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Critique de film
Le film

L'Ombre d'un doute

(Shadow of a Doubt)

Partenariat

L'histoire

L’oncle Charlie vient rendre visite à sa famille en Californie, ce qui met en joie sa nièce, prénommée elle aussi Charlie, avec qui il a toujours entretenu une relation très proche. Mais l’oncle Charlie a quelque chose à cacher, et un malaise s’installe au sein de la famille Newton. Sa nièce ne tardera pas à découvrir son terrible secret.

Analyse et critique

L’Ombre d’un doute est le vingt-neuvième film d’Alfred Hitchcock et son sixième film aux Etats-Unis, mais il s'agit très certainement de son premier film à suspense 100 % américain (Mr and Mrs. Smith étant une comédie), contrairement à ses précédents longs métrages très fortement empreints de ses origines anglaises. Même si ses deux films d'espionnage, Correspondant 17 et Cinquième colonne, se déroulent eux aussi aux USA, L’Ombre d’un doute s'avère vraiment un film à mettre à part tant il constitue presque une étude sociologique du mode de vie américain ; le scénario a été écrit par un Américain, les acteurs du film sont américains mais surtout l’histoire, l’ambiance, le climax du film sont entièrement américains.

L’histoire se déroule à Santa Rosa, une petite ville de Californie typiquement américaine. Le spectateur suit la vie de la famille Newton, une famille comme on en voit partout aux Etats-Unis. Le père est employé de banque, la mère reste à la maison pour s’occuper de son foyer, ce gentil couple a trois merveilleux enfants dont la jeune Charlie, bientôt adulte. Mais le mal va faire son apparition dans cet univers apparemment heureux en la personne de l’oncle Charlie, incarné par le troublant Joseph Cotten, qui n’est autre qu’un homme recherché pour l’assassinat de plusieurs veuves. Dès la première scène du film, on note un net contraste entre le quartier proche de New York ou réside l’oncle Charlie et la ville de Santa Rosa : la grisaille, les terrains vagues s’opposent au soleil de Californie. Cette noirceur va migrer vers l’Ouest du pays quand l’oncle Charlie débarque ; le train qui l’amène dégage une fumée noire et l’ombre du train se dresse sur toute l’image.

En effet, à partir de ce moment, un malaise va s’installer au sein de la famille Newton. Charlie (Teresa Wright) est en admiration totale devant son oncle Charlie, mais lui semble plutôt distant malgré l’amour qu’il porte à sa nièce. Cet homme a quelque chose à cacher, comme le montre la scène ou il feint d’amuser sa petite nièce en fabriquant une maison en papier avec un journal ; en réalité, il dissimule des pages du journal qui mentionnent son nom... Une fois de plus, la mise en scène d'Alfred Hitchcock est au diapason, même si elle semble apparemment plus simple que dans bien d’autres de ses films. On notera particulièrement certains plans littéralement terrifiants de Joseph Cotten qui par un regard, un mouvement, devient soudainement menaçant.

Comme dans beaucoup d’autres films du futur réalisateur de Vertigo, l’humour est présent, même s’il est diffusé sporadiquement. On note une certaine ironie quand la jeune Charlie fredonne un air dont elle ne se rappelle plus le titre ; l’oncle Charlie lui suggère Le beau Danube bleu, mais quand soudain elle se rappelle que l’air n’est autre que celui de La Veuve joyeuse, l’oncle Charlie fait mine de renverser son verre. Ici l’humour se fait violent. On relèvera aussi l’insistance de la mère à montrer au faux sondeur sa façon de casser des œufs pour qu’il puisse enfin la prendre en photo, ou bien encore le personnage loufoque incarné par Hume Cronyn.

Le MacGuffin, comme le définissait Hitchcock lui même, n’est qu’un prétexte scénaristique qui tend à faire progresser l’histoire. Mais ce qui selon lui est intéressant dans un film n’est pas l’issue finale, mais les comportements des personnages, l’intérêt que le spectateur portera sur les héros du film. En l’occurrence, le MacGuffin de L’Ombre d’un doute tend à savoir si l’oncle Charlie est oui ou non recherché par la police, et s’il sera arrêté ou pas. Mais ce qui nous captive le plus sont les notions de bien et de mal, constamment mêlées, au travers des deux Charlie. La similarité de leurs comportements est parfois flagrante : dans leurs premières scènes respectives, on peut les voir tous les deux allongés sur leur lit en train de réfléchir. A quoi ? On peut se le demander. Les relations qu’ils entretiennent sont pour le moins ambiguës, l’oncle Charlie va même jusqu’à offrir une bague à sa nièce, bague qu’il lui mettra au doigt comme un mari le ferait à sa femme.

Au fur et à mesure que progresse le film, on voit les relations de l’oncle et de sa nièce se bouleverser, l’attirance fait peu à peu place à la répulsion. Charlie qui aimait tant être avec son oncle n’ose presque plus lui parler et se méfie constamment de ses faits et gestes, qui auparavant lui paraissaient drôles ou à la limite inopportuns ; désormais, son oncle lui paraît constamment suspect, même si pendant un temps elle espère ne se faire que des idées. La police l’a d’ailleurs informée qu’un autre suspect courait dans l’Etat du Maine. Cependant le doute est là.

Au cours du film, un autre personnage très important va faire son apparition en la personne du détective (Macdonald Carey) chargé de l’enquête au sujet de l’oncle Charlie. Cet homme va à son tour nouer une relation privilégiée avec la jeune Charlie, au début pour les besoins de l’enquête, puis il entamera une esquisse de relation amoureuse. C’est à partir de ce moment-là que le film bascule. La jeune Charlie semble peu à peu se détacher de son oncle, et donc de la cellule familiale, pour basculer dans la vie adulte en tombant amoureuse de ce policier. C’est à ce moment-là seulement qu’elle s’éloignera de son oncle et qu’elle verra la réalité en face. C’est en cela que le film est aussi un film sur l’adolescence et le passage toujours délicat vers la vie d’adulte.

Dans les entretiens que Hitchcock accorda à François Truffaut à propos de la fin de L’Ombre d’un doute, il cita une phrase d’Oscar Wilde - "On ne tue que ce que l’on aime" -, cette phrase souligne toute l’ambiguïté de la relation qui lie les deux Charlie.

L’Ombre d’un doute est avec Psychose l’un des seuls films d''Alfred Hitchcock dans lequel le héros est un bad guy et où contrairement à la plupart de ses oeuvres l’identification avec le héros est impossible, même si le personnage de l’oncle Charlie fascine en de nombreux points. D’ailleurs pour ce film, on ne pourra pas véritablement parler de happy-end : au final tout est rentré dans l’ordre mais cela ne s’est pas fait sans heurts, surtout pour la jeune Charlie. Celle-ci trouvera l’amour et perdra pour toujours ce lien qu’elle avait entretenu avec son oncle, même si comme semble le suggérer le dialogue final elle restera éternellement amoureuse de lui.

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : SWASHBUCKLER FILMS

DATE DE SORTIE : 9 août 2017

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Par Joshua Baskin - le 12 mars 2003