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Critique de film
Le film

La Rivière de la poudre

(Powder River)

Partenariat

L'histoire

1875. Chino Bull (Rory Calhoun), ancien marshall célèbre pour son habileté au tir, fatigué de ce métier dans lequel violence et bains de sang rythmaient son quotidien, préfère désormais se consacrer à la prospection de l'or dans la région de Powder River. Parti se ravitailler en ville, lors de son retour au campement Chino découvre son partenaire assassiné, son or volatilisé. De retour en ville, il accepte l'offre (dans un premier temps refusée) que le maire lui avait faite lors de sa halte précédente après qu'il avait réussi à mettre fin à un conflit meurtrier faisant pour victime le shérif ; il accepte donc d'endosser la fonction de nouvel homme de loi de la ville le temps de mener son enquête. Il commence par fréquenter le Saloon Bella Union tenu par la pétillante Frenchie Dumont (Corinne Calvet) et dont l'un des troupiers, Harvey Logan (John Dehner), n'est autre que le frère d'un des hommes qu'il soupçonne d'avoir assassiné son ami. Il en est de plus en plus persuadé lorsque Harvey se met à ouvrir un établissement concurrent de celui de Frenchie, alors qu'il semblait évident que son salaire n'était pas assez conséquent pour pouvoir se lancer dans une telle affaire. Au cours de son enquête, Chino va trouver de l'aide en la personne du "garde du corps" de Frenchie, Mitch Hardin (Cameron Mitchell), ancien médecin qui, gangréné par une tumeur au cerveau, sait qu'il n'en a plus pour longtemps à vivre et qui choisit de se lancer à corps perdu dans la lutte contre le crime, préférant mourir en pleine action que terrassé par sa maladie. Sachant sa mort prochaine, il avait abandonné sa fiancée Debbie (Penny Edwards) qui, ignorant le drame à venir, vient d'arriver en ville pour le décider à l'épouser ; elle le trouve dans les bras de Frenchie mais Chino ne va pas tarder à la consoler...

Analyse et critique

En allant voir ce film à sa sortie en 1953, les amateurs de westerns ont dû se dire pendant toute la séance que beaucoup d'éléments de l'intrigue ne leur étaient pas inconnus. Un ancien shérif souhaitant ne plus exercer, mais qui reprend son métier à contrecœur après qu'un de ses amis s'est fait tuer ; un médecin déchu, atteint d'une maladie mortelle et qui, n'ayant plus rien à perdre, se met du côté de la loi en espérant se faire tuer dans le feu de l'action plutôt que d'être détruit par sa maladie ; le shérif qui s'éprend de la fiancée de son nouvel associé qui tombe, quant à lui, dans les bras d'une saloon gal ; le conflit entre les hommes de loi et des frères peu recommandables... Si l'on accole respectivement aux personnages qui se trouvent dans les situations décrites ci-dessus les noms de Wyatt Earp, Doc Holliday, Clementine, Chihuahua et les frères Clanton, il est évident que tout devient immédiatement plus limpide. Et effectivement, Daniel Mainwairing, sous un nom d'emprunt, a signé une sorte d'adaptation fantaisiste du roman Frontier Marshall de Stuart Lake, déjà précédemment porté à l'écran par Lewis Seiler en 1934 avec George O'Brien, puis par Allan Dwan en 1939 (Frontier Marshall - L'Aigle des frontières) avec Randolph Scott, avant que John Ford ne s'en empare à son tour pour signer son prestigieux My Darling Clementine (La Poursuite infernale) avec cette fois-ci Henry Fonda dans le rôle du fameux shérif de Tombstone.

Si l'on cherche à comparer le film de Louis King avec son illustre prédécesseur, il n'aura aucune chance de s'en sortir au sein de ce combat perdu d'avance. Mais comme le scénariste a bien déguisé ses emprunts, il n'est pas nécessaire de chercher à y voir à tout prix un remake. On peut tout à fait l'apprécier pour ce qu'il est sans tenter de le confronter à ses aînés. Malgré tout, même s'il reste assez plaisant, ce film n'est pas, loin s'en faut, une très grande réussite. Nous en sommes autant surpris qu'attristés puisque le précédent western de Louis King s'était au contraire révélé tout à fait jubilatoire. Il s'agissait déjà d'une sorte de remake d'un célèbre western - Femme ou démon (Destry Rides Again) de George Marshall avec Marlène Dietrich et James Stewart - et pouvait se targuer d'être aussi délicieux que son prédécesseur notoire. Son titre original était Frenchie (personnage superbement interprété par une Shelley Winters survoltée), surnom que reprend l'un des protagonistes principaux de La Rivière de la poudre, cette fois sous les traits de Corinne Calvet, la jeune et naïve Française au bonnet qui tournait autour de James Stewart dans le sublime The Far Country (Je suis un aventurier) d'Anthony Mann. L'actrice est d'ailleurs assez pétillante dans ce western de Louis King ; sa partenaire, Penny Richards, s'avère quant à elle douce et charmante, la séquence la plus mémorable du film bénéficie d'ailleurs de sa présence. Il s'agit de celle de la balade bucolique au bord d'un lac paradisiaque, qui se termine par le recueillement du "couple" auprès de la tombe de l'ami assassiné du shérif joué par Rory Calhoun. Une pause champêtre inoubliable par les paysages dans lesquels elle se déroule, par le seul très bon thème musical du film, celui consacrée à Debbie, par son rythme apaisé, la douceur de ses dialogues et la sensibilité des sentiments qui s'y expriment. Un instantané qui n'est pas sans rappeler les plus beaux moments des films du frère du cinéaste, l'illustre Henry King. Une scène qui nous fait enfin regretter que le film ne soit pas constamment de ce niveau, celui des plus belles chroniques villageoises du cinéma américain, ce que l'on a tendance à nommer "les tranches d'Americana" : pour donner une idée plus précise de ce "genre", Stars in my Crown de Jacques Tourneur est l'un des de ses meilleurs représentants.

