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Critique de film
Le film

La Plus belle fille du monde

(Billy Rose's Jumbo)

Partenariat

L'histoire

Au début du XXème siècle, Pop (Jimmy Durante), sa fiancée (Martha Raye) et sa fille Kitty (Doris Day) dirigent le cirque Wonder dont la principale attraction est l’éléphant Jumbo. Mais les spectateurs se font rares et les affaires vont de plus en plus mal, d’autant plus que Pop dilapide au jeu toutes les recettes et que les artistes non rémunérés préfèrent quitter le navire avant qu’il ne coule définitivement. Une aubaine pour John Noble (Dean Jagger), un autre directeur de cirque qui a toujours lorgné sur le pachyderme et qui aimerait bien racheter le cirque Wonder. Il envoie incognito son fils Sam (Stephen Boyd) pour qu’il espionne ses concurrents et pour qu’éventuellement il fasse précipiter la faillite. Sauf que Kitty tombe amoureuse de lui...

Analyse et critique

Billy Rose’s Jumbo est l'adaptation d'un énorme succès des années 30 aux plus de 200 représentations, qui narrait les déboires d'un cirque dont le directeur - rôle déjà tenu par Jimmy Durante - dilapide toutes les recettes en allant jouer au craps et qui, ne pouvant ainsi plus payer ni ses fournisseurs ni verser le salaire de ses artistes, voit ces derniers le quitter un par un pour aller se faire embaucher par la concurrence. Le spectacle original était écrit par non moins que le duo "hawksien" Ben Hecht / Charles MacArthur, une mixture comédie / musique / romance / spectacle remise ici au goût du jour par un Sidney Sheldon qui ne s’est pas révélé très inspiré. Et il n’a pas été le seul ! Oubliez donc aussi qu’il s’agit d’un film signé par Charles Walters, dont les comédies musicales furent pour beaucoup mémorables et pour certaines faisant partie des plus exquises de l’équipe MGM d’Arthur Freed aux côtés de celles de Vincente Minnelli, Stanley Donen ou George Sidney. Citons notamment Parade de printemps (Easter Parade) avec Fred Astaire et Judy Garland, The Belle of New York avec Fred Astaire et Vera-Ellen - à qui Damien Chazelle rendra un bel hommage à travers la plus belle séquence de La La Land, celle dans l’auditorium -, le splendide et touchant Lili avec Leslie Caron et Mel Ferrer - dont on attend toujours qu’il sorte sur galette numérique -, Dangerous When Wet, la comédie musicale la plus réussie avec Esther Williams, ou encore le superbe Haute société (High Society) avec l’inoubliable quatuor réunissant - excusez du peu - Grace Kelly, Frank Sinatra, Bing Crosby et Louis Armstrong. Oubliez également que la plupart des chorégraphies ont été mises en place par le génial Busby Berkeley, dont c’était ici le dernier travail, et ne faites pas attention au défilé d'autres noms prestigieux au générique avec notamment William H. Daniels à la photo, Joe Pasternak et Martin Melcher à la production, l’immense Richard Rodgers (La Mélodie du bonheur) à la musique ou encore le duo MacArthur / Hecht à l’écriture de l’histoire originale...

Mais surtout jetez un voile pudique sur ce que vous avez pu lire à son propos, dont notamment cette surréaliste dithyrambe : "Film peu connu et on se demande bien pourquoi car il possédait tous les éléments pour en faire le film familial par excellence, pouvant plaire à toutes les tranches d'âge et aussi spectaculaire par exemple - pour en rester dans les films évoquant la vie d'un cirque - que le classique de Cecil B. DeMille, Sous le plus grand chapiteau du monde […] La mise en scène est souvent inventive, toujours gracieuse et élégante, avec une caméra tour à tour caressante et virevoltante lors des séquences les plus spectaculaires, un délice de presque tous les instants […] Des fautes de gout, il y en a plus d'une mais elles sont vite oubliées devant la qualité et l'ampleur du spectacle qui se termine d'une façon plutôt originale par un long numéro d'à peu près 15 minutes oscillant entre kitsch et post-modernisme. Une très belle réussite." Je peux d’autant plus m’en moquer... que je suis l’auteur de cet avis et qu’il prouve bien que "l’amour" rend aveugle, ayant dû l’écrire alors que je commençais à tomber sous le charme de la comédienne Doris Day, n’ayant alors d’yeux que pour elle et m’extasiant sur presque tous ses films, y compris les plus moyens comme c’est le cas ici. Et tant pis pour le ridicule d'un tel retournement de veste, ce ne sera pas le premier... ni le dernier !

