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Critique de film
Le film

La Femme aux revolvers

(Montana Belle)

Partenariat

L'histoire

Dans leur repaire en Oklahoma, Emmett et Gratt Dalton voient revenir leur frère Bob (Scott Brady) accompagné par la veuve d’un hors-la-loi, Belle Starr (Jane Russell), qu’il vient de sauver d’un lynchage. Bob est secrètement tombé amoureux d’elle et ne supporte pas qu’un autre membre du groupe, Mac (Forrest Tucker), lui tourne autour... Par le fait de mettre les banques dangereusement en faillite, le gang des frères Dalton est activement recherché. A Guthrie, Matt Towner (John Litel), le représentant d’une association de protection des banquiers, décide de les appâter avec l’aide du propriétaire de la maison de jeu "The Bird Cage", Tom Bradfield (George Brent). Il offre à ce dernier la somme de 100 000 dollars pour l’aider à les capturer. Pour ce faire, Tom demande (en échange d’une forte somme) à Pete Bivins (Andy Devine), l’un des "indics" des Dalton, de les informer que son coffre-fort est plein à craquer, surtout le samedi soir, et autorise le shérif à tendre un piège dans son établissement aux hors-la-loi qui ne devraient pas manquer de venir y commettre un hold-up. Le jour venu, alors que les gangsters et hommes de loi entament une bataille rangée, Belle Starr et ses acolytes, Mac et l’Indien Ringo (Jack Lambert), en profitent pour cambrioler eux-mêmes le coffre de Bradfield. D’abord alliée avec les Dalton, Belle devient dès lors leur plus sévère concurrente ; mais les deux gangs continuent de défrayer la chronique. Pour se cacher, Belle se fait désormais passer pour la blonde Lucy Winters, chanteuse de saloon. Sa hardiesse l’amène à se présenter chez Bradfield qui, tombant sous son charme (tout en la reconnaissant), la prend pour partenaire...

Analyse et critique

Après sa fastueuse période muette (on le considère dans les années 20 quasiment à l’égal des King Vidor, Erich Von Stroheim, Charlie Chaplin ou D.W. Griffith), on peut penser que Allan Dwan, l’une des carrières les plus longues et les plus fécondes de l’histoire du cinéma, a passé les deux décennies suivantes un peu dans l'ombre. En effet, hormis Heidi (médiocre par ailleurs) et Suez avec Tyrone Power, presque aucun de ses nombreux autres films tournés durant cette période n'est passé à la postérité. Il faudra attendre la fin des années 40 pour le voir émerger de son "purgatoire". En 1949, Iwo Jima sort sur les écrans avec John Wayne dans le rôle principal, celui d’un sergent instructeur dur à cuire ; le film s’avère l’un des plus beaux films de guerre sortis des usines hollywoodiennes et il l’est toujours aujourd’hui. Il s’agissait d’une production de la Republic, petit studio pour qui il tournera encore une douzaine d’autres films souvent interprétés par l’épouse de son patron Herbert J. Yates, l’actrice-patineuse Vera Ralston. Certains titres possèdent une solide réputation tels Angel in Exile (1948) ou Surrender (1950), mais il reste toujours aussi difficile de pouvoir les voir. Mais Belle Le Grand (La Belle du Montana), le western mélodramatique qui suit immédiatement ces titres alléchants vient confirmer la bonne santé retrouvée du cinéaste. Attention, il ne faut pas confondre ce dernier avec le film qui nous occupe à présent, distribué l’année suivante et dont le titre original est Montana Belle. On aurait pu facilement s’y tromper !

