Menu
Critique de film
Le film

L'Attaque de Fort Douglas

(Mohawk)

Partenariat

L'histoire

Fin du XVIIIème siècle dans la vallée Mohawk. Jonathan Adams (Scott Brady) est un artiste commandité par une société du Massachusetts pour peindre les paysages de la Nouvelle Angleterre. Il accomplit sa tâche tout en vivant au sein de Fort Alden. Homme à femmes, il flirte avec son modèle du moment, Greta (Allison Hayes), la fille du maréchal-ferrant qui travaille également en tant que serveuse dans le cabaret situé dans l'enceinte du fort. Ce jour-là, alors qu'il rentre après une journée de "travail" champêtre, Jonathan a la fâcheuse surprise de voir que Cynthia (Lori Nelson), sa fiancée bostonienne, est venue sur place lui rendre visite. Mais des choses bien plus graves que ces petits tracas sentimentaux se préparent dans le même temps. John Butler (John Hoyt) ne pense qu'à ranimer la guerre entre Américains et Iroquois afin que les deux camps s'entretuent, décampent et lui laissent la pleine propriété de la vallée. Il va faire croire au pacifique chef Kowanen (Ted de Corsia) que les soldats viennent de recevoir des convois d'armes dans le but de les décimer. Kowanen n'en croit rien, mais le doute s'installe dans l'esprit de son jeune fils Keoga (Tommy Cook) et du guerrier Tuscarora (Neville Brand) dont le père a été tué par les Blancs. Ils sont prêts à aller voler les armes au sein du fort mais en sont empêchés au dernier moment par le peintre qui fait ainsi la connaissance d'Onida (Rita Gam), la fille de Kowanen qui accompagnait son frère lors du raid. L'artiste en tombe amoureux et tous deux se rendent au campement indien, car Jonathan estime que c'est une aubaine pour lui de pouvoir peindre des tableaux représentant ce peuple. Se sentant parfaitement à l'aise au sein de la tribu, il en oublie de rentrer au fort et Butler d'en profiter pour faire croire aux soldats que l'artiste s'est fait tuer par les Indiens. Le capitaine Langley (John Hudson) n'en croit rien et refuse lui aussi de partir sur le sentier de la guerre ; Butler va alors accélérer les choses en abattant Keoga...

Analyse et critique

« Mohawk est un très bon western sur les guerres indiennes, nullement indigne de Sur la piste des Mohawks (Drums along the Mohawk) de John Ford. » Même s’il s’agit d’un formidable outil de travail du fait de son exhaustivité, on savait les dictionnaires de Jean Tulard parfois assez fantaisistes ; cet avis tiré du dictionnaire des réalisateurs est une fois de plus là pour nous le prouver. Car qui, aujourd’hui, pourrait avoir le culot de sortir une pareille ineptie ? Les deux films ont beau se dérouler à la même période et dans la même région, le fait d’oser comparer et surtout mettre au même niveau le chef-d’œuvre de Ford avec un western de série Z - utilisant pour 1/5 de sa durée des stock-shots dudit film de Ford - s'avère d’un ridicule achevé. Alain Paucard aurait signé cette notule que cela ne m’étonnerait qu'à moitié car, malheureusement, le fait de ne pas avoir vu tous les films dont il parle ainsi que son esprit de provocation plus bête que méchant sont désormais légendaires au sein de ces imposants ouvrages ; et c'est bien dommage car ce monumental ensemble perd ainsi en crédibilité. Tout cela pour inciter à la méfiance et ne pas prendre à la lettre de telles incongruités au risque d'être sacrément déçu à l'arrivée. Car hormis les amateurs de kitsch et (ou) de cinéma bis, je ne vois pas qui d'autre pourrait apprécier ce western de Kurt Neumann qui, dans le genre, avait déjà signé en 1950 Le Kid du Texas, un tout petit film de série sans grand intérêt mais important pour avoir été le premier western avec Audie Murphy en tête d’affiche. Le plus grand titre de gloire de son auteur aura été ce classique du cinéma fantastique datant de 1958, La Mouche Noire (The Fly), qui aura traumatisé plus d'un spectateur.

