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Critique de film
Le film

L'Homme du Nevada

(The Nevadan)

Partenariat

L'histoire

Nevada. Alors qu’on le conduit en prison, Tom Tanner (Forrest Tucker) s’échappe lors d’une halte après avoir assommé son geôlier. Il est poursuivi par les autorités locales mais un autre cavalier le suit pas à pas, un homme vêtu en "pied-tendre", Andy Barclay (Randolph Scott), qui lui confie être comme lui, un fuyard. Tom en fait son complice alors qu’il va récupérer une carte dans le coffre-fort d’une banque. Deux bandits (Jeff Corey et Frank Faylen), frères par la même occasion, ayant surpris ce "cambriolage" hors norme, les précèdent puis les attendent dans un coin isolé quelques kilomètres plus loin pour leur ordonner de leur abandonner "le butin". Andy sauve la vie de Tom à cette occasion et laisse partir les deux crapules après les avoir désarmés. Andy apprend qu’à l’aide de ce plan Tom souhaite retrouver l’or volé lors d’un précédent hold-up ; un magot dont tout le monde ignore la cachette mais que tous recherchent activement, hommes de loi comme outlaws. La nuit suivante, Tom fausse compagnie à Andy mais celui-ci le retrouve peu de temps après dans la ville de Twin Forks dirigée en sous-main par Edward Galt (Goerge Macready), un homme avide et cupide qui n’hésite pas à faire tuer ses plus proches amis pour arriver à ses fins, ce que sa fille Karen (Dortohy Malone) ignore totalement. Lors de cette "course au trésor", sans que Karen ne se doute de quoi que ce soit, c’est néanmoins par elle que tous les ennuis vont arriver ; d’autant plus, qu'au grand dam de son paternel, elle est tombée sous le charme d’Andy qui lui révèle bientôt sa véritable identité...

Analyse et critique

The Nevadan est le premier western à sortir sur les écrans américains en cette année 1950, entamant cette prolifique et prestigieuse décennie, celle qu’apprécient par-dessus tout les amoureux du western américain, probablement l’âge d’or du genre même si, heureusement, nous trouverons encore de quoi nous contenter par la suite. Ce n’est pas avec ce deuxième essai de Gordon Douglas dans le western que nous pourrons nous rendre compte de l’immense talent de ce cinéaste qui n‘occupe malheureusement pas la place qu’il mériterait au sein des différentes anthologies du genre, voire même du cinéma. Il commença par diriger quelques épisodes de la série Our Gang avant de réaliser son premier long métrage à l’âge de 35 ans, Laurel et Hardy étant quasiment ses premiers interprètes. Sa filmographie sera conséquente et très éclectique, le cinéaste travaillant dans presque tous les genres mais se révélant surtout très doué pour le film policier et le western. Avant The Nevadan, peu de ses films nous disent aujourd’hui quelque chose ; et pourtant Face au châtiment (The Doolins of Oklahoma) avec déjà Randolph Scott était une superbe réussite. Ensuite en revanche, outre moult intéressants westerns, il mit en scène l’un des films les plus poignants du cinéma américain, malheureusement totalement inconnu en France mais presque considéré à l’égal de La Vie est belle (It’s a Wonderful Life) de Frank Capra outre-Atlantique, le sublime Young at Heart avec Doris Day et Frank Sinatra. Ce dernier tiendra le rôle principal d’un grand nombre d’autres films du réalisateur, notamment dans les années 60 avec ce trio de films policiers constitué par Tony Rome, The Detective et Lady in Cement - deux polars décontractés et follement amusants qui entourent un film beaucoup plus sombre. Mais son plus grand titre de gloire pourrait néanmoins être Des Monstres attaquent la ville (Them !), l'un des films de science-fiction les plus mémorables des années 50.

Ce western est typique de ceux produits par Harry Joe Brown et Randolph Scott. Dans ce troisième film de leur collaboration, on retrouve une multitude d’éléments communs qui seront développés à nouveau à de multiples reprises pour finir par nous donner les chefs-d’œuvre absolus issus de l’association Randolph Scott / Budd Boetticher. Comme pour les titres précédents, on retrouve dans The Nevadan (un western jamais sorti en salles dans notre contrée) un tournage en décors naturels, de nombreux extérieurs dont le paysage montagneux de Lone Pine filmé jusqu’à plus soif par les cinéastes tournant pour Harry Joe Brown, d’innombrables chevauchées n’utilisant jamais de transparences, beaucoup de mouvement, une violence un peu plus crue (ça castagne sec pour faire parler), plus graphique et plus réaliste avec l’apparition des impacts de balles, des "bad guys" ayant la gueule de l’emploi et de belles jeunes femmes dotées toutes d'un caractère plus trempé que la moyenne.