Mais alors que Belle Le Grand est un personnage fictif, Montana Belle n’est autre que le célèbre hors-la-loi américain version féminine, Belle Star, de son vrai nom Myra Maybelle Shirley Reed Starr. Le personnage avait déjà été interprété par Gene Tierney dans un film d’Irving Cummings datant de 1941 dont le titre n’était autre que Belle Starr (La Reine des rebelles) ; malheureusement, l’œuvre comme l’actrice s’étaient toutes deux révélées bien médiocres. Puis ce fut au tour d'Isabel Jewell, déjà pour la RKO, d’endosser sa défroque dans Badman’s Territory de Tim Whelan ; dans ce tout petit rôle, elle fit forte impression et reste peut-être la meilleure interprète de cette femme desperado. On se prend à rêver à ce qu’aurait pu être justement le film d’Irving Cummings narrant sa biographie si elle avait été en haut de l’affiche en lieu et place de Gene Tierney, formidable actrice par ailleurs mais vraiment peu à l’aise dans ce rôle. Pour l’anecdote, Belle Starr donna aussi son nom à un album de Lucky Luke. Et c’est Jane Russell (au lieu d’Ann Sheridan pressentie dans un premier temps) qui reprit le flambeau à la fin des années 40. Car s’il est sorti en 1952, Montana Belle a été tourné en 1948 pour la Fidelity Pictures dirigée par Howard Welsch. Howard Hughes avait pour l’occasion "prêté" son actrice fétiche à ce petit studio pour ce qui était en fait seulement son quatrième film. Intéressé par le résultat final, le milliardaire décida de le racheter (200 000 dollars de plus que son budget initial) puis d’en suspendre la sortie avec en arrière-pensée un vaste plan média destiné à faire de sa protégée une grande star.

Si cela n’a pas été le cas et si le film fut un bide, ça peut à postériori paraitre compréhensible. En effet, en 1952, alors qu’une grande vague de westerns adultes avait déferlé sur Hollywood, le film de Dwan est certainement apparu comme désuet voire même anachronique de par son ton et son style, typiques des westerns des années 40. On pourrait d’ailleurs en dire de même de certains films qu’il réalisa peu après en collaboration avec Benedict Bogeaus et qui ont pourtant connu une belle reconnaissance, surtout grâce à la critique française. Car La Reine de la prairie (Cattle Queen of Montana) ou le sublime Le Mariage est pour demain (Tennessee’s Partner) ont pu sembler tout aussi surannés et naïfs à cause de la "douceur" et de la "gentillesse" qui s’en dégageaient alors que des cinéastes comme Robert Aldrich ou Samuel Fuller avaient déjà commencé à dynamiter le genre. Pour les plus cyniques, certaines séquences pourront même sembler totalement ridicules, comme par exemple celle du pique-nique improvisé entre George Brent et Jane Russell : les deux amoureux se retrouvent dans un coin de campagne idyllique où ne manque pas même l’escarpolette attachée à une branche d’arbre. Kitsch certes mais débordant d’un certain charme !

Considéré comme mineur, Montana Belle l'est certainement. Mais, déjà, avant ses chefs-d’œuvre de fin de carrière, on ressent une sensibilité toute particulière chez le réalisateur : que ce soient le mouchard, le banquier payé par la police pour arrêter les bandits, les bandits eux-mêmes (les Dalton), Belle Star... tous les personnages sont traités de la même manière, à savoir avec respect. Absolument personne n'est antipathique, et le sacrifice des deux prétendants à la fin reflète bien cette humanité qui règne chez absolument tous les protagonistes. Dwan éprouve de l'affection pour chacun et ce n’est vraiment pas déplaisant, presque "exotique" dirons-nous. La sensibilité que le réalisateur nous distille au sein d’un scénario relativement convenu (signé Horace McCoy, auteur du futur roman On achève bien les chevaux, scénariste également de chefs-d’œuvre tels que Gentleman Jim de Raoul Walsh), il l’insuffle également dans sa manière de filmer les paysages qui semblent respirer sous les caresses de sa caméra ; ces vastes étendues de bouleaux dénudés que viennent rayer de vert quelques bosquets de conifères sont superbement mis en valeur. Lorsque des chevauchées viennent prendre place au milieu de ces paysages, Allan Dwan n’a pas son pareil pour leur donner une réelle ampleur et un souffle certain ; la séquence de la course poursuite à cheval entre le gang de Belle Star et leurs poursuivants est à ce titre, grâce aussi à de splendides travellings, absolument magnifique !

