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Critique de film
Le film

L'Esprit s'amuse

(Blithe Spirit)

Partenariat

L'histoire

Le romancier Charles Condomine projette l'écriture d'un livre sur le spiritisme. Afin de parfaire ses connaissances en la matière, il organise un dîner dans sa demeure du Kent. Il y convie un couple de voisins, ainsi qu'une voyante. Après le repas, celle-ci lance des invocations et voilà que surgit de l'au-delà la première épouse de Charles, Elvira, visible uniquement par lui. Ce fantôme saisit l'occasion pour tenter de porter un coup fatal au mariage de Charles et de Ruth, qu'il avait épousée en secondes noces, après son veuvage...

Analyse et critique

La mémoire cinéphile aura surtout retenu de David Lean une infime partie de carrière, celle consacrée aux grandes fresques historiques (Lawrence d'Arabie, Le Docteur Jivago...), entretenant ce faisant une réputation un peu injuste "d’imagier" au service d’un cinéma "académique". Est ainsi souvent occulté tout un début de carrière britannique, d’abord comme monteur puis comme réalisateur, dont la trajectoire est indissociable de celle du dramaturge Noel Coward : tous les premiers longs métrages de Lean, de Ceux qui servent en mer (1942) à Brève rencontre (1945) furent ainsi adaptés, coécrits voire co-réalisés avec Coward, et traduisent admirablement à la fois l’esprit et l’élégance de leur association. Troisième film de Lean, L’Esprit s’amuse est ainsi l’adaptation cinématographique d’une pièce de Coward, créée en 1941 à Londres et qui fut ensuite présentée plus de 600 fois sur la scène du Morosco Theater de Broadway, plusieurs comédiens reprenant d’ailleurs leur rôle à l’écran. L’intrigue du film est fort simple (un écrivain organise une séquence de spiritisme à la suite de laquelle son ex-femme, disparue, lui réapparaît sous la forme d’un embarrassant spectre) mais la vivacité et l’inventivité de l’écriture transcendent la banalité du postulat fantastique pour l’emmener vers une forme assez subversive de comédie de mœurs : après tout, peu importe qu’Elvira soit morte ou pas, ce qui pose problème, c’est sa cohabitation avec Ruth, la nouvelle épouse de Charles.

L’Esprit s’amuse offre donc une forme de triolisme assez complexe : un garçon, une fille, une morte, combien de possibilités ?! Surtout, L’Esprit s’amuse paraît parfaitement emblématique du ton propre à la comédie anglaise du début des années 40, comme on la croisait par exemple dans les meilleures productions des studios Ealing : la sophistication de la forme dissimule ainsi une polysémie pleine d’impertinence, qui profite pleinement du postulat fantastique. En effet, dans un premier temps, Charles est le seul à voir Elvira, mais également à entendre sa voix ; ainsi, lorsque Ruth pose une question à Charles, Elvira se hâte d’en poser une autre (que Ruth n’entend pas) – Charles répondant à la seconde offre ainsi à la première une réponse imprévue, tour à tour source de quiproquos, de loufoquerie ou de sous-entendus sexuels ! Plusieurs répliques, ainsi jugées trop insolentes, furent d’ailleurs supprimées par les censeurs de l’époque ; les spectateurs d’aujourd’hui se régaleront à traquer les doubles-sens les plus subtils ayant échappé à leurs coupes, tout en appréciant une réjouissante interprétation d’ensemble, notamment de la truculente Margaret Rutherford. Formellement, L’Esprit s’amuse s’avère également un ravissement grâce à une utilisation inspirée du Technicolor - qui peut rappeler par instant l’usage d’un Michael Powell - en particulier lors de la saisissante première irruption du spectre phosphorescent d’Elvira. Assez curieusement, Noel Coward se sentit trahi par cette adaptation cinématographique, qu’il ne trouvait pas à la hauteur de ce qu’il estimait être son meilleur travail. Difficile pourtant de ne pas céder au charme "so british" de cette petit comédie, tonique et pétillante

Dans les salles



Film réédité en salle par Carlotta

Date de sortie : 6 juillet 2011

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Par Antoine Royer - le 1 septembre 2011