« Historiquement le film ne correspond à rien » dit Georges Ramaïolli dans sa présentation du film en supplément du DVD. Maîtrisant son sujet sur le bout des ongles, véritable puits de connaissance à propos de cette période et du genre qui nous concerne ici, nous pouvons lui faire entièrement confiance. Au vu du film, on s'en serait néanmoins douté mais il n'est pas inutile de le rappeler pour ceux qui penseraient tomber sur un western historiquement sérieux du même acabit que celui de John Ford. Rares ont été les films (easterns donc) qui ont abordé cette période, les autres plus connus ayant été Le Grand passage (Northwest Passage) ainsi que Les Conquérants du Nouveau Monde (Unconquered) de Cecil B. DeMille. Il n'est donc pas désagréable de tomber sur d'autres titres se déroulant à cette époque et dans cette région comme cet amusant Mohawk, même si comme je le prévenais d'emblée, il faut, pour pouvoir l'apprécier, accepter de le regarder au 12ème degré. Pour ce film, le producteur Edward L, Alperson ne voulait pas dépenser beaucoup d'argent ; il fit appel à Kurt Neumann, réputé pour sa vitesse d'exécution (il tournera le film en 3 jours), ainsi qu'à son propre fils pour composer la musique (pas désagréable d'ailleurs dans l'ensemble). Il réussit également à avoir l'autorisation de la Fox de pouvoir utiliser des plans et des séquences entières du film de John Ford ; ainsi, la plupart des plans en extérieurs, des séquences de batailles (la fameuse attaque de Fort Douglas du titre français) et autres scènes d'action proviendront tous de ce film de 1939, y compris la fameuse séquence au cours de laquelle Henry Fonda se faisait courser à pieds par trois guerriers indiens. Seuls quelques plans de coupe sur le visage de Scott Brady viennent s'intégrer au reste de la séquence quasi intégralement restituée. Pour tout dire, tous les beaux plans du film proviennent d'un autre ! Le reste est platement mis en scène par Kurt Neumann au sein de décors minimalistes de studio, très cheap et parfois du plus mauvais effet. Cependant, les stock-shots du film de Ford sont dans l'ensemble relativement bien intégrés au reste, à l'exception de la scène de bataille finale qui fait se succéder plans nocturnes et diurnes.

Si la mise en scène s'avère sans intérêt, le scénario ne se révèle guère meilleur malgré le fait qu'il soit signé en duo par deux auteurs nous ayant auparavant donné l'occasion de grandement nous réjouir. Maurice Geraghty avait écrit le superbe Tomahawk de George Sherman, tandis que Milton Krims signait le non moins magnifique Le Mariage est pour demain (Tennessee's Partner) d'Allan Dwan. Ils ne se sont sans doute ici pas trop pris au sérieux, s'amusant à écrire des situations et dialogues aussi cocasses que ridicules au premier degré. Il faut avoir vu les squaws jouer avec un ancêtre du frisbee, Scott Brady peindre sa pulpeuse maîtresse dans un cadre champêtre avec vache en fond de plan, Neville Brand les yeux exorbités entonner un chant guerrier et se trémousser autour du feu, etc., pour se dire que tout cela a probablement été fait exprès. Et c'est à ce moment-là que le spectateur peut lui aussi se prendre au jeu et s'amuser un peu, d'autant que Scott Brady (l'inoubliable Dancing Kid de Johnny Guitar) est un comédien toujours aussi sympathique et que les trois actrices qui tournent autour de lui ne manquent ni d'atours ni de charmes. Le plan au cours duquel Rita Gam et Scott Brady s'enlacent au sortir de l'eau n'étant pas loin de posséder un potentiel érotique aussi puissant que le plan équivalent dans le superbe La Rivière de nos amours (The Indian Fighter) d'André de Toth avec, dans la même posture équivoque, Kirk Douglas et Elsa Martinelli.

Le côté bis et kitsch, deux plaisantes chansons, le look déjanté des Indiens (ceux de Ted De Corsia et de Tommy Cook risquent de vous arracher des fous rires, ce dernier ressemblant à un blouson noir s'étant rendu à un carnaval), l'impression en 1956 de voir un film sorti d'un autre âge, quelques plans sacrément émoustillants sur Rita Gam sortant de l'eau et mon attachement pour Scott Brady interprétant un personnage de peintre (ce qui n'était pas courant pour le protagoniste principal d'un western) m'ont fait passer un moment plutôt plaisant. Mais il est clair que je ne conseillerais ce film à personne et que je ne suis pas prêt d'y retourner tout de suite. L'Attaque de Fort Douglas peut faire passer un agréable moment à condition d'être prévenu de la bêtise voulue ou non de l'ensemble. Objectivement mauvais mais pas forcément désagréable pour autant, d'autant que le film prend clairement le parti des Indiens et que nous assistons à une sympathique romance interraciale !

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 15 mars 2013