Il faut aussi que l’histoire aille vite pour que le film soit bouclé en moins de 80 minutes, d’où l’intrigue qui débute alors que le générique défile, procédé que l’on trouvait déjà dans La Vallée maudite (Gunfighters). Gordon Douglas et ses scénaristes ne nous lâchent ensuite plus une minute, faisant se succéder chevauchées, pugilats, trahisons, coups de théâtre jusqu’à une dernière demi-heure qui se déroule toute entière en extérieurs dans les décors arides ci-dessus mentionnés. Nous assistons alors à une poursuite bien emmenée par un thème entêtant et tournoyant d’Arthur Morton, à un stimulant duel à cinq superbement monté et cadré au milieu de ces rochers si caractéristiques de Lone Pine, avant un combat homérique à mains nues se déroulant à l’intérieur d’une mine en train de s’écrouler. Les amateurs de films mouvementés devraient y trouver leur compte d’autant que la mise en scène de Gordon Douglas s’avère sacrément efficace, le réalisateur sachant aussi bien filmer les chevauchées que les fusillades ou les séquences de "torture", voire même quelques minutes de rodéo. Sans aucun génie pour l’instant, mais avec suffisamment de métier et raisonnablement énergique pour nous tenir en haleine malgré un ensemble assez convenu qui narre une banale histoire de convoitise et de recherche d’un magot par presque tous les protagonistes.

Western certes assez ordinaire mais au sein duquel on remarque quelques personnages de second plan qui ne manquent pas de piquant, tel cet honnête shérif dont la passion est de "sculpter" des dentiers (« On se porte mieux en étant pauvre ; c’est ce qui m’a gardé honnête ») ou bien cette tenancière d’hôtel noire revendant les vêtements laissés par des clients mauvais payeurs. On peut en dire autant des deux inquiétants frangins qui ne cessent se quereller à propos des femmes. Quant aux relations existant entre Forrest Tucker (déjà de la partie dans les deux productions précédentes du duo Scott / Brown) et Randolph Scott, elles se révèlent assez intéressantes, bien plus que celles liant ce dernier à Dorothy Malone dont le personnage est malheureusement un peu sacrifié sur l’ensemble du film. Et si Randolph Scott s’avère égal à lui-même, sans cependant ici trop en faire hormis de changer à foison de tenues vestimentaires (il porte le blouson de cuir comme personne), George Macready, avec sa voix et sa diction si particulière, emporte le morceau et prouve une nouvelle fois qu'il est très à son aise dans les rôles de parfait salaud. « Tu devrais boire plus souvent, ça te rendrait humain » lui dira son confident cinq minutes avant de se faire trahir et descendre justement à cause cet "associé" qui l’avait envoyé dans un traquenard mortel.

Riche en rebondissements à défaut d’être révolutionnaire, plaisant et agréable, tourné avec professionnalisme, L'Homme du Nevada est une honnête et solide série B qui ne mange pas de pain, qui avance très vite en ne s’embarrassant pas du superflu et qui permet tout simplement de passer un moment délassant en compagnie de personnages rapidement mais efficacement caractérisés. Voilà un divertissement dont il serait vain d’attendre grand-chose mais qui devrait sans doute plaire à une majorité d’aficionados du genre et (ou) de Randolph Scott. Et, si nos virils producteurs-duettistes aiment visiblement les jolies femmes, ils ne semblent pas très expansifs au niveau du romantisme ; ici point de roucoulades, peu d’embrassades jusqu’au happy-end qui nous prive même du baiser final qui n’aura pas lieu au moins tant que Randolph Scott ne reviendra pas retrouver une Dorothy Malone qui s’en réjouit par avance, sous le regard amusé du Marshall qui aurait aimé être dentiste. Un western assez cocasse, tout comme le Cinecolor avec ses teintes assez spéciales mais auxquelles on finit par adhérer une fois la surprise passée. Sympathique !

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Par Erick Maurel - le 30 juin 2012