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Critique de film
Le film

Il était une fois un flic...

Partenariat

L'histoire

L'assassinat d'un membre de la pègre niçoise donne à la police française l'occasion d'infiltrer le milieu. Le commissaire Campana, célibataire endurci, va prendre la place de Louis Lopez, frère du défunt, installé en Tunisie et que son frère avait invité à le rejoindre. Mais Louis Lopez est marié et à un enfant. Campana va donc devoir se trouver une famille fictive. Une fois sa couverture trouvée, il s'installe sur la Côte d'Azur. Il va devoir y affronter la mafia locale, des tueurs venus d'Amérique, la police française, la police américaine... et jouer au père de famille.

Analyse et critique

En 1972, George Lautner a déjà derrière lui une carrière solidement établie. Il a, durant la décennie précédente, tourné certains de ses films les plus emblématiques, notamment ceux nés de sa collaboration avec Michel Audiard : Les Tontons flingueurs, Les Barbouzes, Ne nous fâchons pas et Le Pacha qui l'installent comme un spécialiste du polar souvent comique, aux répliques marquantes. Il se sera également distingué dans un cinéma plus sobre, plus noir avec l'excellent Septième juré, ou avec des films un peu plus atypiques mettant souvent en scène Mireille Darc, comme Galia ou La Grande Sauterelle. Il vient de tourner en 1971 Laisse aller... C'est une valse, un film assez déjanté mais plutôt amusant, sur un scénario de Bertrand Blier. Lautner prolonge ainsi le style absurde entrevu dans Ne nous fâchons pas avec une certaine réussite, mais il semble évident qu'il ne pourra pas multiplier les films du même genre sans se répéter. C'est en se rapprochant d'un jeune scénariste qu'il va lancer un nouveau et brillant cycle dans sa carrière avec Il était une fois un flic...


Lautner reste toutefois dans un univers qui lui est familier, celui du polar, avec l'adaptation d'un roman de Richard Caron paru dans la collection Fleuve Noir, TTX 75 en famille. Et comme d'habitude, s'il conserve à son film une structure policière solide, ce qui intéresse avant tout Lautner c'est de faire rire. Un domaine qui était l'apanage du dialogue de Michel Audiard dans certain de ses films précédents et qui va ici légèrement changer de nature par l'intervention d'un jeune scénariste qui n'avait alors jamais travaillé pour le cinéma : Francis Veber. A l'esprit anarchiste reposant essentiellement sur les traits d'esprit du petit cycliste va succéder le traitement plus rigoureux, plus mécanique de celui qui deviendra l'un des scénaristes majeurs de la comédie française dans les décennies suivantes. C'est lui d'ailleurs qui apporte le sujet à Lautner, et la méthode Veber va s'illustrer très tôt dans la genèse du film, dès l'écriture du scénario. Dans un hôtel de très grand luxe, Lautner et son premier assistant Robin Davis s'attendent à passer plus de temps à la piscine qu'à la machine à écrire, mais leur plans seront contrecarrés par Veber qui les enferme toute la journée dans la suite où il travaille, remettant sans cesse l'ouvrage sur le métier. Une preuve de sa rigueur et de son absolutisme qui deviendront légendaires.

 

Toutefois les ressorts qui ont fait les réussites du cinéma de Lautner ne disparaissent pas totalement. On retiendra par exemple l'un des gags de début du film qui voit un gangster noir abattu dans sa voiture remplie de lait, une image qui n'aurait pas dépareillé dans Ne nous fâchons pas et qui fut, aux dires de Lautner, très difficile à tourner. On retrouve également de nombreuses répliques marquantes, la plus mémorable étant celle du petit Bertrand, l'enfant adoptif du commissaire Campana, faisant l'inventaire de ses produits de soins et concluant : « Il a des migraines. Il a la bouche pâteuse ! Maman, on nous a refilé un malade ! » Illustration d'un dialogue à la hauteur de ceux que proposait Audiard.