A la lecture du sujet, on se rend compte que le scénario est un mélange d'intrigue policière en milieu westernien, de drame romanesque à quatre personnages et même de tragédie par l'intermédiaire l'élément concernant la maladie incurable d'un des principaux protagonistes. Et pourtant, au vu du titre français, nous nous serions plutôt attendus à tomber sur un film d'aventure mouvementé ; la traduction littérale du titre original Powder River est ici tout à fait inappropriée puisqu'en anglais il s'agissait du nom de la région dans laquelle se déroule l'histoire et non d'un quelconque cours d'eau. Il n'est en effet question ici ni de poudre ni de rivière (bien que celle-ci soit présente en tout début de film, le campement de nos deux prospecteurs étant implanté sur l'un de ses bords) mais d'un western au ¾ "urbain", les seules séquences qui se déroulent hors de la ville étant celle du prologue, celle de la promenade au bord du lac décrite ci-dessus, puis plus tard celle du passage tumultueux de la rivière sur un bac alors que des hors-la-loi tentent de tuer les passagers qui ont pris place à bord. Et puis pour en finir avec le titre français, il est d'autant plus trompeur que les rares séquences d'action sont bien pauvrement réalisées, sans rythme ni aucune vigueur, le monteur ne sachant pas non plus comment les rendre plus dynamiques : le gunfight final qui aurait dû faire pendant à celui d'OK Corral est à ce titre une sacrée déception, expédié en deux temps trois mouvements, probablement par le fait de ne pas savoir comment le filmer correctement. Amateurs d'action, soyez donc prévenus : non seulement le film n'en comporte pas trop (ce qui en soi n'est pas forcément un mal), mais les quelques scènes agitées sont totalement dépourvues d'efficacité, à l'exemple de celle interminable de la traversée de la rivière sur le bac attaqué de la berge par les hors-la-loi : de simples champs/contrechamps avec coups de fusils à droite et à gauche sans aucune puissance dramatique, sans aucun point de vue, sans aucune dynamique.

Par le manque de rigueur du scénario et surtout par l'absence d'épaisseur dans l'écriture des personnages (il y avait pourtant de quoi faire), le film n'est jamais non plus captivant durant le reste de l'intrigue. Cela dit, ce n'est pas la faute des comédiens puisque, outre les deux actrices dont on a déjà parlé et qui s'avèrent plutôt convaincantes, Rory Calhoun se révèle excellent dans le rôle du shérif à la force tranquille qui préfère ne pas porter d'armes. L'acteur aura rarement été aussi charismatique : il faut l'avoir vu prendre avec sang-froid l'arme de son adversaire par son barillet pour empêcher ce dernier de pouvoir tourner et ainsi faire partir le coup de feu ; il faut l'avoir vu lors d'une autre séquence extrêmement tendue (dont je vous laisse découvrir les tenants et aboutissants) pointer sans sourciller son fusil sur son associé et le menacer de tirer s'il ne tire pas le premier... Son acolyte est revanche assez mal joué par un Cameron Mitchell très peu à l'aise avec ce rôle, cabotinant d'une manière assez déplaisante et rendant ainsi son personnage très peu crédible, notamment lors de sa dernière apparition qui aurait pourtant dû, émotionnellement parlant, être le clou du film. Mais hormis cette fausse note dans l'interprétation, le casting est l'une des raisons qui font que Powder River arrive à être plaisant à visionner avec aussi quelques amusantes phrases de dialogues, certains coups de théâtre assez inattendus, un ton parfois attachant, quelques belles séquences élégiaques et certains détails assez cocasses comme celui des pêches en conserve en tout début. Dommage que les deux chansons indiquées lors du générique de début (et probablement interprétées par Corinne Calvet) aient été coupées au montage !

J'écrivais à l'occasion de la sortie de Femme sans loi : "Illustre inconnu pour nombre d'entre nous, si ce n'est pour ses films "animaliers" tel Le Fils de Flicka ou Green Grass of Wyoming, le frère cadet de l'illustre Henry King n'a certes pas marqué l'histoire du cinéma mais a pu cacher au sein de son imposante filmographie quelques autres petites pépites de cet acabit. Il serait intéressant que les éditeurs de DVD puissent donner leur chance à d'autres de ses films afin de savoir si Frenchie était un one shot ou non." Merci à Sidonis d'avoir exaucé ce souhait même s'il s'avère encore pour l'instant que Frenchie ait bien été une réussite isolée. Espérons que de futures sorties puisse nous détromper. Massacre par exemple, son dernier film réalisé l'année suivante ? La Rivière de la poudre n'est pas un mauvais western ; il faut juste ne pas en attendre monts et merveilles et surtout ne pas le visionner pour ses scènes d'action assez minables. Il pourra peut-être dans ces conditions faire passer un agréable moment mais, comme ¾ des westerns produits, il n'est encore une fois à ne conseiller qu'aux amateurs purs et durs du genre !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 4 avril 2013