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Critique de film
Le film

La Descente tragique

(Albuquerque)

Partenariat

L'histoire

Cole Armin (Randolph Scott) se rend en diligence à Albuquerque où son oncle John (George Cleveland) doit lui proposer le poste de directeur d’une société de transport de minerai. La diligence est attaquée et 10 000 dollars sont dérobés à Celia Wallace (Catherine Craig), une somme qui devait lui permettre, avec son frère Ted (Russell Hayden), d’ouvrir sa propre société de transport de fret. En arrivant à Albuquerque, Cole se rend compte que le nom de Armin n’est pas franchement apprécié. En effet, couvert par le shérif, le despotique John Armin décourage toute velléité de concurrence et règne en maître sur la ville. Cole ne met pas longtemps à comprendre que la diligence a été attaquée sur les ordres de son oncle pour ne pas que les Wallace puissent égratigner le monopole qu’il voudrait s’octroyer pour étendre son empire. Menaçant son oncle, Cole lui demande de restituer l’argent volé puis refuse son offre de travail. Avec cette somme, il se rend chez les Wallace et se propose de les aider à monter leur propre entreprise. Fou de rage, John Armin envoie la belle espionne Letty Tyler (Barbara Britton) s’infiltrer dans leurs affaires pour, avec les informations obtenues, pouvoir leur mettre plus aisément des bâtons dans les roues. S’ensuivront des coups fourrés, des sabotages, des incendies, etc. Le trio d’associés, entre deux amourettes, devra se battre avec acharnement pour que leur business puisse prendre forme.

Analyse et critique

Après avoir été à l’origine des premiers Rintintin, la filmographie westernienne de Ray Enright s’étale sur à peine douze années et se compose d’environ une quinzaine de titres ; Albuquerque se situe environ à mi-parcours. Auparavant, cet excellent artisan nous avait offert les plaisants Bad Men of Missouri (1941), Les Ecumeurs (The Spoilers, 1942) qui faisait endosser, chose rare, le rôle du "méchant" de service à Randolph Scott, ou Du sang sur la piste (Trail Street, 1947). Ensuite, il réalisera encore le nerveux Far West 89 (Return of the Badmen, 1948) dans lequel il mettra en scène quasiment tous les hors-la-loi célèbres de l’histoire de l’Ouest, ou encore le coloré Montana (1950) avec un Errol Flynn éleveur de moutons. Comparativement, avec Albuquerque (titré Silver City en Angleterre !), Ray Enright nous donne l’impression d’avoir pris un peu moins de plaisir à le tourner car on ne retrouve pas la vivacité qui caractérisait ces autres titres. Il faut dire que le script n’est pas des plus réussis même s’il partait d’une idée de départ plutôt intéressante et rarement abordée dans le genre, la description de la compétition que se livraient des sociétés de transport de minerai qui devaient prendre d’énormes risques pour acheminer les métaux précieux à bon port.

Très à l’aise encore ici lorsqu’il s’agit de décrire la faune bigarrée et vivante d’un saloon (les bagarres homériques qui s’y déroulaient dans The Spoilers sont restées célèbres), Ray Enright l’est un peu moins en extérieurs. La Descente tragique (du titre français) qui est censée nous faire vibrer (à cause du sabotage du frein d’un chariot chargé à bloc, lors de la descente dangereuse qui part des mines pour arriver dans la vallée), avec ses toiles peintes beaucoup trop visibles et un montage bien paresseux nous laisse un peu sur notre faim. Le combat qui oppose Randolph Scott à Lon Chaney Jr. paraît aussi un peu poussif, ce dernier gardant sa cigarette à la bouche pendant toute la durée du pugilat et les cascadeurs paraissant manquer cruellement d’agilité. Beaucoup d’autres invraisemblances émaillent ce scénario assez terne, dont l’immense et improbable facilité qu’a le personnage de l’espionne d’inspirer confiance à ses "ennemis" en une poignée de secondes.

Mais s’agissant d’un film de série de la Paramount (avec pourtant un budget assez important mais qui ne se voit guère à l’écran), nous serions d’assez mauvaise foi de juger ce film sur les facilités d’un scénario très convenu qui ne propose au cinéaste que peu de scènes vigoureuses comme il en obtiendra à foison dans Return of the Bad Men par exemple. En revanche, nous retrouvons les longs travellings et mouvements de caméra dont le cinéaste raffole, dont l’un superbe en contre-plongée qui suit sur environ une bonne trentaine de secondes Randolph Scott et Gabby Hayes traversant une rue ensoleillée, quelques plans fulgurants sur les visages comme celui inquiétant de Lon Chaney cigarette au bec, et un gunfight final rondement mené. Il faut savoir que la photo utilise le terne procédé Cinecolor, les couleurs ne retrouvant à aucun moment la "flamboyance" du Technicolor, les teintes ayant toutes tendance à tirer sur le rouge orangé et le jaune (alors que le Trucolor de la RKO par exemple faisait, lui, plus ressortir les verts et les bruns : voir Johnny Guitar).

Au final, point d’ennui mais une routine qui devrait lasser tous les non-amateurs. Les autres, dont je fais partie, trouveront du plaisir à voir un Randolph Scott à la belle prestance, superbement vêtu, un pittoresque et amusant George Gabby Hayes (le Walter Brennan ou Arthur Hunnicut de la série B), deux actrices rivalisant de beauté et de jolies robes, un casting de troisièmes couteaux à la mine patibulaire tels Lon Chaney ou John Halloran et un George Cleveland que nous avions plus l’habitude de rencontrer du bon côté de la loi. Dans Albuquerque, de son fauteuil roulant il domine tout et n’hésite pas à dévoiler ses vils desseins à qui veut l’entendre : « On doit se battre pour les contrats. C’est là que tout est permis, sans retenues. L’instinct de conservation s’applique aussi aux affaires : la concurrence doit être étouffée. » Des paroles et un film à consommer avec modération !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 27 août 2004