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Critique de film

L'histoire

1884, Arizona. Le Capitaine Shipley (James Whitmore) demande au sergent Foggers (Claude Akins) de garder un chargement de lingots d’or destiné à l’armée de l’Union. Mais, au lieu de protéger le coffre, Foggers, avec l’aide de deux bandits confédérés, Quinlen (Roy Jenson) et Hib (Timothy Carey), s’en empare. Quinlen va cacher le butin au fond d’un trou d’eau situé dans le désert, préférant attendre que l’affaire se soit tassée et ait été oubliée avant daller le rechercher et opérer le partage. Seulement, Lewton Cole (James Coburn), un joueur émérite, se retrouve par hasard avoir en main la "carte au trésor" qu’a dessinée Quinlen pour plus tard. Lewton part sans attendre pour se l’approprier, accompagné malgré lui par le shérif de la petite ville d’Integrity (Carroll O’ Connor) qu'il venait rien de moins que d'emprisonner - nu - dans sa propre cellule, après avoir volé son cheval et violé sa fille (Margaret Blye)... qui va se lancer à son tour à la poursuite des deux hommes. Ils seront tous rejoints peu après par les voleurs et l’armée. Il va y avoir du monde pour se disputer les lingots...

Analyse et critique

En 1965, Cat Ballou, le premier film signé par Elliot Silverstein, s’était vu placé dixième meilleur western de tous les temps par le très sérieux American Film Institute ! De quoi disserter pendant des heures sur la différence de réception de l’humour en fonction des pays et des cultures ; car pour beaucoup d’entre nous, il y a de quoi tomber des nues devant ce que nous pourrions voir comme une étonnante indulgence. Vu d’Europe, une telle "surestimation" aurait à la rigueur pu se comprendre si Cat Ballou avait été la première comédie westernienne ; ce qui est loin d’être le cas ! Waterhole #3, sans plus révolutionner le genre que son prédécesseur, est autrement plus réussi dans le domaine de la parodie iconoclaste. Mais cette fois encore, alors que le film a beaucoup fait rire les Américains -- hormis un grand nombre de féministes qui ont poussé des cris d’orfraie après avoir pris au premier degré tout ce qui tournait autour du viol -, il a profondément atterré une grande majorité des aficionados français du western. Pour s’en rendre compte, il suffit d’aller lire le topic consacré au film sur le forum du site Westernmovie ou pas un seul membre ne l’a apprécié ; et c’est peu de le dire !

Produit par Blake Edwards dont on retrouve ici un peu le ton - notamment dans son approche du sexe, son burlesque débridé et certains des personnages -, L’Or des pistoleros est au contraire me concernant un western humoristique joyeusement amoral et jubilatoire dans son approche "politiquement incorrecte", exécuté avec vigueur et rythmé par The Code of the West, une ballade cocasse et entêtante de Dave Grusin interprétée avec un savoureux second degré par Roger Miller - Graeme Allwright dans la VF - qui vient continuellement commenter l'action et dont les paroles se révèlent vraiment très drôles. Le refrain donne en quelque sorte le conseil "de faire aux autres ce que vous ne souhaitez pas que l’on vous fasse avant que les autres ne vous le fasse"  - "Do onto others, before they do it onto you." Le "héros" - interprété avec beaucoup d’ironie par un James Coburn nonchalant et rigolard qui semble s’être amusé comme un fou sur le tournage - est un joueur imprévisible qui ne s’embarrasse pas de morale : "This tale has a hero, his name.. Lewton Cole. They say he was born with an ace in the hole ! They nursed him on bourbon, they teethed him on steel, and his first words were 'shut up and deal !" Un antihéros jovial qui tue, ment, viole et vole comme il respire, mais néanmoins avec son perpétuel sourire communicatif aux lèvres, étonnamment sympathique. A son image, le film dynamite tous les clichés du genre avec notamment un exemple du duel qui anticipe celui du "sabre contre arme à feu" des Aventuriers de l’Arche perdue : Coburn ne se rend pas au milieu de la rue où son rival se trouve déjà (qui l’attend jambes écartées et mains levées le long de son corps), mais court se cacher derrière son cheval où il prend son fusil et abat son adversaire à l’encontre de toutes les règles de "bienséance et de dignité". Il va sans dire que James Coburn s'avère tout à fait à son aise dans ce genre de rôle et que le film repose en grande partie sur son talent et son charme canaille.

