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Critique de film
Le film

L'Ultimatum des trois mercenaires

(Twilight's Last Gleaming)

L'histoire

Novembre 1981. Lawrence Dell (Burt Lancaster), un ancien général de l'US Air Force condamné pour meurtre, et trois autres codétenus parviennent à s'échapper de la prison militaire où ils sont enfermés et à s’emparer de Silo 3, une base de lancement de missiles nucléaires située dans le Nevada. Depuis le centre de contrôle, Dell contacte le général Mackenzie (Richard Widmark) et menace de lâcher les neuf têtes nucléaires qu'il a en sa possession sur l'U.R.S.S. s'il n'est pas mis directement en relation avec le président David T. Stevens (Charles Durning). Il expose à ce dernier ses revendications : 10 million de dollars, la mise à disposition de l'Air Force One pour quitter le sol américain et surtout que le président rende public un document du Conseil National de la Sécurité jusqu'ici tenu secret et qui éclairerait d'un jour nouveau l'intervention américaine au Vietnam. Stevens, qui doit lui-même se rendre à Silo 3 pour prouver sa bonne foi, découvre effaré l'existence de ce document. Un dialogue s'engage entre le président et l'état-major armé...

Analyse et critique

« Oh, say can you see by the dawn's early light
What so proudly we hailed at the twilight's last gleaming ? 
»

C'est sur un photogramme de la Statue de la Liberté plongée dans la lumière du soleil couchant et dans une lettrine romantique que s'inscrit Twilight's Last Gleaming. Cette entrée en matière qui fait plus songer à la couverture d'un roman à l'eau de rose qu'à un thriller signé Big Bob impose dès le générique le ton caustique, ironique et crépusculaire qui va caractériser le vingt-septième long métrage de Robert Aldrich. En faisant référence à l'hymne américain mais en ne retenant que les « derniers rayons du crépuscule » du Star-Spangled Banner, Aldrich nous dit d'entrée de jeu, avec une malice teintée de désespoir, que les derniers feux du rêve américain se sont éteints.

Aldrich place l'action de son film quatre années dans le futur (soit en 1981) et s'inscrit ainsi dans la vague de films de politique-fiction qui fleurissent dans les années 60 et 70, comme Point Limite de Sidney Lumet ou encore Sept jours en mai de John Frankenheimer, film d'ailleurs très proche de celui d'Aldrich thématiquement et dans lequel on retrouve Burt Lancaster mais dans un rôle inversé. Aldrich et Lancaster ont travaillé pour la première fois ensemble en 1954 sur Bronco Apache et se sont retrouvés ensuite pour Vera Cruz et Fureur Apache. Lancaster est un acteur qui saisit chaque occasion pour casser son image (The Swimmer par exemple) et il trouve en Aldrich un parfait partenaire, le cinéaste aimant de son côté jouer sur les contre-emplois pour casser la logique des genres dans lesquels il s'inscrit. Les deux homme partagent en outre des convictions de gauche et ils se rejoignent beaucoup sur le terrain politique et social. Lancaster a publiquement pris position contre le Vietnam, et après Fureur Apache (qui est une parabole limpide du conflit) il ne pouvait qu'être séduit par l'argument de Twilight's Last Gleaming, qui dénonce les manipulations gouvernementales et militaires tout en défendant l'idée de démocratie chère à l'acteur. « Fureur Apache et L'Ultimatum des trois mercenaires sont le type de projets dont je suis le plus fier car ils avaient quelque chose à dire sur ce pays, son passé, son présent et son futur (…) d'aucuns ont considéré [ces deux films] comme du divertissement, d'autres y ont décelé la vérité sur le bien et le mal en Amérique. » (1)

« Passé, présent, futur »... C'est exactement ce dont il est question dans le film, Robert Aldrich opposant une Amérique en déliquescence à l'image de son passé glorieux (cette gloire fut-elle totalement fantasmée) et évoquant tout ce qui, en cette fin des années 70, transforme en profondeur la société (défiance de la population vis-à-vis du pouvoir, prolifération des images, manipulation des médias) et annonce par là une nouvelle ère. Les années 60 et 70 étaient une période de transition qui a vu un fossé de plus en plus profond se creuser entre le peuple et ses dirigeants : le gouvernement a envoyé toute une génération se faire tuer au Vietnam sans qu'elle comprenne pourquoi ; la corruption, la manipulation, les complots sont dorénavant étroitement imbriqués à l'idée même du pouvoir dans la tête du citoyen lambda ; la peur d'une escalade atomique fait partie du quotidien...

