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Critique de film
Le film

L'Enfant du désert

(Cattle Drive)

Partenariat

L'histoire

Chester Graham (Dean Stockwell) est le fils unique du directeur d’une compagnie de chemin de fer (Leon Ames) qui voyage avec lui dans son wagon privé à travers tout l’Ouest. Livré à lui-même, le jeune garçon est devenu arrogant et fait tout pour se faire remarquer. Les voyageurs et le personnel commencent néanmoins à se plaindre des frasques du jeune homme. Son père promet d’être plus ferme à l’avenir, pensant même à le mettre en pension. Lors d’une halte du train pour son ravitaillement en eau, Chester descend se dégourdir les jambes mais rate le départ et se retrouve seul dans le désert. S’apercevant de la disparition de son fils, le magnat s’arrange pour lancer des hommes à sa recherche tout en se réjouissant de l’expérience qui devrait servir de leçon au garçon désobéissant. Entre temps, Chester fait la rencontre de Dan Mathews (Joel McCrea), un cow-boy lancé à la poursuite d'un magnifique étalon noir. Ayant échoué dans sa tentative d'appréhender la bête à cause de l'arrivée impromptue de Chester, Dan conduit alors le jeune garçon jusqu’à son camp, celui d’un groupe de convoyeurs de bétails qui se rend avec son troupeau jusqu’à Santa Fe. Chester devra participer aux tâches quotidiennes et s’intégrer à l’équipe ; d’abord réticent, après quelques tentatives de fuite et quelques bêtises intentionnées ou non, Chester trouve enfin du plaisir à accomplir ce périple sous l’aile de Dan avec qui il se lie d’amitié et qu’il va aider à attraper Midnight, le fameux étalon…

Analyse et critique

Réalisateur d’origine allemande, Kurt Neumann est venu à Hollywood diriger les versions allemande et espagnole de films américains avant de tourner ses propres œuvres. Tom Mix ayant été l’un des premiers comédiens qu’il eut à diriger, quant il mit en scène Le Kid du Texas (The Kid from Texas) en 1950, le western lui était déjà familier d'autant qu'il avait réalisé aussi quelques mois plus tôt Bad Men of Tombstone avec Barry Sullivan. Petit film de série sans grand intérêt, Le Kid du Texas marquait néanmoins une date pour avoir été le premier western avec Audie Murphy en tête d’affiche. Cependant le cinéaste restera avant tout réputé pour avoir réalisé quatre films RKO de la série des Tarzan avec Johnny Weissmuller et surtout le classique du cinéma fantastique datant de 1958 qu’est La Mouche Noire (The Fly), son plus grand titre de gloire. En 1951, il met en scène ce Cattle Drive, western qui semble avoir été le préféré de son comédien principal, Joel McCrea, l'un de ces acteurs hollywoodiens qui, avec Audie Murphy et Randolph Scott, auront forgé leur réputation surtout grâce au genre qui nous concerne ici. Réprouvant la violence, l’acteur a tourné dans quelques westerns en étant totalement dépourvu ; celui-ci, tout comme déjà auparavant le très sympathique Four Faces West d’Alfred E. Green, en fait partie. Dans le film de Kurt Neumann nous n’assisterons même pas à un quelconque pugilat malgré le fait que certains personnages auraient eu tendance à faire en sorte de vouloir mettre le feu aux poudres. La sagesse du protagoniste joué par Joel McCrea est telle que les conflits se résoudront sans avoir eu besoin d'en venir aux mains. Les westerns aussi pacifiques sont assez rares pour mériter d’être signalés.

