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Critique de film
Le film

L'Aventure fantastique

(Many Rivers to Cross)

Partenariat

L'histoire

Kentucky, vers la fin du XVIIIème siècle. Le trappeur Bushrod Gentry (Robert Taylor) ne demande qu’à continuer de mener sa vie aventureuse et solitaire qui ne consiste qu’à chasser et à revendre ses peaux. Les femmes, il les apprécie grandement mais uniquement le temps d’une nuit. A la suite d'un combat contre des Indiens Shawnees, il est sauvé par la téméraire Mary Stuart Cherne (Eleanor Parker) qui tombe immédiatement sous son charme et l’emmène faire soigner son bras dans la maison familiale. Elle décide sans plus tarder et sans lui demander son avis que ce sera l'homme de sa vie. Elle va désormais se mettre en quatre pour le contraindre à l'épouser, allant même jusqu'à prétendre à son Ecossais de père (Victor McLaglen) qu'il l'a déshonorée. Bushrod, préférant se frotter aux dangers de la nature qu’à une mégère non encore apprivoisée, s’enfuit. Il est vite rattrapé et ramené sous le toit de la famille Cherne. Sous la menace, les quatre frères de Mary (Jeff Richards, Russ Tamblyn, John Hudson et Russell Johnson) obligent Bushrod à passer l’alliance au doigt de leur sœur. Une fois marié, il fuit à nouveau le foyer conjugal ; mais Mary est à ses trousses !

Analyse et critique

A quelques exceptions près, dont le savoureux Grand Bill (Along Came Jones avec Gary Cooper), la comédie westernienne (sans parler des pures parodies du style Chercheurs d'or avec les Marx Brothers) s’était plutôt jusqu’à présent déclinée sous la forme de comédie musicale. Le background de la dernière comédie musicale westernienne en date, la célèbre Les Sept femmes de Barbe Rousse (Seven Women for Seven Brothers), sortie quelques mois plus tôt (avec déjà Russ Tamblyn et Jeff Richards), était d’ailleurs à peu près similaire à celui du film de Roy Rowland : des paysages du Kentucky et de l’Oregon assez ressemblants malgré leurs situations respectives d'un côté et de l'autre des USA (surtout du fait que ce sont pour les deux films des décors de studio pour la majeure partie), des cabanes en forêt occupées par des familles nombreuses, des mœurs assez frustres, des hommes machos et des femmes au fort caractère qui ne souhaitent pas se laisser faire, des bagarres homériques... Mais s’il y a un autre musical qui s’apparente aussi beaucoup à L’Aventure fantastique, c’est le Calamity Jane (La Blonde du Far-West) de David Butler, où Doris Day interprète avec une fougue hallucinante le rôle titre. Eleanor Parker tente de faire de même ici mais elle s’avère néanmoins un peu moins à l’aise dans la comédie ; cependant son dynamisme, sa santé, son énergie et son grand sens de l'autodérision (sa façon de prononcer le nom de son "amoureux forcé" est inénarrable), etc., n’en sont pas moins réjouissants. Le fait qu’elle fasse partie du casting se révèle malheureusement presque la seule raison de pouvoir prendre plaisir à ce film par ailleurs très laborieux !

L’Aventure fantastique fait partie des comédies westerniennes les plus connues, ou plutôt de celles ayant été le plus souvent diffusées à la télévision en France durant les années 70 et 80 ; il est l’un des premiers westerns qu’il m’ait d’ailleurs été donné de voir à l’époque ou FR3 en diffusait un tous les mardis soirs. Malheureusement notoriété ne rime pas forcément avec qualité, la preuve ! Si le postulat de départ était amusant (une jeune fille n'a de cesse que de se faire épouser de force par le trappeur qu’elle a tiré des griffes des Indiens, ce dernier ne voulant à aucun prix s'encombrer d'une femme), le résultat est pour le moins pénible ! Retour arrière sur deux avis à propos des westerns précédents du cinéaste :

« Même si la mise en scène de Rowland pour Le Convoi Maudit (The Outriders) manque de souffle et d’idées, c’est celle d’un homme respectueux de son public ; nous nous étonnons même de pouvoir contempler dans ce western mineur des plans aussi beaux que celui des quatre cavaliers en contre-jour en haut d’une colline. »

Ce n’est malheureusement pas le cas en ce qui concerne Many Rivers to Cross. La mise en scène est cette fois totalement indigente, et l’on en vient même parfois à se demander s’il se trouve bien quelqu’un derrière la caméra tant l’ensemble s’avère terne et statique. Cette impression est renforcée par l’incapacité du cinéaste à profiter des quelques décors naturels à sa disposition (les 9/10ème du film étant néanmoins tournés en studio) et par le fait que le cadreur semble totalement démuni face au format très large du 2.55 ; rarement le CinémaScope aura été encore aussi mal utilisé ! Et ce n’est pas non plus à la vision de ce film que nous pourrons nous extasier devant certains plans tant l’esthétique y est hideuse et bâclée, le montage réalisé en dépit du bon sens avec des faux raccords en pagaille lors des séquences mouvementées n’arrangeant guère les choses !

