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Critique de film
Le film

L’Héroïque Lieutenant

(Column South)

Partenariat

L'histoire

Janvier 1861 dans un fort du Nouveau Mexique. Le lieutenant Jed Sayre (Audie Murphy) qui commandait la garnison doit laisser sa place au Capitaine Lee Whitlock (Robert Sterling) qui arrive tout juste du Mississippi accompagné de sa soeur Marcy (Joan Evans). La première chose que demande le nouveau commandant à Jed est que ce dernier cesse ses relations amicales avec la tribu Navajo, et notamment avec son chef Menguito (Dennis Weaver) alors que la paix règne pourtant entre Blancs et Indiens. Peu de temps après, un prospecteur est retrouvé scalpé dans les environs. Malgré le fait que Jed lui apprenne que les Navajos ne pratiquent pas ce genre de sauvagerie, Whitlock ne veut rien entendre et ordonne à Menguito de lui livrer les meurtriers le plus vite possible. De son côté, Jed découvre le véritable assassin : un autre chercheur d'or ayant dérobé à sa victime son butin. Mais le mal est fait et même si une bataille est arrêtée à temps, les Navajos se sont sentis insultés d'être accusés à tort et d'avoir été traités avec autant de condescendance ; la paix est dangereusement remise en cause. Sur ce fait, la scission entre Nord et Sud se profile ; certains militaires et politiciens sudistes vont utiliser les Indiens, attiser leur haine envers l'homme blanc, pour détourner l'attention des soldats qui ainsi ne pourront pas se battre sur plusieurs fronts. Le Général Stone (Ray Collins) de la cavalerie américaine, traître à l'Union, tente de persuader Whitlock, sympathisant du Sud, d'emmener toute sa garnison rejoindre les troupes des Confédérés ; pour ce faire, ce dernier fait croire à ses soldats qu'il les emmène combattre les Navajos qui auraient pris le sentier de la guerre après avoir dérobé des fusils à l'armée...

Analyse et critique

Très prolifique en ce premier semestre de l'année 1953, la Universal propose cette fois un western militaire pro-Indien réalisé par un cinéaste maison que nous ne reverrons plus par la suite au sein de ce genre, Frederick de Cordova. Après avoir été metteur en scène de théâtre, il tourne en 1945 le premier film d'une filmographie qui en comptera vingt-trois, la plupart pour la compagnie Universal dans laquelle il était connu pour tourner vite et pour très bien s'accommoder de minuscules budgets. Pour preuve, il fit par exemple au début des années 50 deux petits films de pirates qui s'avérèrent bien plus plaisants que certains grands classiques du genre, La Fille des boucaniers (Bucaneer's Girl) avec la belle Yvonne De Carlo ainsi que Les Boucaniers de la Jamaïque (Yankee Buccaneers) avec Jeff Chandler. Mais son titre le plus connu (pour de mauvaises raisons ?) est certainement Bedtime for Bonzo avec en vedettes Ronald Reagan et ... un chimpanzé ! Il eut aussi devant sa caméra non moins que Rock Hudson, Errol Flynn, Tony Curtis, Bob Hope et Humphrey Bogart. Après Column South, le deuxième et dernier western de sa carrière, il ne tournera plus que deux films (dont un avec Elvis Presley), se consacrant ensuite presque exclusivement à la télévision.