Car si ce spectacle coloré et joyeux peut faire passer un agréable moment en période de disette cinématographique, il s’avère en fait assez médiocre à presque tous les niveaux, son scénario un peu idiot tenant sur un papier cigarette, sa mise en scène paraissant un peu figée par le Cinémasscope et son casting n’étant pas des plus concluants, la majorité des seconds rôles étant de plus quasiment tous sacrifiés. D’ailleurs les spectateurs n'ont pas été dupes puisque ce fut un bide aux USA, l’un des rares - voire l’unique - de la carrière de sa comédienne principale, qui était encore en cette année 1962 l’artiste - homme et femme inclus - la mieux payée à Hollywood. On a imputé plus tard cet échec financier à une grève des journaux de cette époque, le film n’ayant ainsi pas pu bénéficier de la promotion attendue ; seulement, il avait quelques années pour s’en relever, ce qui ne s’est pas produit. A lui seul, le dernier numéro, Sawdust, Spangles and Dreams, censé être le clou du spectacle, résume assez bien en quoi le film est en partie raté, oscillant sans cesse - à cause en l'occurrence principalement d’un Busby Berkeley plus vraiment avisé - entre kitsch vieillot, mièvrerie sirupeuse et tentative de modernisme qui tombe le plus souvent à l’eau.

Le directeur du cirque offre à Jimmy Durante un rôle picaresque assez sympathique même si assez vite répétitif ; sa fille est interprétée par une Doris Day plutôt sobre, assez bien mise en valeur - si l'on oublie le tutu rose - et constamment convaincante, la seule à tirer totalement son épingle du jeu. Stephen Boyd - Messala dans le Ben-Hur de William Wyler - et Martha Raye complètent ce quatuor qui aurait pu être revigorant si le premier n'avait pas été totalement fadasse - peut-être le plus transparent des partenaires de Doris Day - et si la seconde ne pouvait pas sembler aussi vite agaçante. Niveau musical, même si c’est loin d’être ce qu’a composé de mieux le grand Richard Rodgers, l’ensemble reste plutôt agréable à défaut d’être mémorable : Doris Day est en forme - elle livre de belles interprétations de la poignante Little Girl Blue, de My Romance ou encore de This Can't Be Love -, les sept chansons de Richard Rogers & Lorenz Hart - dont la plus belle est de loin l’entêtante The Most Beautiful Girl In The World, interprétée successivement par Stephen Boyd et Jimmy Durante - sont très bien orchestrées par Conrad Salinger, et le travail de seconde équipe de Busby Berkeley est au moins mémorable dans le numéro spectaculaire qui se situe en début de film, Over and Over Again. Quant aux numéros de cirque, ils sont pour certains de premier ordre, surtout ceux basés sur l'acrobatie plus que ceux clownesques ou animaliers.

A signaler que le film est sorti en France sous deux titres différents : La Plus belle fille du monde (qui reprend en fait la chanson phare de la bande originale) ainsi que Jumbo, la sensation du cirque. Ayant été presque aussi sévère à cette troisième vision qu’extatique à la première, la vérité se situe probablement dans un juste milieu. Quoi qu’il en soit, s’il est certain qu’il ne s’agit pas d’un sommet de la comédie musicale estampillée MGM, ce n’en est pas un navet pour autant ; chacun pourra probablement y trouver quelques agréables séquences même s’il semble évident que ceux qui sont allergiques à la mièvrerie et aux bons sentiments pourront s’en détourner sans remords. Quant aux amateurs de la chanteuse Doris Day ils ont dû être un peu tristes puisque ce fut la dernière fois qu’on l'aura vue dans une comédie musicale, sa dizaine de films suivants ne sortant pas du domaine de la pure comédie.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 1 janvier 2018