Il était une fois un flic... nous raconte la mission d'un flic tentant d'infiltrer une organisation mafieuse. Il est confronté aux meurtres, aux trafics, mais ce qui intéresse tout particulièrement Lautner et Veber c'est la nature de sa couverture. Afin de se faire passer pour Louis Lopez, le frère d'un membre de la pègre abattu par deux tueurs, le commissaire Campana doit avoir une femme et un enfant. Plus que l'enquête et ses rebondissements, c'est la situation de ce policier bourru, célibataire endurci, confronté au tracas quotidien de la vie de famille qui est au cœur du film. Une matière propice à de nombreuses situations comiques mais aussi au développement d'une histoire touchante, attendrissante, comme on en avait rarement vu jusque-là dans le cinéma de Lautner. Sans jamais se faire pesant, Lautner crée avec succès l'émotion et la fait reposer sur les solides épaules du grand Michel Constantin, argument majeur du film. Révélé dans l'immense film de Jacques Becker, Le Trou, Constantin trouve ici l'un de ses meilleurs rôles, à la hauteur de son talent, et s'impose comme le véritable moteur d' Il était une fois un flic... Crédible dans son rôle de flic, de dur, c'est la qualité de son interprétation dans les scènes plus intimes, la subtilité de son jeu qui font le prix de sa performance. A l'évidence, ce film n'aurait pas été le même sans lui : grâce à Constantin, il prend une nouvelle couleur, plus tendre, qui en fait toute l'originalité. Dans cette réussite, il ne faut évidemment pas non plus oublier les parts marquantes prises par Mireille Darc, comme toujours rayonnante, et par le petit Hervé Hillien parfait dans le rôle de l'enfant, ni mièvre ni agaçant.

Autour de ce cœur tendre, une belle dose de comédie créée par l'imbroglio dans lequel se trouve le Commissaire Campana. La mafia française d'un côté, des tueurs américains de l'autre, mais aussi la police française et la police américaine qui lui mettent des bâtons dans les roues au point de devenir ses principaux ennemis. Une situation qu'il synthétise lui même en en faisant une histoire pour son "fils" : « Il était une fois un pauvre flic de la brigade des stupéfiants et un jour, il part en mission pour arrêter des trafiquants. Et là, il a une grosse surprise, il s'aperçoit qu'il a encore plus d'ennuis avec les autres flics qu'avec les trafiquants. La police criminelle, les stupéfiants américains, les stupéfiants français, tout ça, ça se bagarre, ça essaie de tirer la couverture. Le pauvre flic des stupéfiants se fait passer à tabac par la criminelle, il fait arrêter des flics américains par les flics français et arrive à cette conclusion : c'est que dans la police moderne, on s'amuse tellement bien entre flics qu'on pourrait se passer des gangsters. » Tout cela est l'occasion de nombreux quiproquos et situations amusantes, certaines plus réussies que d'autre - on regrettera par exemple l'utilisation excessive et un peu lourde du personnage de Robert Castel - qui font dans l'ensemble une comédie réussie. Cela grâce à un casting haut de gamme, avec notamment l'excellent Michael Lonsdale, mais aussi de nombreux habitués du cinéma de Lautner comme Venantino Venantini, Robert Dalban, Henri Guybet...


Il était une fois un flic... est un film plus sage que les œuvres précédentes de son réalisateur. Cela se traduit dans son scénario, mais aussi dans la mise en scène de Lautner, efficace mais discrète, moins marquante que celle des Tontons flingueurs par exemple. A l'évidence, nous n'atteignons pas le sommet que constituent ses films majeurs des années 60, mais nous sommes en présence d'une oeuvre particulièrement attachante qu'il serait dommage d'ignorer. Un film plaisant, qui amorce un léger changement de ton dans l'oeuvre du cinéaste, qui se prolongera tout au long de sa belle collaboration avec Francis Veber en nous offrant notamment l'hilarant On aura tout vu.

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La fiche IMDb du film
Par Philippe Paul - le 11 juin 2014