Le principal intérêt de ce western militaire (qui ne se démarque par ailleurs pas vraiment de tout ceux que l'on a pu voir jusqu'à présent) réside dans son scénario et son contexte historique. C'est quasiment le premier western qui fait s'imbriquer guerres indiennes et guerre de Sécession ; il nous est donné de voir comment les premières ont dans certaines régions pu découler de la seconde. En effet, les politiciens acquis à la cause du Sud ont parfois fomenté les conflits contre les Indiens pour qu'un maximum de Tuniques Bleues n'aient pas l'occasion ni le temps de prendre part à la guerre civile aux côtés de l'Union, et ainsi laisser les Confédérés conquérir les places libres. Où l'on s'aperçoit une fois de plus que les tribus indiennes ont donc parfois été utilisées comme de simples marionnettes entre les mains du gouvernement qui leur faisait porter le chapeau d’exactions diverses afin que les soldats aillent les combattre. Ce n'est pas nouveau mais cela ne fait pas de mal de le répéter, et c'est tout à l'honneur de ces petits films de série que de ne pas être que de simples divertissements sans conséquences mais de mettre aussi parfois le doigt là où ça fait mal pour toucher dans leurs consciences, mine de rien, les spectateurs du samedi soir. De nombreuses conversations sur ces complots politiciens et conspirations militaires parsèment ce western qui prend une nouvelle fois fait et cause pour les Indiens contre les officiers bornés et va-t-en-guerre. On y trouve aussi une intéressante description des tensions naissantes et des rivalités qui commencent à gangréner l'armée à cause de la guerre civile annoncée, les actuels camarades de chambrée profitant de la première occasion pour se battre afin de défendre leurs convictions et leurs camps respectifs : Battle Hymn of the Republic contre Dixie !

Audie Murphy interprète un officier, ami des Navajos, qui essaye d'apaiser les conflits sur le point d'éclater de toutes parts ; il a assisté étant jeune au massacre de cette même tribu par son psychopathe de père, qui l'emmenait avec lui lors de ses séances de tueries pour lui forger son caractère. Ce traumatisme raconté par le soldat à la jeune sœur de son impitoyable commandant rappelle une scène similaire dans Tomahawk de George Sherman au cours de laquelle Van Heflin narrait à Yvonne de Carlo un massacre indien auquel il avait assisté et au cours duquel sa famille avait été anéantie. Ces louables intentions sont les mêmes sauf que la puissance d'évocation de chacune des deux scènes est loin d'être identique, à l'image des deux films. Si Tomahawk est un très beau film méconnu, au moins aussi réussi que le plus célèbre Broken Arrow (La Flèche brisée) de Delmer Daves, L'Héroïque lieutenant n'est qu'un petit western de routine un peu trop bavard et guère captivant dans l'ensemble.

Mais il n'y a rien de honteux non plus : Column South ne s'avère aucunement ennuyeux et il n'est pas désagréable à regarder jusqu'au bout. Car comme nous le faisions remarquer plus haut, c'est le scénario qui est l'élément le plus réussi du film réalisé par Frederick De Cordova, la mise en scène de ce dernier se révélant sans grand intérêt ni vigueur ; ce sont d'ailleurs les scènes d'action qui empêchent le film de décoller, parce que trop plates et moyennement rythmées. Ce qui est fort dommage, car la vision d'une séquence d'assaut d'un fort par les soldats eux-mêmes - les Indiens étant repliés à l'intérieur après s'être emparés du bâtiment - n'était alors pas très courante ! Le casting n'est pas non plus très heureux : à l'exception d'Audie Murphy que l'on a connu pourtant plus inspiré, peu d'autres comédiens sortent du lot (ou alors n'ont pas vraiment le temps ni l'occasion de pleinement s'exprimer) et surtout pas la très mauvaise actrice qu'est Joan Evans. Rien à voir avec son personnage au départ antipathique car même lorsqu'elle prend conscience de ses erreurs, elle ne s'avère guère plus convaincante. Quant à Dennis Weaver (que l'on voyait de plus en plus souvent), ici en chef indien, il peut paraitre crédible même si son personnage n'est pas plus développé que la plupart des autres.

L'Héroïque lieutenant est encore un western routinier mettant en scène des tribus indiennes injustement poussées à entrer en guerre pour satisfaire les ambitions et la gloriole de certains ; mais l'angle d'attaque du sujet, les conspirations des Confédérés, s'avère plutôt original. Les lieux de tournage sont aussi plutôt inédits puisque Apple Valley en Californie n'avait encore quasiment jamais eu les honneurs d'être filmée au sein d'un western. Autrement, l'ensemble du film reste bien moyen quoique jamais vraiment désagréable.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 16 novembre 2012