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Critique de film
Le film

La Furieuse Chevauchée

(Tall Man Riding)

Partenariat

L'histoire

1892 dans le Montana. Cinq ans après en avoir été chassé, Larry Madden (Randolph Scott) revient à Little River pour se venger du grand propriétaire du Warbonnet Ranch, Tucker Ordway (Robert Barratt), qui l’avait humilié par le fouet en pleine rue pour avoir courtisé sans sa permission sa fille Corinna (Dorothy Malone). Sa fierté en ayant pris un coup, il avait alors fui la région après avoir brûlé de rage son propre domaine. Sur le point d’arriver à destination, Larry prend la défense d’un homme attaqué par trois bandits. Un des assaillants est tué et il apprend que celui dont il vient de sauver la vie n’est autre que Rex Willard (Bill Ching), l’actuel époux de Corinna. Il le reconduit néanmoins au ranch de son ennemi mortel et lui demande de prévenir ce dernier de son arrivée afin de lui mettre la pression. En ville, il retrouve l’avocat Ames Luddington (John Dehner) qui, à sa demande, a mené en secret une enquête de laquelle en ressort que Tucker n’est pas légalement propriétaire de son domaine et qu’il sera ainsi facile de l’en déloger. Larry jubile jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que d’autres que lui souhaitent s’accaparer le ranch Warbonnet et notamment une de ses vieilles connaissances, Cibo Pearlo (John Baragrey), le patron du saloon qui semble avoir la ville sous sa coupe et un shérif corrompu à sa botte. Cibo tente de mettre Larry de son côté mais ce dernier, le haïssant autant qu’il déteste Tucker, décide de faire cavalier seul aidé en cela par la maîtresse de Cibo, la chanteuse Reva (Peggie Castle). C’était en fait Cibo qui avait envoyé ses tueurs se débarrasser du gendre de Tucker, et c’est encore lui qui demande au Marshall d’aller arrêter Rex pour l’accuser du meurtre d’un de ses hommes et ainsi discréditer le gros rancher aux yeux de la communauté. Corinna vient demander de l’aide à son ex-amant pour l’aider à sauver une seconde fois son mari en témoignant la légitime défense. Il accepte mais l’inquiétant Peso Kid (Paul Richards) va tenter de l’en empêcher...

Analyse et critique

A peine quelques semaines après le très bon Shotgun (Amour, Fleur sauvage), arrivait sur les écrans américains un autre film signé par le prolifique Lesley Selander, auteur que l’on a un peu trop vite eu tendance à classer parmi les tâcherons. Sur plus de cent films, il y eut vraisemblablement pas mal de déchets mais finalement le cinéaste aura aussi eu quelques très sympathiques réussites à son actif (Panhandle, Fort Osage...). Alors que jusqu’à présent, il avait œuvré la plupart du temps pour des studios de la Poverty Row (la Allied Artists tout récemment), il put à l’occasion de Tall Man Riding tourner pour la prestigieuse Warner, même si ce fut une nouvelle fois avec un budget assez limité. Relatant une vengeance ainsi qu’une traditionnelle lutte entre pionniers et ranchers, La Furieuse chevauchée (nommée ainsi en français pour sa séquence finale) est un film de série B assez conventionnel même si le scénario est plus complexe que l’on pouvait s’y attendre au départ. Un peu inutilement complexe même, l’efficace scénariste Joseph Hoffman (Duel at Siver Creek de Don Siegel) n’ayant pas bénéficié d’assez de temps pour pouvoir développer tous les fils qu’il avait mis en place, pour pouvoir exploiter à fond toutes les situations exposées. Il s’en trouve que l’intrigue s’avère parfois un peu confuse, faussement alambiquée et par là même manquant de fluidité. Ce n’en est pas moins un honnête western que les aficionados prendront plaisir à regarder.

