureux. D’ailleurs, le premier quart d’heure du film qui voit la présentation des personnages à l’intérieur du train est assez bien enlevé et se rapproche plus de la comédie américaine que du western. Les scènes d’action réglées par le spécialiste habituel Yakima Canutt, et entre autres la fameuse ruée du titre, s'avèrent très efficaces. Ce sera d’ailleurs la dernière cascade de Canutt, qui se contentera par la suite de les régler (il est surtout connu pour avoir mis en place la course de chars dans Ben-Hur), après avoir failli perdre une jambe au cours de ce tournage.

Voici donc un western assez plaisant grâce surtout à son humour non dénué de verve et à des dialogues assez réussis, mais qui ne laissera pas un grand souvenir : on se demande même aujourd’hui comment un tel film a pu rencontrer autant de succès. Il aura cependant permis d’aider à la lutte contre un certain crime organisé. En effet, La Ruée sanglante, parce qu'il s’inspire d’une réalité encore quotidienne en Oklahoma, se révèle une bombe en faisant connaître au grand public du reste des Etats-Unis comment des prospecteurs sans scrupules spolient les Indiens de leurs terres et de leurs droits. A ce propos, le film est bien gentillet puisque "le méchant" utilise le discours pour parvenir à ses fins alors que la vérité était autrement plus rude : les Indiens étaient abattus et peu après, quelqu’un arrivait avec un testament rendant le tueur propriétaire de ses terres. Hoover, patron du FBI, voyant que le film faisait réagir, prend le taureau par les cornes et met fin aux agissements d’un réseau de faussaires qui, après avoir établi des testaments, faisaient abattre leurs auteurs présumés pour hériter de leurs terres. A signaler aussi que, une fois encore, John Wayne prend avec véhémence la défense des Indiens dans une scène à la Maison Blanche, son discours étant étonnamment absent dans la version française !