En 1977, un nouveau président va être élu (le film sort en février aux USA) et les présidentielles suivantes sont prévues en 1981. 77/81 : c'est l'intervalle qui sépare la sortie du film et le déroulement de son intrigue, et c'est pour Aldrich le moment où d'évidence on va basculer de la période de transition des années 60/70 à une société où les droits des citoyens seront constamment bafoués par des dirigeants entièrement soumis aux intérêts militaro-industriels. C'est le président David T. Stevens, magnifiquement interprété par Charles Durning, qui va incarner physiquement et moralement ce changement d'ère. Symbole de la démocratie, socle du pouvoir citoyen, le président a toujours été une figure magnifiée dans le cinéma classique américain. Ici, c'est un contre-pied total, Aldrich l'introduisant dans le film en pyjama en train de se raser. Il insiste encore en le faisant se couper avec son rasoir, le sang coulant sur sa joue rappelant la vulnérabilité de l'homme (on en revient toujours à l'image séminale de la mort de JFK) mais aussi sa dimension humaine. Stevens sera montré comme un bon président, un très bon président même (2), mais il sera surtout montré comme étant d'évidence le dernier de son espèce, une sorte d'aberration, d'anachronisme qui n'a plus sa place dans le nouveau système politique qui voit le jour. Tout ce qui caractérise également Lawrence Dell, son adversaire, son alter ego.


Une grande partie du film se situe dans le bureau ovale du président et consiste en des discussions sur la morale des gouvernements et la transparence vis-à-vis du peuple. C'est d'ailleurs ce qu'il y a de plus passionnant et de plus riche dans le film, Twilight's Last Gleaming se révélant alors être une incroyable réflexion sur la chose politique. Le cœur du film se situe bien là et l'énorme place donnée à ces séquences ne peut que surprendre dans le cadre d'un film d'action, ce que Twilight's Last Gleaming n'est d'ailleurs pas, il faut en convenir. Car si l'autre partie du film se situe sur le terrain, on ne peut pas dire qu'elle comporte les scènes les plus captivantes. Les quelques séquences de suspense fonctionnent sur une rythme incroyablement lent et s'étirent souvent à n'en plus finir. Robert Aldrich pose une situation de base (passer les grilles de Silo 3, traverser un espace en échappant au regard des caméras, déplacer un explosif, etc...) et la met en scène par des plans posés et étirés, des acteurs se mouvant au ralenti (il s'agit toujours d'être discret ou de manipuler des objets avec précaution), le tout dans un silence total (pour les mêmes raisons). Autant dire que notre palpitant n'est pas mis à rude épreuve pendant le film. Mais il convient de rappeler qu'Aldrich a toujours aimé mettre en scène ses séquences d'action de cette manière, et les amateurs du cinéaste ne seront pas surpris par ces partis pris qui tranchent avec le cinéma classique. Cependant, il pousse ici son système tellement loin que toute tension disparaît. Difficile de dire si c'est une volonté délibérée de sa part (refus du spectaculaire et du sensationnel) ou un manque de maîtrise, mais on a malheureusement tendance à pencher pour la seconde hypothèse. En effet, le manque de moyens se fait constamment ressentir - notamment pour toutes les séquences de Silo 3, site nucléaire tenu par cinq figurants et doté d'une salle de contrôle toute droit sortie de Cosmos 99 - et l'on peut imaginer que, même s'il est un maître de la série B, Aldrich n'a pas réussi pour une fois à transcender son budget.

