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Critique de film
Le film

La Belle aventurière

(The Gal who Took the West)

Partenariat

L'histoire

1949. Le journaliste Douglas Andrews aimerait en connaître plus sur l'histoire de la famille O'Hara dont un musée expose les objets qui lui ont appartenu, témoins des modes de vie du Far-West au XIXème siècle. On lui conseille d'aller interroger des survivants de cette époque, trois "old timers" ayant été des proches des O'Hara du temps de leur splendeur. Ils ne se privent pas chacun leur tour pour narrer leur version de l'histoire de l'arrivée, cinquante ans plus tôt, de la ravissante chanteuse Lilian Marlowe (Yvonne de Carlo) dans la ville dominée par deux éternels rivaux, les cousins O'Hara - Grant (John Russell) et Lee (Scott Brady). Lilian a été recrutée par le patriarche des O'Hara (Charles Coburn) pour inaugurer l'opéra qu'il vient d'achever de construire. Déjà que les cousins se disputaient violemment le futur héritage, ainsi que le contrôle de la contrée, voici que maintenant, parce qu'ils sont tombés tous deux amoureux de la nouvelle venue, la haine qu'ils se vouent va aller en se décuplant. A tel point que le patriarche demande à ce que l'on instaure la loi martiale en ville afin que le conflit ne dégénère pas en bain de sang...

Analyse et critique

Deux cousins dont l'éternelle rivalité se transforme en haine lorsqu'ils tombent tous deux amoureux d'une même femme, une soi-disant chanteuse d'opéra nouvellement arrivée en ville... Rien pourtant de bien tragique dans cette histoire puisque The Gal Who Took the West, comme son titre semblait l'indiquer, est bel et bien une comédie. Mais l'intrigue se déroule à la fin du XIXème siècle en Arizona et tous les ingrédients du western sont en place à l'intérieur de quatre flash-back, l'histoire étant racontée par quatre protagonistes différents qui avaient assistés en leur temps à ce confit familial qui se perpétue de génération en génération malgré le fait que les principaux intéressés ne connaissent même plus la cause de leurs chamailleries ! Quatre flash-back qui préfigurent d'ailleurs Rashomon d'une année, le même fait étant narré sous plusieurs angles différents selon les témoins qui ont chacun leur explication diamétralement opposée des événements, le spectateur ne sachant jamais vraiment où se situe la vérité. Cette construction était assez originale pour l'époque, avec un scénario sans prétention (et même à vrai dire assez idiot) mais plutôt correctement écrit pour ce premier western signé Frederick de Cordova.

Après avoir été metteur en scène de théâtre, Frederick de Cordova tourne en 1945 le premier film d'une filmographie qui en comptera vingt-trois, la plupart pour le studio Universal au sein duquel il était connu pour tourner vite et pour très bien s'accommoder de minuscules budgets. Pour preuve, il réalisa par exemple au début des années 50 deux petits films de pirates qui s'avérèrent bien plus plaisants que certains grands classiques du genre : La Fille des boucaniers (Bucaneer's Girl) avec à nouveau la pulpeuse Yvonne De Carlo ainsi que Les Boucaniers de la Jamaïque (Yankee Buccaneer) avec Jeff Chandler. [Attention cependant ; que ceux qui n'auraient pas apprécié La Belle aventurière ne perdent pas leur temps avec ces deux derniers films qui s'avèrent du même tonneau]. Mais son titre le plus connu (et pas forcément pour de bonnes raisons) est certainement Bedtime for Bonzo avec en vedettes Ronald Reagan et ... un chimpanzé ! Le réalisateur eut aussi devant sa caméra non moins que Rock Hudson, Errol Flynn, Tony Curtis, Bob Hope et Humphrey Bogart. Dans le genre qui nous intéresse ici, il ne signera que deux films, le second étant en 1953 un western militaire avec Audie Murphy, tout aussi mineur que La Belle aventurière : Column South (L'Héroïque lieutenant).

Le bain de sang annoncé dans le pitch n'aura évidemment pas lieu car nous restons tout du long dans un ton fantaisiste, même si les comédiens se prennent au jeu et interprètent leurs personnages le plus sérieusement du monde. C'est ce décalage qui donne un film qui pourra peut-être (je dis bien peut-être, car objectivement le film est bien mineur) plaire aussi bien aux amateurs de westerns (tout le décorum, le casting et les éléments constitutifs du western Universal s'y retrouvent) qu'à ceux qui sont venus y trouver une comédie. Les deux scénaristes ont tiré ce qu'ils ont pu d'une histoire un peu simplette dont le principal "suspense" repose sur la question de savoir qui des deux cousins Yvonne de Carlo choisira in fine. Car l'on se doute bien dès le départ que le conflit entre Scott Brady et John Russell ne sera pas très violent et que tout cela ne prêtera guère à conséquences. Mais le réalisateur ainsi que le duo de scénaristes (le grand écart est énorme entre le premier qui a beaucoup travaillé pour la série des Deux Nigauds ou de Francis, le second étant l'auteur de La Cible humaine de Henry King) se sont visiblement bien amusés à faire un western pour de rire tout en le faisant jouer comme s'il s'agissait d'un western traditionnel.

Après avoir débuté au XXème siècle, le film nous renvoie cinquante ans auparavant dans des rues et paysages naturels vus à maintes reprises au sein des westerns Universal. On retrouve les trognes qui parcourent habituellement ces mêmes films - celles des très bons Scott Brady, John Russell, James Millican, Clem Bevans, Russell Simpson... -, le style visuel "folklorique" du studio quant aux costumes et décors ainsi que la même manière de concevoir les séquences mouvementées, que ce soient les chevauchées ou les bagarres à poings nus (celle opposant les deux cousins est assez virulente). Un amateur de ces westerns ne sera guère dépaysé ; le background coutumier est bel et bien présent. Ceux qui sont plus attirés par la comédie trouveront des situations assez cocasses et se féliciteront de voir une femme forte et ambitieuse tenir tête à tous les hommes, causant même par sa seule présence l'instauration d'une loi martiale ou des déplacements de toute une unité de cavalerie, se réjouiront de dialogues assez pétillants, notamment lors de la séquence au cours de laquelle se retrouvent Yvonne de Carlo et Charles Coburn, la femme expliquant au patriarche comment, par le seul attrait de ses charmes, elle allait essayer de faire cesser les rivalités entre les deux cousins. L'actrice (que le studio présentait à l'époque comme la plus belle femme du monde), tout comme ses partenaires masculins, se révèle en pleine forme ; dommage qu'on la fasse à deux reprises chanter et danser car ces deux registres n'ont jamais été ses domaines de prédilection (on avait pu le constater dès le film Salome When she Danced). Dès qu'elle se met à ouvrir la bouche pour entonner une chanson ou dès qu'elle esquisse un mouvement de danse, elle perd étonnamment tout de ses charmes et de sa finesse.

John Russell et Scott Brady rivalisent de muflerie (le premier donne des bagues à ses initiales à toutes les femmes qui souhaitent sa "protection"), Charles Coburn n'est pas un habitué du western mais il se tire assez bien de son rôle de grand propriétaire terrien (pour la petite histoire, le ranch qu'il dirige n'est autre dans la réalité que celui du réalisateur Clarence Brown) et le reste des seconds rôles est très bien choisi. La Belle aventurière est une comédie sans prétention mais également sans génie qui ne pourra plaire qu'aux moins exigeants, ces derniers pouvant néanmoins passer un moment très plaisant, ce qui a été mon cas. Un petit divertissement bien sympathique mais aussitôt oublié.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 17 septembre 2012