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Critique de film
Le film

La Maison de Dracula

(House of Dracula)

Partenariat

L'histoire

Le comte Dracula (se faisant appelé le baron Latos afin de passer incognito) vient à la rencontre du docteur Edelman pour trouver une solution à son immortalité. Il veut devenir plus fort, ne plus craindre le soleil. Dans le même temps, Larry Talbot est mis en prison, et le docteur Edelman vient le libérer pour le sortir de sa malédiction. Ensemble, alors qu’ils essayent de trouver un moyen efficace, ils remettent inopinément la main sur le corps du monstre de Frankenstein. Rapidement, tout dégénère. Le docteur Edelman devient peu à peu un vampire, terrorisant le village et s’attirant la foudre des habitants…

Analyse et critique

L’année 1945 est sans aucun doute la dernière année importante au cinéma dans la production d’épouvante de la décennie. Les grands mythes majeurs s’éteignent tous : la momie et l’homme invisible ont respectivement eu leur cinquième et dernière aventure l’année précédente, les stars abonnées au genre commencent à se raréfier sur les écrans (Lugosi tourne ses derniers films, Karloff joue pour d’autres studios…), le western et le film noir dominent largement la production cinématographique… Une dernière fois, la Universal réunit trois de ses plus célèbres monstres. Larry Talbot, alias le loup-garou, revient pour la quatrième fois, le comte Dracula revient pour la cinquième fois (en ne comptant pas la version espagnole de 1931), et le monstre de Frankenstein offre sa présence pour la septième fois consécutive, le record au niveau du studio. Le film House of Dracula prend alors des airs de séance d’adieu, l’ensemble parait bien poussif et l’imagination des scénaristes s’est enfin tarie. Erle C. Kenton, un habitué de la maison, emballe un film lourdement écrit, peu inspiré et sans grand intérêt. Certes, House of Frankenstein brillait déjà par ses nombreux défauts, à commencer par un scénario trop embrouillé et souvent décousu. Mais le métrage demeurait très sympathique, parfois même assez réussis le temps de certaines séquences, notamment grâce à des décors enchanteurs. House of Dracula va plus loin en montrant un sens du fantastique propre à la Universal qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Le scénario est légèrement mieux écrit que dans le film précédent, conférant aux scènes plus d’unité et participant à un fil conducteur plus palpable. Toutefois, aucun des monstres présents ne va réellement s’affronter : en définitive, seul Frankenstein Meets the Wolf Man fournissait la rencontre de deux monstres, avec en plus un combat au sommet.

Ici, tout comme dans House of Frankenstein, personne ne se rencontre, ou alors seulement l’espace d’une poignée de secondes. John Carradine, en comte Dracula, joue les utilités, ne servant pas à grand-chose, sauf à contaminer le docteur Edelman, ce qui se transformera en un petit rebondissement scénaristique tout à fait appréciable. Si le monstre de Frankenstein ne faisait qu’une courte apparition animée dans l’opus précédent, Erle C. Kenton réussit l’exploit de lui donner encore moins de temps à l’écran. En définitive, la créature ne sert plus à rien depuis déjà deux films, et ce n’est pas Glenn Strange (interprétant le rôle dans ces deux métrages) qui avancera le contraire : un véritable homme objet, incapable d’émotion, une présence uniquement physique dénuée d’intérêt, si ce n’est de pouvoir admirer le personnage un court instant et les maquillages de Jack Pierce une dernière fois. Les vrais personnages principaux sont le docteur Edelman, très honorablement campé par Onslow Stevens, et Larry Talbot, toujours incarné par l’excellent mais néanmoins fatigué Lon Chaney Jr. Les résurrections de Dracula et Talbot ne sont en aucun cas expliquées, le film faisant fi dès le départ de ce qui a pu arriver à la fin de l’opus précédent. La musique se contente de reprendre des morceaux déjà utilisés auparavant et la mise en scène reste assez simpliste, même si parfois furtivement capable de très belles choses.

Ce dernier film d’une longue période Fantastique à la Universal ne s’imposait donc pas en terme de qualité artistique, mais trouve toutefois son intérêt dans son aspect conclusif. Car à la toute fin du film, Larry Talbot va enfin parvenir à se débarrasser de la malédiction qui le persécute, après quatre films d’une lutte sans relâche faite de désespoir et de morts à répétition. Il termine le film au bras d’une jolie femme, sa vie va certainement pouvoir recommencer comme avant. Il est heureux que ce personnage honnête et sympathique ait eu une si jolie conclusion, ce qui change sérieusement des habitudes prises par la Universal (qui sont d’envoyer le personnage, quel qu’il soit, dans l’autre monde). Il s’agit donc très clairement du dernier film de monstres classique produit durant l’âge d’or d’Hollywood, et il faudra attendre la fin des années 1950 pour que la Hammer, célèbre maison de production britannique, ressuscite ces mythes avec d’autres stars, telles Peter Cushing et Christopher Lee. House of Dracula se laisse pourtant regarder avec plaisir, car le charme des vieux films d’horreur opère toujours à la perfection, distillant régulièrement effets désuets et poésie quelquefois lumineuse. Bien que compté parmi les moins belles réussites de la firme dans ce domaine-ci, le film reste très agréable, surtout grâce à quelques éléments capitaux : la photographie est encore une fois très contrastée, les jeux d’ombres sont très nombreux (l’expressionnisme allemand n’est jamais loin), les décors restent visuellement accrocheurs (même si l’on sent le recyclage de films antérieurs), les effets spéciaux bénéficient de toujours autant de soin (même si répétitifs, notamment dans l’usage de l’électricité), le rythme ne faiblit qu’en de rares occasions… On note un point assez original également : pour une fois, c’est une femme au dos difforme qui seconde le savant fou, et non un homme comme c’est toujours le cas. Lon Chaney Jr donne le meilleur de lui-même, quoique incontestablement fatigué de toujours jouer les monstres et plus particulièrement le loup-garou. Touchant jusqu’au bout, avec ce soupçon de présence rassurante (notamment à la fin), Chaney Jr quitte la scène horrifique avec élégance. Car après ce film, la Universal ne reconduira pas le contrat de l’acteur, jugeant le temps des films d’horreur définitivement révolu. Chaney Jr deviendra ainsi un second rôle régulier dans des films de tous genres et un acteur également récurrent à la télévision dans diverses séries. Il reviendra de temps à autres au genre Fantastique, et notamment pour la Universal avec The Black Castle en 1952. Pour sa part, Jack Pierce, en tant que maquilleur de génie, devra désormais se contenter de productions moins ambitieuses encore. House of Dracula augure donc définitivement de la fin d’une époque, celle des films de monstres assoiffés de sang, meurtriers, invisibles, mort-vivants, fous, mais surtout humains. Car c’est de la face obscure des hommes dont traitent tous ces films au fil du temps : les égarements de la Science, la présence en filigrane de la religion, les croyances les plus primaires, la peur envers la différence, la méchanceté, la folie… le tout au travers de divertissements spectaculaires, magnifiques et plein de charme auxquels cet ultime fleuron vient rendre hommage, malgré ses abondantes faiblesses.

House of Dracula vient une ultime fois contenter le spectateur en lui proposant un cocktail de monstres qui n’a encore aujourd’hui rien perdu de sa prestance et de son classicisme. Un sympathique petit film rempli de maladresses, mais une conclusion nécessaire à cette deuxième et dernière grande période du cinéma fantastique de la Universal.

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La fiche IMDb du film
Par Julien Léonard - le 17 février 2009