Si vous avez pu lire l’histoire du film que j’ai vainement tenté d’écrire avec le plus de clarté possible, vous avez certainement deviné la complexité de ce scénario où les alliances se font et défont, les trahisons et magouilles vont bon train, les relations entre les différents protagonistes ne restent jamais figées. Les quelques originalités de l’intrigue viennent aussi d’une part du fait que Larry (joué par Randolph Scott) soit un vengeur au départ pas forcément sympathique, surtout sachant que le personnage qu’il souhaite châtier est un vieil homme ; d’autre part du fait que le même Larry ne prenne fait et cause ni pour un camp ni pour l’autre dans le conflit que se livrent ranchers et habitants de la ville, finissant même par trouver son ennemi juré bien plus fréquentable que la plupart des citoyens corrompus ou lâches qu’il côtoie lors de la mise en place de son plan de vengeance. Autre détail scénaristique qui rend ce petit western encore plus attachant : l’idée de faire des deux personnages féminins presque les plus intéressants de l’intrigue. Elles sont ici loin d’être des potiches et, contrairement à ce que l’on aurait pu penser au vu de l’affiche, bien plus encore la ravissante Peggie Castle que la plus célèbre Dorothy Malone. Tall Man Riding nous permet ainsi peut-être pour la première fois de voir enfin une Saloon Gal de temps en temps "hors contexte", en dehors de son lieu de travail. C’est un petit détail mais de voir Reva en pantalon en train de chevaucher cheveux au vent finit de rendre ce personnage stéréotypé de courtisane au grand cœur un peu plus réel qu’à l’accoutumée. Les relations qui se tissent entre les deux femmes sont également assez biens vues ; une amitié qui se noue alors même qu’elles éprouvent des sentiments pour le même homme : une estime entre rivales en somme ! Et, même si Reva aide Larry qu’elle pense être dans son droit, elle ne souhaite cependant pas trahir son employeur/amant auquel elle est néanmoins attachée :

Larry Madden : « What's a girl like you doin' tied in with a dog like Pearlo? »
Reva : « Sometimes you can get sort of attached to a dog. »

Ce qui me permet de rebondir sur l’efficacité des dialogues, ainsi que sur la qualité d’ensemble de l’interprétation. Si Randolph Scott ne nous étonne guère, égal à lui-même, si les deux actrices s’en sortent relativement bien grâce aussi à des personnages bien écrits (Peggie Castle se révélant être également une bonne chanteuse, entonnant avec entrain A Big Night Tonight), il ne faut pas oublier des "bad guys" plutôt inhabituels de par les comédiens choisis pour les interpréter qui n’avaient pas forcément au départ la gueule de l’emploi : d’un côté John Baragrey dans le rôle du chef de gang qui a tout d’un dandy, de l’autre Paul Richards, son acolyte tueur à gages, inquiétant et efféminé. Deux acteurs qui n’ont pas fait une grande carrière au cinéma, s’étant très vite tournés vers la télévision, deux visages assez marquants, tout du moins dans ce western. Et nous ne passerons pas sous silence le toujours excellent John Dehner dans la peau de l’avocat qui change de camp en cours de route. Le Larry de Randolph Scott est constamment pris entre plusieurs feux tout au long du film, les morts tombant comme des mouches autour de lui. Il se retrouve à devoir se battre violemment à mains nues, à devoir participer à un duel dans le noir complet à l’intérieur d’une grange dont on a fermé toutes les ouvertures, à prendre part à une furieuse chevauchée lors d’une course à la terre...

Toutes ces nombreuses scènes d’action sont mises en scène avec les faibles moyens du bord mais plutôt efficacement menées, Lesley Selander ayant eu la très bonne idée de laisser tomber les deux plus gros points faibles des westerns Warner tournés jusqu’à présent : l’humour lourdingue et malvenu ainsi que les transparences. Ici point de clownerie de la part de quiconque, pas de thèmes musicaux prétendument "rigolos" à la David Buttolph et surtout pas de gros plans tournés en studio lors des chevauchées ou autre séquences mouvementées. On peut en féliciter les auteurs de ce film, Selander prouvant à l’occasion que ses scènes d’action faisaient alors souvent partie des plus teigneuses du genre pour l'époque. Dommage que par ailleurs, le cinéaste ne fasse guère d’étincelles car il avait aussi à sa disposition de beaux décors extérieurs qui, s'ils avaient été utilisés comme dans Shotgun, auraient rendu le film encore meilleur. Tel quel il s’agit d’une honnête série B, bizarrement le seul film que tourneront ensemble l’acteur et le réalisateur respectivement les plus féconds du genre. Du coup, on pouvait quand même s’attendre à beaucoup mieux mais nous nous contenterons du fait qu'il soit plaisant. On remarquera cependant que Randolph Scott commençait à se voir attribuer des personnages un peu plus sombres qu’auparavant ; ce qui allait aboutir l’année suivante à sa sublime collaboration avec Budd Boetticher !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 22 mars 2013