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Critique de film
Le film

L'Aigle des frontières

(Frontier Marshal)

L'histoire

Vers la fin du 18ème siècle, la découverte de l’or dans les montagnes de l’Arizona fait s’ériger des villes champignons telle Tombstone. La violence y règne en maître, ce qui arrange bien les trafics de Ben Carter (John Carradine), le tenancier du Palace. Alors qu’il a envoyé un Indien ivre causer des dégâts chez son concurrent, un seul homme ose aller le défier, un nommé Wyatt Earp (Randolph Scott), très mécontent qu’on l’ait réveillé en pleine nuit. On lui propose dès lors le poste de Marshal qu’il refuse tout d’abord, préférant aller retomber dans les bras de Morphée. Mais à peine franchi le seuil de sa chambre, voilà que des hommes de Carter, ne supportant pas qu’on se mêle de leurs affaires, l’emmènent hors de la ville pour lui flanquer une dérouillée. De retour en piteux état, il accepte l’insigne étoilé afin de nettoyer Tombstone des malotrus qui l'ont maltraité mais surtout… tiré du lit. Dans son combat, il trouvera l’aide d’un joueur aux tendances belliqueuses et suicidaires, un certain Doc Halliday (Cesar Romero). Déjà d’un tempérament instable, Doc est de plus tiraillé entre sa compagne du moment, la "Saloon Gal" Jerry (Binnie Barnes) et sa douce fiancée venue inopinément le retrouver à Tombstone, Sarah (Nancy Kelly)…Remplacez Jerry par Chihuahua, Sarah par Clementine, Halliday par Holiday et tout ceci vous dira certainement quelquechose...

Analyse et critique

L'éclosion de la turbulente Tombstone suite à la découverte de l'or dans les montagnes alentour, l'arrivée d'un certain Wyatt Earp qui devient le Marshal de la ville, son amitié avec Doc Holiday que deux femmes se disputent et un règlement de comptes à OK Corral. Une vision totalement fantaisiste de tous ces faits et des personnages historiques bien connus, Hollywood les ayant en outre mis en scène depuis à de multiples autres reprises. Mais tout cela ne serait pas bien grave si le film nous avait tenus en haleine, ce qui n'est pas franchement le cas tellement le scénariste, voulant faire le plus mouvementé possible en un minimum de temps (70 minutes), est parti dans tous les sens en oubliant de s’arrêter quelques secondes sur la description de l’atmosphère enfiévrée de la ville, mais surtout en omettant de nous rendre attachant les personnages qui composent son histoire - y compris les nombreux seconds rôles (John Carrradine, Ward Bond, Lon Chaney Jr. tout de même), eux aussi sacrifiés à l'action. Dommage car Randolph Scott et surtout Cesar Romero s’en sortaient plutôt bien malgré des rôles écrits à la hache. Celle qui tire le mieux son épingle du jeu est la charmante et touchante Nancy Kelly (l’épouse du Jesse James de Henry King au début de cette même année ; ici la fiancée de Doc Holiday) mais on la voit malheureusement trop peu ; quant à l’autre personnage féminin à fort potentiel de départ, Jerry, l’entraîneuse amoureuse de Doc qui reste en même temps attachée à son patron, il est massacré par le jeu médiocre de Binnie Barnes.

Allan Dwan possède certes du métier (il fut l’un des cinéastes les plus réputés et talentueux au temps du muet) et nous délivre de nombreuses séquences bien troussées (notamment une attaque de diligence parfaitement rythmée au milieu de beaux extérieurs), mais il n'arrive pas à rehausser le scénario inepte qu’il a entre les mains. Il faut dire que depuis le parlant, Dwan n’a pas laissé jusque-là de films impérissables (son film le plus célèbre, Heidi, étant difficilement regardable de nos jours). Frontier Marshal ne déroge pas à la règle et il faudra attendre la fin des années 1940 et les productions Benedict Bogeaus avant qu’on le retrouve de nouveau à son plus haut niveau. Scénario médiocre, personnages bâclés, situations parfois proches du ridicule et par-dessus le marché une musique insupportable et envahissante ; il est logique donc que ce film pourtant produit par Zanuck avec des moyens considérables soit passé inaperçu au milieu de tous les chefs-d'oeuvre du genre sortis cette même année 1939 faste pour le western. Certainement le film le moins intéressant mettant en scène Wyatt Earp pourtant parti de la même source ("Wyatt Earp, Frontier Marshal" de Stuart N. Lake) dont John Ford se servira pour accoucher de l'un de ses nombreux chefs-d’œuvre, La Poursuite infernale (My Darling Clementine) qui est en fait un remake du film de Dwan, lui-même remake d’un western de Lewis Seiler réalisé en 1934.

Quant au fameux "règlement de comptes à OK Corral", allez-vous me dire ? Malheureusement pas plus palpitant que n’importe quelle scène d’action tirée d’un quelconque épisode de Zorro. Pour l'anecdote, il faut savoir qu’Eddie Foy Jr. interprète le rôle de son propre père, le comédien venu jouer en ville juste avant le gunfight, personnage mémorable joué par Alan Mowbray dans le film de John Ford. L’une des premières apparitions du célèbre Wyatt Earp sur les écrans se solde donc par un échec, avec comme résultat un film banal et très peu enthousiasmant.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 5 juin 2010