Belle Starr se faisant passer à mi-parcours pour une chanteuse de cabaret, il va sans dire que nous allons assister à quelques numéros musicaux qui, pour rassurer les allergiques, ne seront qu'au nombre de deux. Mais pour ceux que la chansonnette ne déplait pas, ces numéros se révèlent excellents, notamment le premier, peut-être la plus belle séquence du film :The Gilded Lily. Mais c’est aussi dès ce moment que l'on se demande s'ils ne correspondent pas à des scènes rajoutées après que Howard Hughes ait racheté la première mouture du film. En effet, on constate alors une construction en montage parallèle pas nécessairement réussie mais au moins intrigante, et parfois déstabilisante en ce qu’elle ne donne pas lieu à une quelconque montée dramatique habituellement recherchée par ce style d’assemblage de plans. Il n’empêche que la chanson est franchement superbe et que Jane Russell l’interprète à merveille et avec force sensualité ; on s'attend d’ailleurs à tout instant à voir apparaître le loup de Tex Avery la langue pendante. Tout aussi curieux à posteriori, lors de sa seconde chanson, avec une perruque blonde, on croirait pendant deux minutes voir Marilyn Monroe, la ressemblance étant frappante. Et si la séquence One Silver Dollar dans La Rivière sans retour avait été inspirée par celle-ci, issue de La Femme aux revolvers ? L’ultime séquence, abrupte et profondément originale, finit de laisser cette impression de "rarement vu" à moins que ce ne soit tout simplement de la trop grande nonchalance. Elle termine de mon point de vue en beauté un western simple et constamment séduisant, si ce n’est important ni mémorable.

Quant à Jane Russell, je ne crois pas l’avoir jamais vu plus jolie que dans la peau de cette hors-la-loi qui pourrait avoir été dans le même temps son plus beau rôle. Si elle n’est décidément pas une grande comédienne dramatique, il n’est pas désagréable de voir sa silhouette pulpeuse tour à tour en brune et en blonde, plantureusement vêtue en saloon-Gal ou déguisée en homme pour se faire passer pour un membre du clan Dalton. Le cinéaste nous offre même un gros plan splendide sur ses yeux lors d’un montage en surimpression qui nous fait comprendre que le patron de la maison de jeu, au moment de lui proposer d’être son associée, a déjà reconnu celle qui l’a cambriolé la veille. Ce qui jette un peu d’ambigüité sur le personnage de George Brent : l’a-t-il embauchée pour son talent, parce qu’elle lui a tapé dans l’œil, ou pour mieux piéger ses acolytes ? Pourquoi pas tout à la fois ? On mentionnera en passant la belle interprétation de cet acteur assez peu connu, d’autant qu’il est entouré par toute une ribambelle d’excellents seconds rôles, du beau ténébreux Scott Brady (Dancin’ Kid, l’amoureux transi dans Johnny Guitar), au fordien Andy Devine (le conducteur de la diligence dans La Chevauchée fantastique - Stagecoach) en passant par les gueules connues (à défaut des noms) que sont celles de Forrest Tucker, Jack Lambert ou John Litel.

La beauté des costumes, le charme désuet du procédé photographique Trucolor et la sympathique partition de Nathan Scott aidant, les amateurs de westerns de série B (et uniquement eux) devraient apprécier. Après avoir fait tourner la tête non moins que de Pat Garrett et Billy The Kid dans le fameux Le Banni (The Outlaw) de Howard Hughes, Jane Russell met le grappin sur Bob Dalton au sein d’une intrigue remarquablement fournie en pièges, trahisons et autres coups de théâtre : un western au charme certain.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 1 septembre 2011