Menu
Critique de film
Le film

La Joyeuse divorcée

(The Gay Divorcee)

Partenariat

Analyse et critique

La réputation de la série des neuf films tournés par Fred Astaire et Ginger Rogers pour le studio RKO n’est plus à faire. Ils représentent pour un très grand nombre une sorte de quintessence de la magie cinématographique du cinéma hollywoodien des années 30 (Woody Allen leur a d’ailleurs rendu un très bel hommage dans le délicieux La Rose pourpre du Caire ; il a construit son allégorie sur le monde du rêve confronté à celui plus terne de la réalité en utilisant justement Top Hat, soit dit en passant de très loin le meilleur des Astaire/Rogers.) Ce ne sont donc certainement pas quelques avis discordants au milieu de ces concerts de louanges qui risquent de leur porter ombrage. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, la preuve par ce texte même, il n’est pas incompatible d’être un immense admirateur du couple d’acteur danseur (Ginger Rogers étant par ailleurs une très grande actrice, on ne le dira jamais assez) et de la comédie musicale en général et de trouver dans le même temps absolument dépourvus de charme ces fameux films, pas loin de les estimer ineptes s’ils ne contenaient pas leurs numéros musicaux.

Certains me rétorqueront que ces derniers suffisent à leur bonheur, ce que je conçois très bien vu que le temps semble s’arrêter dès que ces deux génies entament leurs pas de danse, tellement leur couple resplendit à ces instants. Instants trop fugaces cependant et qu’il faut attendre bien trop longtemps pour réellement en être satisfaits. Les ‘interludes’ (qui ne sont rien de moins que des sketchs quasiment autonomes) entre chacun d’entre eux, qui constituent la charpente de l’histoire, sont bien trop ternes, peu drôles, rébarbatifs et ennuyeux pour nous tenir éveillés. Dans La Joyeuse divorcée, il faut carrément patienter cinquante minutes avant que le magnifique Night and Day (seul chanson de Cole Porter qu’il reste de la pièce à l’écran) vienne nous sortir de notre torpeur. L’autre numéro réputé (morceau de bravoure de 17 minutes destiné à supplanter en notoriété et en longueur celui de Carioca) que constitue The Continental se révèle en fait plutôt laborieux, Sandrich voulant marcher sur les traces de Busby Berkeley sans jamais parvenir à lui arriver à la cheville. Car là aussi où le bat blesse dans cette ‘série’, outre la vacuité abyssale des scénarios (ici une adaptation filmée d’une pièce de Dwight Taylor et Cole Porter créée à Londres puis à Broadway par Fred Astaire en personne), c’est justement dans la mise en scène qui ne rend pas assez justice aux magnifiques chorégraphies d’Hermès Pan.

Vous l’aurez compris, je fais partie des quelques rares détracteurs de ces films qui représentent au contraire de véritables bulles de champagne pour une majorité. N’écoutez donc plus le rabat-joie et le grincheux qui officie en ces lignes mais plongez vous plutôt avec délectation dans ce qui constitue la première véritable collaboration entre Fred Astaire et Ginger Rogers (dans Flying Down to Rio, ils n’avaient qu’un seul numéro ensemble et n’étaient pas en tête d’affiches.) Savourez dès lors les décors art-décos de Van Nest Polglase et Carroll Clark et retrouvez les seconds rôles qui reviendront de film en film, à savoir Edwart Everett Horton (ici affublé, lors d’une séquence avec Betty Grable d’un ahurissant mauvais goût, d’un short et de chaussettes dans des mocassins et s’essayant à quelques pas de danse), Erik Rhodes et l’inénarrable Eric Blore. Pour cette comédie musicale, Fred Astaire avait accepté à contrecœur de retravailler avec Ginger Rogers ne souhaitant pas s’enfermer dans un tandem professionnel et préférant danser seul. Que les amoureux du couple bénissent Pandro S. Berman d’avoir insisté, ce succès sans précédents et inattendu ayant de plus sauvé à l’époque la RKO de la faillite.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 11 mars 2007