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Critique de film
Le film

La Dernière flèche

(Pony Soldier)

L'histoire

1876, la Police montée canadienne n’a que trois ans d’existence et compte à peine 300 membres. Elle a encore du mal à faire régner la loi dans ce vaste territoire. Près de Saskatchewan, à Fort Walsh, on confie une dangereuse mission à un tout jeune officier inexpérimenté, Duncan MacDonald (Tyrone Power). Les Indiens Cree, affamés, ont franchi la frontière pour aller chasser le bison sur les terres américaines ; pourchassés à la fois par les Tuniques Bleues et les Sioux qui ne souhaitent pas partager leur terrain de chasse, ils prennent en otage deux Blancs qu’ils comptent garder comme monnaie d’échange au cas où ils se retrouveraient coincés avant d'atteindre la frontière. Sur les ordres de Sa Majesté, accompagné par Natayo (Thomas Gomez), un métis "Blackfoot", Duncan doit donc se rendre aux Etats-Unis pour trouver la tribu des Cree et la ramener dans sa réserve sur le territoire canadien. Ils devront également empêcher la guerre qui se prépare contre les Sioux et essayer de libérer les otages, une femme dont l'époux a été tué dans un raid et un hors-la-loi évadé. Si le chef Standing Bear (Stuart Randall) est prêt à écouter les conseils de Duncan, il n'en va pas de même de son bras droit Konah (Cameron Mitchell) qui est loin d'être aussi conciliant, ne voulant pas ployer sous le diktat des hommes blancs qu'il a en horreur. Au cours de ces difficiles négociations, Duncan se prend d'amitié pour un jeune enfant indien qui fait le forcing pour se faire adopter par l'homme à la tunique rouge...

Analyse et critique

Les westerns pro-Indiens, il y en a déjà eu quelques uns depuis le début des années 50 ; et non des moindres ! Excepté la MGM avec ce chef-d’œuvre qu’était La Porte du Diable (Devil’s Doorway), signé Anthony Mann, c’est surtout la compagnie Universal qui s’y est attelé avec trois films réalisés par George Sherman (le spécialiste en la matière, celui que la thématique passionnait alors le plus) : Sur le territoire des Comanches (Comanche Territory), Au mépris des lois (The Battle of Apache Pass) et le superbe et méconnu Tomahawk que l'éditeur Sidonis a eu la bonne idée de déterrer dernièrement. Mais on n'oubliera pas la 20th Century Fox avec le western qui a lancé cette vague, le célèbre Broken Arrow (La Flèche brisée). C’est encore ce studio qui clôture l’année 1952 avec Pony Soldier qui, comme pour le film de Daves, contient un préambule nous prévenant que pour le meilleur confort des spectateurs les Indiens parleront la langue de Shakespeare. Si l'époque reste celle des guerres indiennes, géographiquement parlant on se déplace un peu vers le Nord au point de franchir la frontière américano-canadienne, les Indiens ayant à faire non plus à la cavalerie américaine mais aux Tuniques Rouges de la Police montée.

Au vu de l'intrigue racontée ci-dessus (une histoire vraie au dire du narrateur), on pourrait penser tomber sur un film mouvementé, ce qui n'est pas le cas, la majeure partie se déroulant au sein du camp indien où Duncan et Natayo essaient de convaincre les indiens Cree de les suivre. La description de la vie quotidienne, des us et coutumes de la tribu est d'ailleurs la chose la plus intéressante du film ; sans paternalisme ni trop de stéréotypes, le scénariste parvient à nous dépeindre ce petit monde avec un souci documentaire assez noble, ne nous cachant pas les contradictions et les conflits qui peuvent se faire jour au sein même de la tribu, entre frères de sang. Pour le reste, excepté la fabuleuse séquence de bataille rangée entre soldats et Indiens qui ouvre quasiment le film, on se retrouve devant un film mollasson, sans goût et sans saveur. Quand on sait que cette fameuse scène a été intégralement reprise du Buffalo Bill de William Wellman, que les producteurs ont tout simplement réintégrée telle quelle au sein du film (c'est d'ailleurs plutôt bien fait, nous ne nous rendons jamais compte des huit années de différence entre les séquences), on se demande bien ce qu'il reste de positif du travail de Joseph M. Newman qui nous avait pourtant agréablement surpris quelques mois auparavant avec Les Bannis de la Sierra (The Outcasts of Poker Flat), son huis clos westernien en noir et blanc avec Anne Baxter et Dale Robertson ; la qualité du scénario y était pour beaucoup.

