Menu
Critique de film
Le film

Hondo, l'homme du désert

(Hondo)

L'histoire

1874 alors que les guerres indiennes battent leur plein suite aux traités de paix non respectés par le gouvernement américain. Hondo Lane (John Wayne), un éclaireur de l'armée américaine qui vient de perdre son cheval lors d’une échauffourée avec les Indiens, arrive dans le ranch isolé d'Angie Lowe (Geraldine Page) qui vit avec son fils Johnny, un garçon de dix ans. On lui offre gite, couvert et même monture. Malgré les affirmations de la jeune femme selon lesquelles son époux devrait revenir d’un jour à l’autre, Hondo comprend vite qu'elle a été abandonnée et qu'elle doit s'occuper seule de sa ferme. Il décide alors de rester quelque temps auprès d’eux, cherchant à les persuader de quitter la région sous peine de se faire massacrer par les Apaches. Mais Angie, confiante en un peuple qui ne lui a jamais fait le moindre mal, les Indiens venant faire abreuver leurs chevaux depuis des années sur ses terres, refuse de partir. N’étant pas arrivé à la convaincre, Hondo finit par se rendre à Fort Seddon où il se frotte à un rustre qui n’est autre que le mari d’Angie, Ed (Leo Gordon). Pendant ce temps-là, le chef Apache Vittorio (Michael Pate), l’homme qui donne le plus de fil à retordre à la cavalerie, arrive au ranch des Lowe où, alors qu’il venait pour les menacer, impressionné par la bravoure du jeune Johnny, décide de les protéger et de faire du jeune garçon son frère de sang. En revanche, il explique à sa mère que si elle n’a plus d’époux, il va falloir qu’elle en choisisse un parmi ses guerriers si elle veut ne pas être inquiétée lors des raids meurtriers programmés qui devraient s'abattre sur la région...

Analyse et critique

La société de production créée en commun par John Wayne et Robert Fellows, la Batjac, n'aura compté à son actif qu'à peine une trentaine de films, la plupart distribués par la Warner et dont le plus grand titre de gloire sera sept ans plus tard le fameux Alamo. Hondo est le quatrième titre de la compagnie a être sorti sur les écrans américains et le premier western. Invisible durant plus d’une décennie, il était devenu une sorte de film culte de par sa rareté et du fait que John Ford en ait tourné une petite partie. De plus, il s’agissait de l’un des rares westerns d’importance avec John Wayne à demeurer invisible pour des problèmes de droits. Tous ces éléments firent, qu’à l’instar de Apache Drums de Hugo Fregonese, il faisait partie il y a encore peu des westerns les plus recherchés par les amoureux du genre. Mais contrairement à Quand les tambours s'arrêteront, le film de John Farrow se révèle, sinon mauvais (loin de là), mais sacrément bancal. Hondo étant son dernier western, on peut désormais affirmer que le cinéaste n’aura pas spécialement brillé dans le genre, gâchant en partie quasiment tous les bons scénarios qu’il eut entre les mains. Hondo reste néanmoins sa meilleure contribution au genre, un western pas désagréable, seulement bien décevant au regard de sa réputation.

A l’origine, John Wayne ne devait que produire Hondo et Glenn Ford devait tenir le rôle-titre. Sous contrat avec Batjac, ce dernier venait de tourner Les Pillards de Mexico (Plunder of the Sun) sous la direction de John Farrow et préféra s’abstenir de recommencer l’expérience suite à ses rapports tendus avec le cinéaste. John Wayne, pour remplacer Katharine Hepburn dont le nom avait d’abord été pressenti pour le rôle d’Angie, dénicha une jeune actrice de théâtre new-yorkaise qui dans le même temps enseignait l’art dramatique. C’est ainsi que Géraldine Page obtint son premier rôle au cinéma (et non moins qu'une nomination aux Oscars). Outre Ward Bond, l’ami de toujours du Duke, on trouve également au sein du casting James Arness, qui était en quelque sorte le protégé de l’acteur-producteur, ce dernier l’encourageant plus tard (sans réussite) à reprendre le rôle de Hondo dans la série qui sera tirée du film en 1967. Quant au jeune Lee Haker, il deviendra une grande vedette de la télévision dès l’année suivante puisqu’il sera Rusty dans la série Rintintin. Du fait du maniement très pénible des caméras destinées à la 3D (et notamment sous la chaleur écrasante de cet été mexicain), le retard pris durant le tournage obligea John Farrow à le quitter avant la fin, ayant pris d’autres engagements par ailleurs et devant rentrer à Hollywood. C’est John Ford, habitué des plateaux Batjac en tant que grand ami de John Wayne, qui mit la main à la pâte et qui filma la longue scène finale de l’attaque du convoi de pionniers par les Indiens. Franchement, même en le sachant, on ne parvient pas vraiment à reconnaître son style ni le souffle habituel qu’il arrive à insuffler à ses scènes d’action ; Ford semble avoir tourné ces séquences supplémentaires sans forte conviction, juste pour donner un coup de main en passant.

