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Critique de film
Le film

La Mélodie du bonheur

(Blue Skies)

Partenariat

L'histoire

Milieu des années 40. Jed Potters (Fred Astaire), ancien danseur devenu journaliste radiophonique, rend hommage dans son émission de ce jour à Irving Berlin à travers sa propre histoire influencée à plusieurs reprises par les chansons du grand compositeur. Retour en 1919 où Jed tomba amoureux de la chorus girl Mary (Joan Caulfield), rencontrée lors d’un numéro sur la chanson A Pretty Girl Is Like a Melody. Jed invite à dîner la charmante jeune femme dans le night club tenu par son ex-compagnon d’armes, Johnny (Bing Crosby). Ce sera le début d’un triangle amoureux qui va se décliner sous différentes formes en une vingtaine d’années, Mary s’éprenant de Johnny qui ne partage pas cet amour, s’estimant bien trop instable, volage et égoïste pour se marier avec elle. C’est pourtant ce qui va arriver avec une petite fille à la clé. Mais Jed cherche toujours à la récupérer...

Analyse et critique

La Paramount ne s’était pas fait une spécialité de la comédie musicale, et en voyant Blue Skies on comprend pourquoi puisque l'on se rend compte du gouffre qui sépare ce musical de ceux que Fred Astaire tourna à la Metro Goldwin Mayer ou même simplement en comparaison avec ceux bariolés de la Fox de la même époque qui ont pour têtes d'affiche Alice Faye, Carmen Miranda, Betty Grable, Cesar Romero, Don Ameche ou John Payne. Fred Astaire pensait terminer sa carrière sur ce film et offrir Puttin on the Ritz à ses fans comme cadeau d’adieux. Voir dix Fred Astaire danser sur la même scène de music-hall constituait une gageure, l’idée était vraiment bonne mais sa mise en scène reflétait déjà une mollesse qui allait d’ailleurs phagocyter tout le reste du film. On rêve de ce qu’en aurait fait Busby Berkeley, Stanley Donen ou Vincente Minnelli. La Mélodie du bonheur - à ne pas confondre avec le chef-d’œuvre de Robert Wise - sera le seul apport de Stuart Heisler au genre, cinéaste bien plus inspiré lorsqu’il tâtera du film noir - La Clé de verre (The Glass Key), Storm Warning - ou lorsqu’il décidera de signer l’une des parodies de western les plus amusantes qui soit - Le Grand Bill (Along Came Jones).


Quant à Fred Astaire, on se félicitera qu’il n’ait pas tenu parole et qu’il ait encore joué, chanté et dansé dans une vingtaine de films dont, immédiatement après, le délicieux Parade de printemps (Easter Parade) de Charles Walters puis durant les années 50 les tout aussi réjouissants Trois petits mots (Three Little Words) de Richard Thorpe, Tous en scène (The Band Wagon) de Vincente Minnelli ou Papa longues jambes (Daddy Long Legs) de Jean Negulesco... pour n’en citer que quelques-uns. Pour en revenir à Blue Skies, qui était conçu pour mettre en avant les chansons d'Irving Berlin, ce fut le plus gros succès de la Paramount en 1946, le film ayant récolté des recettes égales à trois fois son coût. L’annonce par Fred Astaire que ce serait à 47 ans son chant du cygne et sa dernière apparition à l’écran a peut-être énormément contribué à ce triomphe public ainsi que la réunion de deux des plus grosses stars de l’époque dans le domaine, Bing Crosby et Fred Astaire étant à nouveau tous deux en têtes d’affiche de ce film après Holiday Inn (L’Amour chante et danse) de Mark Sandrich, le Technicolor en plus. Lorsque sur son blog Bertrand Tavernier parlait à son propos d’originalité, de noirceur et d’une Joan Caulfield bien choisie, on se demande s’il n’était pas à ce moment-là en manque de comédies musicales. C'est difficilement compréhensible autrement car le scénario s'avère au contraire d’une indigence totale tout comme l’actrice principale - même si très charmante - se révèle d’une rare fadeur, rendant du coup le triangle amoureux totalement inconsistant ; aucune alchimie n’a réussi à se créer entre elle et ses deux partenaires qui auront tous deux tourné dans de bien meilleures comédies musicales. Quant à la noirceur, ce serait comme chercher une aiguille dans une meule de foin pour la trouver !


Pour en revenir à l'actrice principale, peut-être qu’en parlant de Joan Caulfield Bertrand Tavernier pensait à Olga San Juan qui en revanche est peut-être effectivement l’une des rares raisons de prendre du plaisir à ce film, pétulante et extrêmement sympathique en plus de se révéler très bonne chanteuse. Les autres raisons sont bien évidemment en toute logique quelques numéros musicaux parmi les vingt chansons présentes dans le film, dont quatre spécialement écrites pour cette occasion. Même si aucun numéro n’est franchement inoubliable, on notera quand même parmi les relatives réussites et par ordre d’apparition à l’écran A Pretty Girl Is Like a Melody, hommage au Ziegfeld Folies dansé par Fred Astaire, You'd Be Surprised grâce à l’enthousiasme d'Olga San Juan, I'll See You In Cuba au cours duquel la jolie chanteuse "officie" à nouveau mais plus en solo, entamant au contraire un duo avec Bing Crosby, A Couple Of Song And Dance Men, la meilleures séquence du film, seul moment ou Astaire et Crosby sont réunis pour un numéro qui plus est s'avère très amusant, le fameux Puttin' on the Ritz déjà décrit plus haut et enfin la berceuse (Running Around In Circles) Getting Nowhere, chanson composée spécialement pour le film et interprétée par Bing Crosby à une petite fille. En revanche, la chanson titre est filmée d’une façon totalement mollassonne tout comme ce qui semblait devoir être l’apothéose du film, Heat Wave, mis en place dans un fastueux décor sud-américain qui fait a postériori pale figure en comparaison de ceux similaires des géniaux Le Pirate ainsi que Yolanda et le voleur, tous deux signés Vincente Minnelli. Quant au sketch d'un Billy de Wolfe en roue libre, Mrs. Murgatroyd, il est aussi interminable qu’éprouvant et laborieux à tel point que nous préfèrerons jeter dessus un voile pudique.


Malgré un ensemble aussi peu captivant que terne, cette comédie musicale très moyenne, sans ampleur ni charme devrait quand même pouvoir combler beaucoup d’amateurs du genre grâce à la réunion de deux de ses plus grandes célébrités ainsi que pour quelques numéros musicaux, certes réalisés sans grande idée mais portés par le talent des deux acteurs principaux, du chorégraphe Hermes Pan, du compositeur Irving Berlin ainsi que des chefs opérateurs Charles Lang et William E. Snyder qui nous offrent un bel écrin "technicolorisé".

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 12 décembre 2017