Si les scènes d'action sont apathiques (mais avec quelques excellentes idées en leur sein), elles ont quoi qu'il en soit l'intérêt de faire écho sur un plan physique au thème du basculement d'ère. Aldrich oppose en effet un groupe de commandos old school à un système militaire typique des années 70, comme si les douze salopards débarquaient par un tunnel temporel à l'époque de la crise des missiles de Cuba et du Watergate. Les temps ont changé, et ces soldats n'ont plus leur place dans un système militaire qui n'est que mensonge et duperie. Ceux qui hier auraient été qualifiés de "héros" sont aujourd'hui des prisonniers en fuite, de dangereux terroristes qu'il convient d'abattre. Dell et ses hommes se trouvent vite confrontés à une guerre qu'ils ne connaissent pas, à des outils qu'ils ne maîtrisent pas. Désormais, on ne combat plus face à face mais par écrans vidéo interposés. L'ère de la confrontation virile n'est plus, et l'individu s'est comme dissous dans un système devenu mécanique et impersonnel. On parle en codes, on se nomme par un identifiant, on suit toutes les actions par des caméras de surveillance embarquées... tout devient irréel, lointain, désincarné. Les jeux vidéo n'existent pas encore, mais les généraux mènent déjà la guerre comme s'ils étaient aux commandes d'un FPS. Tout depuis 1945 n'est qu'un jeu comme le dit amèrement le président Stevens, et l'on dépose des missiles à Cuba ou en Turquie comme on bougerait un pion sur un échiquier. Depuis les centres de commande, il n'y a plus d'hommes sous l'uniforme, juste des données à gérer et des options stratégiques à prendre. Tous ces éléments passent admirablement à l'écran, sans usage du discours, simplement en triturant la matière même des images.


Robert Aldrich a souvent évoqué le monde du cinéma, ses rêves brisés, ses illusions fatales (Le Grand couteau, Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?) avant de prendre acte d'un phénomène nouveau, la télévision (Faut-il tuer Sister George ?, le final halluciné du Démon des femmes où la publicité dévore littéralement le cinéma). Il poursuit cette réflexion sur l'image avec Twilight's Last Gleaming dans lequel il évoque une nouvelle mutation de celle-ci : la prolifération et l'accélération des flux. Il met en scène son action en temps réel (la temporalité héritée de la télé et qui était déjà utilisée par Lumet dans Point Limite) et surtout joue sur la multiplication des images et des points de vue. Il filme la plupart des séquences avec deux caméras et plonge dans cette matière en multipliant de surcroît les sources vidéo (écrans de contrôle, canaux de communication internes, caméras de surveillance) et en utilisant la technique du split-screen. Twilight's Last Gleaming annonce sur bien des points Osterman Week-end et fait écho à ce qu'un Brian de Palma explore alors de son côté depuis une dizaine d'années. La réalité et la vérité sont manipulables à merci par ceux qui contrôlent les images, ce qu'Aldrich montre à travers ses cadres fragmentés, éclatés. Dell et son commando reposent leur action sur les caméras de surveillance qui parsèment Silo 3, mais ils ne sont pas de ce temps, n'ont pas les cartes en main et sont trompés par les angles morts, par les béances des images. Ils n'ont accès qu'à une vision partielle et tronquée des choses, comme ce qui est donné à voir au citoyen n'est qu'un montage de la réalité.


Aldrich s'amuse avec la question du spectacle, induisant un parallèle évident entre les militaires qui suivent l'action sur leurs écrans de contrôle et le spectateur qui assiste au film. Le système de multi-caméra permet aux militaires et au président de suivre l'action en direct. L'état-major est au cinéma : il frissonne pendant que les soldats mènent leurs opérations, ils sursautent, réagissent, se crispent ou sont soulagés. Pendant ce temps, Dell et ses hommes ne sont spectateurs de rien : les caméras de surveillance filment des espaces où rien ne se passe, où tout est silencieux, immobile, si bien qu'ils sont prêts de l'endormissement. C'est à cet endroit que l'on se dit que la mollesse des scènes d'action pourrait être être voulue, Aldrich choisissant son camp, celui de Dell qui ne participe pas à la "politique spectacle". Lorsque le cinéaste filme le camp des militaires, il accompagne leur déploiement stratégique d'une musique martiale ironique et glisse des phrases de dialogues qui montrent que les généraux s'amusent comme des petits fous à placer leurs soldats et leurs tanks et se réjouissent à l'idée de pouvoir faire exploser de petits engins nucléaires sur Silo 3. Ceux qui détiennent aujourd'hui le pouvoir sont du côté du spectacle, ils ont la maitrise des images, de ses codes et de ses flux. Dell, malgré ses qualités de stratège et son intelligence, ne peut lutter sur ce terrain, il est définitivement d'un autre temps...