Le shérif de la petite bourgade d’Integrity - ça ne s’invente pas - se révèle tout autant immoralement savoureux". Il s’agit d’un homme qui porte mal le nom de sa ville et qui avoue que si on ne l’avait pas élu shérif et que si ce métier n’avait pas été aussi tranquille, il se serait lancé avec plaisir dans un hold-up qu’il avait d’ailleurs planifié juste avant son élection : "If this job weren't so sweet and soft, I might just elect to join the criminal profession." Il se préoccupe bien plus de son cheval, qu'il vient de se faire subtiliser, que de sa fille qui lui raconte s'être fait violer. "Raping and killing weren't really so bad, but stealing Old Blue, now that made Sheriff John mad" chante le narrateur. Il défend même le violeur de sa fille en expliquant qu’un homme prend son plaisir là où il le trouve : "A man picks his fruit from the nearest tree." Son assistant - Bruce Dern - pourrait être l’idiot du village alors que Timothy Carey interprète un bad guy guère moins demeuré, se mettant à bêler pour un oui ou pour un non, et que Joan Blondell campe une délectable tenancière de bordel. L'humour se trouve également dans les situations, le flegme de Coburn, l'amoralité de presque tous les protagonistes ainsi évidemment que dans les dialogues qui pour certains s’avèrent succulents ou (et) hilarants comme l'ont déjà peut-être démontré les exemples ci-dessus. Un autre échange entre le gambler Coburn et le shérif O’Connor - alors que le premier vient d’emprisonner le second dans sa propre cellule afin de pouvoir fuir sans se faire poursuivre - devrait vous faire appréhender sa drôlerie ainsi encore ce qui a pu choquer les ligues de vertus et les bien-pensants qui ne voyaient pas la satire et le second degré notamment dans la dernière réplique.

- Lewton Cole (James Coburn) : I didn't break any law, Sheriff.
- Sheriff John H. Copperud (Carroll O’Connor) : No ? What about stealing my horse, huh ?
- Lewton Cole : I needed that horse to recover the gold.
- Sheriff John H. Copperud : Locking me in my own jail ?
- Lewton Cole : I wanted you behind me.
- Sheriff John H. Copperud : Murder ?
- Lewton Cole : It was self-defense.
- Sheriff John H. Copperud : Raping ?
- Lewton Cole : Assault with a friendly weapon ?

Rajoutez à cela de beaux décors naturels des Alabama Hills superbement photographiés par Robert Burks - le chef-opérateur qui aura entre autre signé la photo des plus grands chefs d’œuvre d’Alfred Hitchcock, de L’Inconnu du Nord Express à Pas de printemps pour Marnie en passant par Sueurs froides ou La Mort aux trousses - qui allait décéder quelques semaines plus tard, de magnifiques plans de couchers de soleil, un score délicieux de Dave Grusin - dont il s'agissait au contraire du premier travail pour le cinéma -, des scénaristes "one-shot" ayant écrit un nombre assez important de péripéties et de rebondissements en chaîne, ainsi qu’une plus que charmante Margaret Blye dont le personnage réjouissant de naïveté vient de découvrir l’amour d’une "drôle’"de manière, n’ayant désormais de cesse que de retrouver son premier amant/violeur pour s’en faire épouser... et avouez qu’à la lecture de cette description, il ne semble pas trop difficile de passer un agréable moment en compagnie de ce western comique parfois désopilant. De plus, la mise en scène classique du prolifique réalisateur de télévision William Graham reste rigoureuse et assez efficace, notamment lors des innombrables gunfights et courses-poursuites qui pourraient être sorties tout droit d’un cartoon de Chuck Jones.

Excepté le dernier quart d'heure, l’ensemble de cette amusante pantalonnade remplie d’escrocs peu reluisants fut à ma grande surprise plutôt sobre et même visuellement très soigné. Dans le même style "pieds nickelés", voici un western comique, sympathique et décalé bien plus drôle à mon avis que les précédents et consternants Cat Ballou d'Elliot Silverstein ou Texas, nous voilà de Michael Gordon. Loufoque, décontracté, un peu provocateur, certes mineur mais cependant au final très distrayant... Ou atterrant, c'est selon !

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