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Critique de film
Le film

La Blonde défie le FBI

(The Glass Bottom Boat)

L'histoire

La semaine, Jennifer Nelson (Doris Day) travaille dans un grand laboratoire de recherche spatiale pas loin de Los Angeles ; le week-end, elle se déguise en sirène pour amuser les touristes ayant pris place dans le Glass Bottom Boat de son père au large des îles Catalina. Sa queue va se prendre dans l’hameçon d’un riche pêcheur exerçant son loisir à bord de son yacht. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’un peu plus tard elle se rend compte que cet homme qu’elle a malmené n’est autre que Bruce Templeton (Rod Taylor), le PDG de la société où elle est employée. Bruce tombe sous le charme de la jeune femme et, apprenant sa passion pour l’écriture, lui propose de se charger de sa biographie, lui qui vient d’inventer une nouvelle fusée révolutionnaire. Seulement, les proches du grand patron ainsi que des hommes suspicieux de la CIA sont persuadés que Jennifer est une infiltrée qui espionne pour Moscou. Les quiproquos vont bien évidemment s’enchainer...

Analyse et critique

L’on sait parfaitement bien que la réception et l’appréciation de telle ou telle forme d’humour est une des choses les plus subjectives qui soit. Chacun ne pouvant être réceptif à toutes sortes de gags ou de situations comiques et même si je reconnais volontiers au cinéaste bien des qualités, surtout dans ses œuvres des années 50, la flatteuse réputation de Frank Tashlin en France m’a pourtant toujours laissé assez dubitatif, trouvant non seulement la plupart de ses films souvent pas très drôles, mais également - et même parmi les plus réputés - mal rythmés et totalement médiocres dans leur mise en scène.

Cartoonist pour la Warner (pour Bugs Bunny entre autres) aux côtés de Tex Avery, Chuck Jones ou Bob Clampett, puis gagman pour Bob Hope ou Red Skelton, Frank Tashlin vint tout naturellement à la mise en scène, entama une fructueuse collaboration avec Jerry Lewis et son style fut admiré par certains intellectuels français, Jean-Luc Godard ayant été son défenseur le plus fervent. Il faut reconnaitre que le réalisateur osa les gags les plus culottés et extravagants, utilisa le Technicolor le plus "jouissivement" kitsch et écrivit des scénarios parmi les plus fous et débridés qui se virent à l'époque au cinéma. Ainsi fut-il en quelque sorte le précurseur des rois de la parodie outrancière, tels Mel Brooks ou ZAZ (les créateurs des séries Y-a-t’il... un pilote ou un flic), même si sa filmographie fut finalement pour le moins très inégale, la plupart de ses dernières réalisations se révélant même calamiteuses. La Blonde défie le FBI est là pour nous le prouver, Tashlin pouvant "se targuer" d’avoir réalisé le plus mauvais film avec Doris Day. La comédienne mettra fin à sa carrière cinématographique peu de temps après, la plupart de ce qu’elle tourna durant cette période lui ayant été imposé par son producteur et époux malgré ses grandes réticences à l’encontre de la bêtise des scénarios. Et elle n'avait pas forcément tort !

Le postulat de départ de The Glass Bottom Boat - titre incompréhensible puisqu'il ne concerne que les cinq premières minutes du film, mais le français l'est tout autant puisqu'en fait de FBI il s'agit de la CIA) -, aussi idiot soit-il, laissait pourtant présager une parodie jubilatoire des films d’espionnage qui pullulaient à l’époque ou tout du moins une comédie totalement déjantée avec ses protagonistes tous plus crétins les uns que les autres. Elle l’est certes dans ses situations, mais le tout est si paresseusement écrit et mis en scène que le temps semble très long à son visionnage. Certes, quelques gags surnagent ici et là mais au milieu d’un ensemble souvent plus que laborieux et à vrai dire totalement indigeste. Ce qui n’empêcha pas le film d’être l’un des trois plus gros hits de la Metro Goldwin Mayer en cette année 1966 ; il faut dire que son casting était assez bien fourni en guise d’acteurs comiques, de Dom DeLuise à Paul Lynde, d'Edward Andrews à George Tobias... jusqu’à l’aspirateur fou... qui se révèle vite fatiguant : "les plaisanteries les plus courtes" dit-on...

On sera néanmoins reconnaissant à Doris Day d’avoir joué le jeu à fond, qui parvient à rendre quelques situations assez amusantes grâce à son dynamisme, mais le couple qu’elle forme pour la deuxième fois avec Rod Taylor ne fonctionne à nouveau absolument pas. On appréciera également quelques private jokes (l’apparition de Robert "Napoleon Solo" Vaughn, la reprise par Doris Day de la fameuse chanson Que sera sera, la réutilisation du couple infernal de Ma sorcière bien-aimée interprété par Alice Pierce et George Tobias...). Pour le reste, le film se traîne lamentablement, se montre plus stupide que drôle et aussi mou dans son rythme que plat dans son esthétique... Et pour tout dire plus que pénible à l’image de la musique de Frank De Vol. Nous sommes loin des grands splasticks auxquels le film aurait voulu sans cesse faire référence, le tout tombant souvent à plat. Caprice, le film suivant que Tashlin tournera à nouveau avec Doris Day, sera un peu plus réussi, abordant lui aussi l'espionnage mais sur un ton plus apaisé. Nous en reparlerons très vite !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 27 avril 2018