Un zest de Shane (tout le postulat de départ avec l’arrivée de l’aventurier solitaire, son "intégration" au sein d’une famille de fermiers ainsi que sa relation avec le jeune garçon), une pincée de L'Ange et le mauvais garçon déjà scénarisé par James Edward Grant (les relations passionnantes du personnage interprété par John Wayne avec sa partenaire féminine), quelques dialogues et situations en faveur de la nation Apache (puisque nous étions en plein vague pro-indienne), un John Wayne très à son aise avec les dialogues laconiques que lui a écrits son scénariste favori pour au final un western en fait très classique. Il fut tourné en 3D alors qu’en cette fin 1953 le système (dans cette version) vivait déjà ses dernières heures après n’avoir perduré qu’à peine une année. Ce ne sont pas les spectateurs que nous sommes qui allons nous en plaindre car le résultat en 2D a souvent été assez hideux, puisque le metteur en scène se préoccupait souvent plus de se mettre au service de ce gadget visuel plutôt que de se concentrer sur la beauté de ses plans. Ainsi, quelques scènes - comme celle du combat au couteau entre John Wayne et Rodolfo Acosta, qui aurait dû être le clou du film - se révèlent parfois pataudes et ridicules avec ces plans des acteurs tendant l’arme au spectateur sur fond de transparences très visibles. Heureusement, l’utilisation de la 3D a lieu ici à dose homéopathique, et d’autres séquences mouvementées comme la poursuite de John Wayne par les Indiens rattrapent le coup par une belle efficacité ; il est dommage en revanche que la musique soit aussi souvent envahissante alors même que le doux thème principal du film que l'on entendait dès le générique s’avèrait une totale réussite.

Si la mise en scène est finalement assez fade (malgré de très beaux moments), le scénario n’est pas non plus entièrement satisfaisant. Il semblerait que les auteurs du film n’aient pas pu faire ce qu’ils souhaitaient car le script comporte de gros trous et beaucoup d’approximations ; dès qu’une piste intéressante est amorcée, on passe immédiatement à autre chose sans qu'on ait eu le temps d’approfondir. Et puis cette intermède au bout de 40 minutes au sein d’un film ne dépassant pas l’heure et demie est on ne peut plus incongrue ! Comme si Hondo avait été charcuté par les producteurs ; ce qui ne semble pourtant pas avoir été le cas. Il s'agit d'un grand mystère en tout cas, mais la patte de James Edward Grant ressort heureusement dans toute sa sensibilité quand il s’agit de décrire les relations entre les deux personnages principaux. Les premières vingt minutes sont à ce propos sans doute les plus réussies du film. D’un côté ce "lonesome cow-boy" au sang-mêlé, charismatique à souhait mais hautement sentencieux, prônant l’indépendance comme mode de vie idéal (de l’égoïsme à ce niveau-là), balançant à tout bout de champ sa phrase fétiche : « A man oughta do what he thinks is right. » Un de ces ours laconiques au grand cœur dans la peau desquels John Wayne savait si bien se fondre. Face ce protecteur avéré de la veuve et l'orphelin, une femme laborieuse qui n'a jamais quitté son lieu de naissance, ayant sacrifié sa vie pour un mari qui ne le méritait pas ; mais malgré son caractère bien trempé, une femme douce et intelligente, d’une remarquable lucidité sur sa situation et assez fine psychologue au point de renvoyer dans ses cordes son trop arrogant et vaniteux compagnon. Anglophiles, je vous invite à lire cet extrait de dialogues qui fait suite à la décision de Hondo d’aller dire la vérité à Johnny sur son père, sur le fait que c’était un homme mauvais et que c’est lui-même qui a été obligé de le tuer.