Cattle Drive est donc un western familial assez original par le fait de ne jamais céder à la tentation de nous montrer une quelconque bagarre (le personnage d’insurgé interprété par Henry Brandon finissant même par estimer qu’il avait tort de chercher la provocation avant même qu’un seul coup de poing ait été échangé) ni à celle d’en passer par une quelconque romance (on ne verra même pas la fiancée de Dan alors qu’il se rend pour la rejoindre lors de la scène finale, sa seule apparition étant sur une photo, cette dernière étant pour l’anecdote celle de la véritable épouse à la ville de Joel McCrea, la comédienne Frances Dee). L’histoire du film est celle de la prise en charge d’un jeune enfant de riche, arrogant, snob et égoïste, par des cow-boys avec qui il se trouve obligé de passer une quinzaine de jours, devant les aider à convoyer leur troupeau de bêtes à cornes jusqu’à Santa Fe. Une leçon de vie pleine de bons sentiments mais, grâce à un bon dosage de tous les éléments, jamais pénible ni trop moralisatrice. Le jeune Chester fut un peu délaissé par un père qui s’occupait bien plus de ses affaires que de son éducation ; enfant unique par-dessus le marché, son caractère était devenu absolument imbuvable, capable par exemple de vouloir faire licencier par son père des personnes qui lui avaient, à son avis, manqué de respect. Ne voulant pas s’abaisser à un quelconque effort, dédaigneux et insupportable, il va devoir être confronté à des hommes endurcis qui vont lui remettre les idées en place, qui vont lui apprendre les vertus de l’honnêteté, du travail, du partage et de l’humilité, à ne pas tricher ni mentir, à savoir pardonner, accepter ses erreurs et s’excuser ; on a connu pire comme valeurs à défendre ! Plus sérieusement, ça ne fait pas de mal de temps à autre de tomber sur un film un peu naïf, dépourvu de cynisme et d’une bonne tenue morale.

Sinon, comme pour 90% des productions westerniennes du studio Universal entre 1948 et 1953 (et d’autant plus lorsque le producteur est Aaron Rosenberg, le maître d’œuvre de la fabuleuse série des Anthony Mann/James Stewart), cette série B s'avère carrée, bénéficiant d’un grand professionnalisme de la part de tous les intervenants. Au niveau de l’écriture d’abord, les situations se révèlent assez crédibles et les personnages tous très justes avec notamment le jeune garçon interprété par un Dean Stockwell qui prouvait à nouveau qu’il était l’un des plus talentueux enfants-acteurs hollywoodiens, ayant auparavant déjà fait montre de ses aptitudes dans The Happy Years de William Wellman ou, plus célèbre, Le Garçon aux cheveux verts, premier film de Joseph Losey . Son duo avec Joel McCrea avait commencé à se roder au sein du splendide Stars in My Crown de Jacques Tourneur l’année précédente ; l’alchimie fonctionne à nouveau d’autant que McCrea se révèle parfait dans le rôle de ce père de substitution, cow-boy exemplaire, autoritaire lorsqu’il le faut mais sans jamais avoir à s’énerver, forçant le respect sans le rechercher et sans avoir besoin de trop en faire. Non seulement très convaincant en tant qu’acteur, il s’avère ici également digne des cow-boys chantant en interprétant avec talent la belle rengaine "Ten Thousand Cattle Gone". Au côté de ce duo, une ribambelle d’habitués du genre, tous méritants : Chill Wills et sa touche d’humour dans la peau du cuistot, Henry Brandon, l’élément perturbateur, Leon Ames, le père du jeune garçon ou encore un touchant Howard Petrie dans le rôle du chef de convoi respectueux et tolérant. Petit budget oblige, les producteurs ont décidé d’utiliser pas mal de stock shots pour les vues des grands troupeaux de bétails et pour beaucoup de scènes mouvementées dont celle du stampede ou de la poursuite du mustang noir, issus notamment de Red Canyon de George Sherman ou de Sierra de Alfred E. Green. La plupart sont plutôt bien intégrés sauf exception comme ce plan d'un train arrivant au loin alors qu'il est censé partir du point de vue du jeune homme ayant loupé son départ. Dans le domaine du recyclage, on notera aussi la réutilisation judicieuse de certains thèmes musicaux provenant d'autres westerns Universal.

A condition de ne pas s’attendre à un grand western, on pourra passer un très bon moment à visionner cette série B sans violence d’aucune sorte, filmée dans un flamboyant Technicolor au sein des paysages majestueux de Death Valley en Utah et interprétée à la perfection. A condition d’avoir gardé une âme d’enfant, toute la famille réunie pourrait prendre du plaisir à cet attachant récit d'apprentissage, à cette variation 'westernienne' optimiste du Capitaine courageux de Victor Fleming, Joel McCrea et Dean Stockwell reprenant les rôles précédemment tenus par Spencer Tracy et Freddie Bartholomew. Sans compter que le film se termine sur une naïve mais très jolie idée !

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 12 décembre 2015