Disons qu'il s'agit cette fois d'un spectacle familial pas foncièrement désagréable (et sans romance, ce qui était, avouons-le, assez rare) et qui pourra plaire aux plus jeunes même si ces derniers regretteront que l'action ne représente qu'une petite portion congrue de la durée totale (faible budget oblige) ; rares scènes d'action d'ailleurs plutôt ratées. Alors que l'intégration de la bataille du film de Wellman paraissait harmonieuse, la scène finale voyant le combat entre Tyrone Power et les renégats Cree s'avère assez minable notamment à cause du manque de fluidité totale et d'harmonie entre les gros plans en studio et les plans plus larges réellement filmés en extérieur ; rien ne semble raccord et l'ensemble nous parait aussi hideux qu'inefficace. Prévenons aussi les puristes en géographie que les paysages rougeoyants de l'Arizona au sein desquels le film a été tourné ressemblent très peu à ceux du Nord des USA. Cependant, les images du mirage - les Indiens voyant apparaitre un bateau à aube à l'horizon au sein des immenses prairies - possèdent un certain charme dû à leur naïveté.

Le film est porté par un score signé Alex North, assez moderne dans l’instrumentation et l’orchestration, et qui donne parfois de la vigueur et de l’ampleur à un film qui en est dépourvu. Celui-ci bénéficie également d'une interprétation dans l'ensemble plutôt correcte : Tyrone Power n'en fait jamais trop au point que sa discrétion pourrait être parfois prise pour de la nonchalance et Stuart Randall se révèle plutôt convaincant et "authentique" en chef indien pacifiste. Il a d'ailleurs remplacé Richard Boone au pied levé, ce dernier ayant attrapé une pneumonie juste au début du tournage ; mais auriez-vous imaginé cet acteur grimé en Indien ? Dans la peau du Cree belliqueux, Cameron Mitchell fait lui aussi oublier qu'il était blanc et Thomas Gomez apporte une touche de picaresque avec ma foi assez d'humour. Quant aux deux prisonniers (Penny Edwards et Robert Horton), on les voit tellement peu qu'on ne saurait juger de leur talent dramatique au vu de ce film. Dommage aussi que le film de Joseph Newman s'attarde autant sur les relations qui se font jour entre Tyrone Power et le jeune Indien ; c'est probablement l'élément qui plaira avant tout aux plus jeunes spectateurs mais force est d'avouer que tout cela semble bien mièvre.

Si le thème, l'époque et le lieu semblaient devoir donner lieu à un film à la fois captivant et dépaysant, l'absence d'une histoire forte et la fadeur de la mise en scène nous font souvent passer non loin de l'ennui. Mais la faible durée du film fait qu'on arrive à le trouver tout au moins un minimum plaisant tout du long. Pour des Tuniques Rouges beaucoup plus éclatantes, il faut se reporter aux Tuniques écarlates (North West Mounted Police) de Cecil B. DeMille avec Gary Cooper qui n'était déjà pas non plus un chef-d'œuvre mais qui se révélait bien plus passionnant et évidemment mieux mis en scène. En l'état, le film de Joseph Newman n'est pas foncièrement mauvais, mais il devrait néanmoins avoir du mal à faire se lever les foules. Aussitôt vu, aussitôt oublié.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 29 mars 2013