Angie : « You and your silly ideals. You think truth is the most important thing. »

Hondo : « It's the measure of a man. »

Angie : « Well, not for a woman. A man can afford to have noble sentiments and poses, but a woman only has the man she married. That's her truth. And if he's no good, that's still her truth. I married a man who was a liar, a thief and a coward. He was a drunkard and unfaithful. He only married me to get this ranch and then he deserted Johnny and me for good. And that's your fine truth for you. Could I bring Johnny up on that ? »
»
Hondo : « Well, I guess you couldn't. »

Angie : « And then you come along and you're good and fine and everything that Ed could never hope to be. And now in your vanity, you want to spoil Johnny's chances and mine. »

Cet extrait de dialogue entre John Wayne et Geraldine Page est à mon avis un très bon exemple pour se rendre compte de la qualité des dialogues et de la richesse psychologique dans la description des personnages principaux. Il y avait vraiment de la matière pour un magnifique western ; malheureusement, toutes les pistes de la sorte sont abandonnées à peine apparues. Ainsi des relations entre le jeune Johnny (d’ailleurs plutôt terne) et le chef indien Vittorio tout juste esquissées ; ainsi du mode de vie des Indiens qui, d’après Hondo est le meilleur qui soit, mais dont on ne verra jamais rien ; ainsi du personnage savoureux que joue Ward Bond mais qui ne sert finalement pas à grand-chose ; ainsi des relations du jeune garçon, cette fois avec Hondo, qui ne sont guère plus fouillées mais qui sont à l’origine de la séquence la plus cocasse du film, celle au cours de laquelle John Wayne, apprenant que Johnny ne sait pas nager, le prend par le fond de culotte et le jette au milieu de la rivière pour qu’il fasse immédiatement son apprentissage ; ainsi des relations entre Hondo et Angie qui, si elles représentent ce qui est de plus attachant et de plus réussi, souffrent de la comparaison avec celles qui liaient John Wayne et Gail Russell dans The Angel and de Badman, l’unique réalisation du scénariste de Hondo, James Edward Grant… Des exemples d’idées intéressantes à peine esquissées ou trop peu développées, d’hésitations quant à la direction à prendre, de schématisme dans la description des personnages, hélas le scénario en fourmille ; d’où mon interrogation quant à savoir s’il n’y aurait pas eu de charcutage ! A écouter tous les protagonistes qui ont participé au film, encore une fois, rien de tel ne serait arrivé.

Hondo n'est jamais ennuyeux, même souvent très plaisant, mais il se révèle trop inégal que ce soit au niveau de la mise en scène ou de l’écriture pour pleinement satisfaire. Resteront néanmoins en mémoire quelques fabuleux moments comme l’arrivée de Hondo dans le ranch isolé dès les premières images, la poursuite spectaculaire du même Hondo par les Indiens qui se termine par la descente d’une falaise de sable à cheval, les plans magnifiques de John Wayne s’arrêtant au bord d’une rivière d’un bleu "warnercolorisé" absolument superbe, ceux d’un naturel étonnant voyant le même John Wayne manier la pince et le marteau de maréchal-ferrant comme s’il l'avait toujours fait... Pour finir et pour la bonne bouche, voici encore un extrait des très bonnes réparties dues à James Edward Grant :

Angie Lowe : « I love you. I suppose I shouldn't have said that with my husband dead so short a time. »
Hondo Lane : « I don't guess people's hearts got anything to do with a calendar. »

Bref, bien que je ne sois pas très tendre envers lui, le film demeure néanmoins attachant.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 12 juin 2013