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Critique de film
Le film

Histoire d'aimer

(A mezzanotte va la ronda del piacere)

Partenariat

L'histoire

Gabriella Sansoni est une femme au caractère effacé, menant une vie monotone. Son mari, Andrea, ne lui prête aucune attention, totalement accaparé par son travail. Ce rythme est rompu par la convocation de Gabriella comme jurée. Elle doit siéger au procès d’une jeune femme, Tina, accusée d’avoir tué son mari, Gino. L’accusée est en prison depuis trois ans...

Analyse et critique


Petite main des comédies italiennes, Marcello Fondato a débuté en tant que scénariste. Fidèle de Luigi Comencini (Femmes dangereuses, Les Surprises de l’amour, La Grande pagaille, Pour trois nuits d’amour, La Mia Signora, Une fille qui mène une vie de garçon), mais aussi collaborateur de Sergio Corbucci (I due marescialli), de Mario Bava (Les Trois visages de la peur, Six femmes pour l’assassin) et de Dino Risi (Les Complexés), il a aussi travaillé pour Totó (Totó diabolicus). C’est donc en professionnel de l’écriture scénaristique qu’il entame sa carrière de réalisateur. Lorsque sort, en 1975, Histoire d’aimer, il peut déjà s’appuyer sur deux grands succès populaires : Nini Tirebouchon (1970) et Attention, on va s’fâcher ! (1974). Pourtant, hormis ces deux œuvres, portées par les duos Bud Spencer / Terence Hill et Monica Vitti / Gastone Moschin, la renommée de Marcello Fondato reste plus que moyenne. Abusivement surnommé le "cinéaste des femmes", son intention est de dresser un portrait de la femme italienne des années 1970 (et donc, en creux, de l’homme italien).


Le projet - et donc le budget - est à la hauteur de l’ambition de Marcello Fondato : trois stars mondiales du cinéma italien (à savoir : Monica Vitti, Vittorio Gassman et Claudia Cardinale) sont approchées par Elio Scardamaglia. Claudia Cardinale, la première, accepte avec un enthousiasme très professionnel (comme toujours...). Pour Vittorio Gassman, ce fut plus compliqué : il ne voulait absolument pas être associé, de près ou de loin, à Monica Vitti, capricieuse et excentrique. On remodèle donc le scénario, changeant son personnage, modifiant les péripéties... et baissant même son cachet ! Un délire de stars italiennes ? Il faut savoir que Monica Vitti est alors au sommet de sa carrière, enchaînant les rôles et les grands réalisateurs : Michelangelo Antonioni (L’Avventura, La Notte, L’Eclisse, Le Désert rouge), qui est aussi son compagnon, Roger Vadim (Château en Suède), Ettore Scola (Drame de la jalousie)... Marcello Fondato, qui l’a déjà fait tourner cinq ans plus tôt dans Nini Tirebouchon, entretient des rapports exécrables avec elle. Il se vengera sur le plateau en faisant se multiplier les gifles et autres brutalités à destination de son personnage. C’est ce qu’on appelle une "vengeance d’ancien scénariste" !


Le caractère machiste de la société italienne est dès le départ exacerbé : Andrea Sansoni (Vittorio Gassman) traite sa femme, Gabriella Sansoni (Claudia Cardinale) comme une assistante de direction. En témoigne cet échange : « - Tu iras chez l’armurier puis chez le notaire et... - C’est pas juste ! Pourquoi c’est toi qui vas à la chasse et moi qui vais chercher le fusil ? - L’inverse serait prématuré, n’en déplaise à toutes les excitées du genre MILF. » Le système judiciaire, aussi, illustre le même travers : composé (quasi) exclusivement d’hommes, il porte sur les femmes un jugement qui n’a rien de juridique. Le tribunal - avec les audiences qui s’y tiennent - sera d’ailleurs le lieu d’où se construisent et s’étoffent les personnalités des protagonistes de l’histoire. On y découvre le couple Tina / Gino (Giancarlo Giannini), vulgaire à souhait, violent et débridé, ce qui, par un processus fantasmatique d’identification, permet  d’en savoir plus sur le couple Sansoni. C’est dans ce cadre procédurier que se joue la seule audace du film : Monica Vitti plaide face caméra et prend à parti le spectateur. C’est bien trouvé, mais cela ne donne guère d’épaisseur à l’ensemble, qui se contente de mettre en scène tous les travers de la société italienne : une justice moralisatrice, des relations humaines pulsionnelles et dégradantes, une violence symbolique exacerbée, une religiosité hypocrite, un racisme diffus. Bêtise et suffisance à tous les étages.


Malheureusement, Histoire d’aimer ne s’attaque jamais à un pan critique en particulier. La question des classes, par exemple, est relativement inaboutie. De-ci de-là, elle est traitée avec brio par Marcello Fondato, comme lorsque Tina explique, avec ses mots à elle, sa rencontre avec Gino (« Un vrai Mandrake ! »). Ou comme lorsque ce dernier déclame : « Allons, señorita, les années qui passent et qui s’évadent, on s’en tape, on se plait toujours ! » C’est d’ailleurs la question des rapports de classes qui précipite l’accident mortel : Gino n’accepte pas que Tina, fréquentant pourtant plusieurs amants, couche avec un bourgeois. On ne sait jamais vraiment comment Gino et Tina se placent sur l’échiquier social. Ils se contentent d’exprimer quelques fulgurances... avant de retomber dans un cynisme de bon aloi.

Histoire d’aimer ne brille donc ni formellement ni scénaristiquement. Marcello Fondato ne prend aucun risque, s’appuyant autant que faire se peut sur les qualités indéniables de son quatuor d’acteurs principaux. On se régale devant certaines scènes, mais on en ressort frustré. La faute à une histoire qui manque d’ampleur. Reste cette séquence où Claudia Cardinale fume une cigarette, pensive, en déshabillé noir... Cher payé !

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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 31 juillet 2017