« Non pas que The Moonlighter soit désagréable mais on pouvait s’attendre à beaucoup mieux au vu des noms prestigieux qui se trouvaient réunis à l’affiche. Je vous vois venir : si vous pensiez en votre for intérieur que ce semi-ratage était dû au réalisateur Roy Rowland, vous auriez eu tort car sa mise en scène se révèle tout à fait correcte. Non, la faute en incombe bel et bien avant tout à un scénario totalement absurde et incohérent, d’autant plus incompréhensible que Niven Busch est également auteur de l’histoire […] Grâce à la mise en scène et au choix du réalisateur de ne pas utiliser de transparences, le film est loin d’être désagréable à visionner d’autant que Rowland arrive à bien mettre en valeur les superbes décors naturels qu’il a à sa disposition. »

Cette fois les persifleurs peuvent s'y mettre et jeter l'opprobre sur Roy Rowland ! Non seulement le casting était tout aussi illustre mais les moyens mis en place par la MGM semblaient conséquents. Il est d’ailleurs assez scandaleux de constater que les pontes du prestigieux studio du lion aient pu laisser passer un film aussi pauvre et mal fichu à tous points de vue. Les techniciens semblent, tout comme le réalisateur, avoir jeté l’éponge dès le début du tournage à commencer par le chef opérateur lui-même : pour les scènes de nuit, il fait se suivre indifféremment des plans nocturnes et diurnes sans même utiliser la nuit américaine en ayant l'air de s'en moquer comme d'une guigne. Quant au scénario, ce n’est plus Niven Busch qui officie mais Guy Trosper, tout de même l’auteur du superbe script de La Porte du diable (Devil's Doorway) ; de quoi y perdre son latin ! Comment peut-on accoucher d’un scénario aussi magnifique puis ensuite d’un script d’une telle effarante idiotie ? Car difficile de juger autrement cette histoire qui semblait devoir être amusante mais qui échoue totalement, non seulement du fait qu'elle n'est presque jamais drôle mais aussi à cause d’une lourdeur pachydermique à l’image de l’hommage préliminaire : "We respectfully dedicate our story to the frontier women of America, who helped their men settle the Kentucky wilderness. They were gallant and courageous, and without their aggressive cooperation-few of us would be around to see this picture." On aurait aimé en rire mais l’ensemble est tellement affligeant que c’est l’ennui qui l’emporte très vite. Et que dire de cette digression avec James Arness qui voit durant dix minutes Robert Taylor essayer de sauver un enfant atteint de la pneumonie ; comme si au milieu d’une comédie avec Louis de Funès, on venait greffer une séquence mélodramatique ! Ce changement de ton est assez ahurissant, une preuve supplémentaire du manque total de rigueur de l’ensemble.

Tous les éléments semblaient pourtant être bien couchés sur le papier pour nous faire penser que nous allions nous trouver devant une comédie réjouissante ou tout du moins bien sympathique. Y compris la présence de Victor McLaglen dans un des derniers rôles de sa carrière, un personnage d’ailleurs très "fordien" qui fait penser à celui qu’il tenait dans le superbe Homme tranquille (The Quiet Man) qui peut par certains points s’apparenter au film de Roy Rowland. Je n’ai donc rien vu de tel mais plutôt un mauvais vaudeville ! Néanmoins, grâce à l'abattage, au piquant et à la beauté d'Eleanor Parker, à l'amusante composition pince-sans-rire de Robert Taylor en homme dépassé par les évènements et à la sympathique partition de Cyril J. Mockridge, on s'amuse quand même un tout petit peu, notamment lors de la séquence finale de l'attaque indienne dans une grotte, plutôt cocasse et bien menée. Mais c'est tout juste et c'est bien dommage. Ca aurait pu être loufoque et parodique ; ça tente de l’être mais sans résultat. Un beau gâchis ! Souvenons nous plutôt de Roy Rowland comme réalisateur du fameux Les 5 000 doigts du Dr. T et qui nous gâtera l’année suivant la sortie de Many Rivers to Cross en nous proposant un film fort divertissant cette fois, la comédie musicale La Fille de l’amiral (Hit the Deck). Pour contrebalancer mon ressenti très négatif, il est bon de savoir qu’en lisant les commentaires sur imdb, on se rend compte que beaucoup ont ri à gorge déployée tout au long de ce film. A vous de juger ! Il faut également savoir que la VF donne aux personnages un accent marseillais : "bonne mère", peut-être y aurait-t-il plus d’occasions de rire (même involontairement) en en passant par là, en suivant les aventures de Brutus Gentil au lieu de Bushrod Gentry ?

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 31 mai 2013