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Critique de film
Le film

Je suis un criminel

(They Made Me a Criminal)

Partenariat

L'histoire

Johnnie Bradfield, un champion de boxe, est injustement accusé du meurtre d’un journaliste. Le coupable, son manager, s'enfuit avec sa voiture et sa petite amie. Alors qu’ils sont poursuivis par la police, ils ont un accident et sont retrouvés carbonisés. Pris pour mort et mal conseillé, Johnnie décide de disparaître et part sur les routes pour échapper aux éventuelles poursuites. Après avoir traversé tous les États-Unis, il fait une halte en Californie dans un "camp de redressement" pour jeunes délinquants. Il décide d'y rester pour s’occuper de ces jeunes, leur apprenant par la-même occasion quelques rudiments de boxe…

Analyse et critique

Attention, les titres français quasi similaires et le fait que les deux hommes aient de temps à autre travaillé ensemble à la Warner (voire même sur le même film, Gold Diggers of 1933) ne devraient néanmoins pas vous faire confondre Je suis un évadé (I was a Fugitive from a Chain Gang) de Mervyn LeRoy et Je suis un criminel de Busby Berkeley. Car si le premier possède encore aujourd’hui, 80 ans après sa sortie, toujours la même puissance dramatique, la même capacité à nous faire nous sentir révoltés devant tant d’injustices, il n’en est pas de même du film de Berkeley desservi par une écriture médiocre qui l’a fait très mal vieillir. Si ce film noir à connotations sociales a pu faire illusion à son époque, la caractérisation basique des personnages, les innombrables invraisemblances et la naïveté mélodramatique des situations qui plombent lourdement cette histoire un peu sentencieuse devraient malheureusement en rebuter quelques uns. Rien de bien méchant cependant, mais que les amateurs de films bien noirs et (ou) de Busby Berkeley n’attendent pas des miracles de cet opus moralisateur frôlant de peu le trop plein de guimauve !

Le film raconte l’histoire de Johnnie Bradfield (John Garfield), un champion de boxe injustement accusé du meurtre d’un journaliste. Le coupable est son manager qui s’enfuit avec sa voiture et sa petite amie ; ils ont un accident alors qu’ils sont poursuivis par la police et ils sont retrouvés carbonisés. Pris pour mort et mal conseillé, Johnnie décide de disparaître et part sur les routes pour échapper aux éventuelles poursuites. Après avoir traversé tous les Etats-Unis, il fait une halte en Californie dans un "camp de redressement" pour jeunes délinquants tenu par Grandma Rafferty (May Robson), la veuve du pasteur qui a créé ce lieu, et Peggy (Gloria Dickson), la sœur de l’un d’entre eux. Johnnie, tombé amoureux de Peggy, décide de rester l’aider à s’occuper de ces jeunes, leur apprenant par la même occasion quelques rudiments de boxe. Souhaitant gagner de l’argent rapidement, Johnnie décide de s’inscrire à un combat de boxe organisé dans les parages, et dont le vainqueur empocherait pas moins de 500 dollars. Pour ne pas être reconnu, il décide de se faire passer pour un droitier ! Mais l’inspecteur Phelan (Claude Rains) rode dans les parages depuis qu’il a vu sur un journal une photo récente du boxeur présumé mort…

Le génial chorégraphe des comédies musicales de la Warner avait toujours eu envie de se frotter au drame humaniste et social, de réaliser un film "sérieux". Son contrat avec le grand studio étant sur le point d’expirer, Berkeley en profite pour transformer son rêve en réalité, même si certaines comédies musicales de l’époque produites par la Warner étaient bien plus virulentes sur le plan social que ce mélo noir bien trop lisse. Adapté d’une pièce de théâtre déjà transposée pour le cinéma au début des années 1930, They Made me a Criminal fera toujours partie de ses films préférés. Pourtant, il faut bien se rendre à l’évidence, ses chorégraphies des matchs de boxe - et d’ailleurs sa mise en scène en général pour ce film - sont loin d’égaler même le plus faible des numéros musicaux qu’il avait eu à régler jusque-là. Une exception cependant, la superbe séquence du réservoir d’eau au cours de laquelle le réalisateur maintient un suspense très prenant, la tension allant crescendo rien que par sa science du montage et de la mise en scène. Dommage que le reste ne soit pas de cet acabit et que le mélange des tons soit à ce point raté ; passant du suspense au drame, de la comédie au film romantique, le film ne sait jamais vraiment sur quel pied danser et échoue sur tous les plans par le fait de la médiocrité de son écriture.


Il s’agit également du second film de l’acteur John Garfield et celui qui le transformera en vedette. Avant Body and Soul, il se verra déjà confier le rôle d’un boxeur mais son Johnnie est tellement gogo (continuellement traité de "Sucker" d’après le titre de la pièce d’origine) qu’il a du mal à nous être attachant contrairement aux deux interprètes féminines, May Robson, la milliardaire d’un jour de Frank Capra, et surtout Gloria Dickson dont on regrette que sa carrière se soit arrêtée si tôt suite à son décès en 1945. Les six Dead End Kids, découverts par William Wyler à l’occasion de Rue sans issue et héros des Anges aux figures sales de Michael Curtiz l’année précédente, ne sont malheureusement pas des modèles de sobriété et leur humour manque singulièrement de finesse. Quant à la plus grosse erreur de casting, c’est ici l’habituellement très bon Claude Rains. On comprend pourquoi il a toujours détesté ce film : il se révèle tout bonnement ridicule en inspecteur de police, et n’est pas crédible une seule seconde en tentant de se la jouer à la Bogart avec sa cigarette au coin de la bouche.

Au niveau des quelques bonnes surprises, on peut signaler un bon score de Max Steiner recyclant déjà quelques thèmes de sa remarquable partition pour Autant en emporte le vent, ainsi qu’une très belle photographie de James Wong Howe. Voilà donc dans l’ensemble, plus qu’une réussite, une curiosité pour les complétistes de l’œuvre du grand Busby Berkeley qui ne s’en tiendra pas là et, voulant réitérer à la MGM, signera cette fois un mélodrame musical remarquable, le poignant For me and my Gal.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 28 août 2010