« Aldrich ne faisait pas des films sur la fin de la civilisation occidentale, mais sur la fin de toutes les civilisations. » (Abraham Polonsky)

Franc-tireur, libéral, Robert Aldrich a tout au long de sa carrière parlé de l’Amérique, de sa société et de sa politique. Très tôt, le réalisateur a acquis une grand conscience de ce qu’est la politique avec un grand-père sénateur et un oncle membre du Congrès. Hollywood (Le Grand couteau), le monde du catch (Deux filles au tapis), la Citrus State Prison (Plein la gueule)... autant de métaphores d’une nation soumise à la corruption et la régression des valeurs démocratiques. Dans nombre de ses films, il dépeint un monde étouffant où prédominent la haine et la paranoïa et où les personnages sont en état de choc, soumis aux névroses de leur hiérarchie (hauts gradés de l’armée, riches industriels, directeurs de prison...). Aldrich reflète ainsi le mal-être qui habite le peuple américain depuis le début de la guerre froide, ce malaise qui va en empirant, ce fossé qui ne cesse de se creuser entre le citoyen et la caste dirigeante politique et militaire. L’armée et la guerre tiennent une place centrale dans cette évocation de l’Amérique et dans l’œuvre d'Aldrich. Au-delà d'Attaque ! ou des Douze salopards qui viennent immédiatement à l'esprit, on pense à Bande de flics et ses personnages profondément marqués par le conflit vietnamien, à La Cité des dangers et son héros traumatisé par son expérience en Corée, ou encore Fureur Apache qui sous ses allures de western est une parabole évidente du conflit vietnamien.

Dans Twilight’s Last Gleaming, Robert Aldrich évoque à nouveau la guerre du Vietnam. Le film est même l'un des rares à parler aussi clairement des Pentagon Papers, ces 7 000 pages de rapport classé secret-défense concernant l'intervention américaine au Vietnam, et qui furent communiqués clandestinement (notamment avec la complicité de Howard Zinn et de Noam Chomsky) au New York Times en 1971. Au cours des discussions entre le président et ses conseillers, Stevens découvre effaré que l'intervention des USA au Vietnam n'avait pour but que de montrer au bloc communiste la détermination de l'Amérique. Les massacres perpétrés par l'armée US font ainsi partie d'un "plan com" visant à montrer à l'adversaire que les Etats-Unis sont prêts à tout, même aux pires exactions, pour défendre leur hégémonie. Dell, qui a été le témoin des discussion de l'état-major, veut que le mensonge soit levé, que le citoyen américain sache que 50 000 soldats américains et vingt fois plus de Vietnamiens ont été tués uniquement pour que l'Amérique montre sa détermination à poursuivre sa politique impérialiste.

Le film est également l'occasion pour Aldrich de dénoncer cette politique stratégique basée sur la théorie de "l'équilibre de la terreur" qui gouverne depuis plus de trente ans la politique des deux blocs. Aldrich avait déjà dépeint une Amérique hantée par le spectre de la guerre froide dans En quatrième vitesse, parabole éclatante d'une nation et d'un monde au bord de l'implosion. Le cinéaste montre la mainmise des corporations militaires sur la politique de son pays. Le gouvernement, tour à tour manipulé et manipulateur, ne parle que de contrôle des informations ; et décider de ce que peut savoir le peuple est devenu l'enjeu politique majeur. Les dirigeants sont prêts à rayer le Montana de la carte ou à courir le risque de faire tuer un président pour sauvegarder leurs intérêts et empêcher que les révélations sur l’engagement américain au Vietnam ne voient le jour. Une politique de la transparence est considérée comme irréaliste par les conseillers de Stevens, lui qui croit encore que le peuple a droit à la vérité. Le fossé entre le citoyen et ses représentants est devenu un gouffre et dorénavant les gouvernants n'agissent plus qu'en fonction de leurs intérêts propres, très loin souvent des intérêts du peuple qu'ils sont censés représenter. Twilight’s Last Gleaming fait le constat désabusé d'une Amérique gangrenée par le mensonge et la manipulation, l'Amérique du Watergate et de l'assassinat de Kennedy auquel le film ne manque pas de se référer.


[Attention spoiler] Robert Aldrich n'a cessé tout au long de sa carrière de montrer des hommes en lutte contre le système. S'ils échouent souvent, c'est à l'issue d'un acte salvateur et leur mort est aussi une victoire. Ici le constat est terrible car nul éclat ne vient accompagner la mort de Dell et de son groupe, abattus de loin par des snipers invisibles. Leur action ne résout rien et entraîne même la mort du président des Etats-Unis, un homme intègre, qui prône la transparence face à des conseillers politiques et militaires cyniques. Dell et Stevens ne peuvent que perdre car ils ne comprennent pas le mensonge, et leur mort entérine la fin d'une ère. [Fin du spoiler]

Robert Aldrich, qui a souvent cité Twilight Last Gleaming comme son film préféré, mène à son point d'orgue une réflexion sur l'Amérique et le pouvoir qui trouve sa source dès Kiss me Deadly et que le cinéaste n'a cessé de poursuivre de film en film. Seulement, ici, cette croyance humaniste si présente dans des œuvres comme La Cité des dangers, Bronco Apache ou Le Vol du Phenix, s'est évaporée et Twilight Last Gleaming frappe par son côté glaçant, presque clinique, sa noirceur et son pessimisme.

Le film est un cuisant échec dans les salles américaines, le plus important de la carrière du cinéaste avec Le Démon des femmes. (3) Marqué du fer de l'insuccès, le film est très mal reçu par les distributeurs européens qui le mutilent complètement pour l'exploitation dans l'espoir de le rendre plus commercial. Ils procèdent à des coupes aveugles dans le montage original de 2h26, l'Angleterre distribuant une copie amputée de 24 minutes et la France atteignant des sommets avec une copie d’exploitation d'une durée de 1h31 ! Dans cette version réduite de 53 minutes, tout ce qui a trait aux motivations profondes des protagonistes ou aux intrigues politiques disparaît complètement et le film n'est plus qu'un bout à bout des séquences d'action. Comme elles sont en outre - on l'a vu plus haut - assez amorphes, on peut aisément imaginer le catastrophique résultat final...

On peut mesurer l'incompréhension des distributeurs face à ce film atypique lorsqu'on liste les titres utilisés en France pour sa distribution : hormis le fidèle La Dernière lueur du crépuscule lors d'une tentative de reprise dans les salles deux ans après sa première sortie catastrophique, le film deviendra un ridicule Piège pour un président lors de sa sortie en VHS puis L'Ultimatum lorsque l'éditeur Antarès le ressortira toujours en 4/3 mais au moins dans sa version intégrale. Ces deux derniers titres montrent bien la velléité des distributeurs de transformer l’œuvre crépusculaire d'Aldrich en une série B d'action bien éloignée du projet initial du cinéaste. On en reviendra donc au très beau titre original qui, outre sa fidélité au ton du film, évoque aussi la fin d'une carrière que certainement déjà Big Bob pressent. Twilight Last Gleaming est - avec son ultime chef d'oeuvre Deux filles au tapis - l'une des œuvres les plus sombres et désespérées de Robert Aldrich. Un film d'une grande richesse qui dépeint la disparition d'un monde sans laisser entrevoir l'espoir d'un renouveau.


(1) Extrait de la préface de Burt Lancaster à « What Ever Happened to Robert Aldrich ? His Life and His Films » d'Alain Silver et James Ursini (Limelight Editions, 1995).
(2) On l'imagine démocrate, mais rien ne le précise dans le film. Stevens déclare même à un moment qu'il aurait fallu faire appel à une mule plutôt qu'à lui, ce qui sous-entendrait qu'il soit républicain, la mule étant le symbole du parti démocrate.
(3) La diffusion en VHS ou à la télévision ne permit pas par la suite de rattraper les choses, les nombreuses séances en split-screen étant incompatibles avec le format 4/3 des téléviseurs. Pan et scannées, ces séquences deviennent en effet illisibles et il était alors rare que les films en format panoramique soient diffusés autrement.

Dans les salles

Distributeur : CARLOTTA

Date de sortie : 1er mai 2013

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Par Olivier Bitoun - le 30 avril 2013