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Critique de film
Le film

Henry, portrait d'un serial killer

(Henry, Portrait au a Serial Killer)

L'histoire

Henry (Michael Rooker) tue. Il rencontre Otis (Tom Towles), un dealer avec qui il se lie d’amitié. Il s’installe dans son appartement où vit également sa sœur Becky (Tracy Arnold). Henry raconte à Otis ses crimes et ce dernier devient son complice, jouissant par procuration des atrocités commises par le maniaque avant d’en devenir lui-même acteur...

Analyse et critique

John McNaughton, qui n'a alors à son actif qu'un unique documentaire (Dealers in Death), et Richard Fire, qui a un peu travaillé pour la télévision, avaient depuis longtemps l’envie de réaliser ensemble leur premier long métrage. Ils se voient proposer cent mille dollars par un producteur pour tourner un film à base de sexe et de violence. Ils acceptent la proposition et, cherchant maintenant une histoire, trouvent dans un documentaire consacré au serial killer Henry Lee Lucas le point de départ de ce qui va devenir Henry, Portrait of a Serial Killer. Un film de serial killer donc, mais qui prend le contrepied total des habituels films du genre, les auteurs détournant sciemment la commande qui leur a été donnée. Le principe fondateur du film est d’interdire au spectateur de prendre de la distance par rapport au sujet. La violence ne peut ici provoquer aucune jouissance chez lui, elle est vécue de manière frontale et ne peut que provoquer une réaction de dégoût et de malaise. Une scène est emblématique du projet de McNaughton et Price : nous voyons à l’écran une tuerie, image granuleuse et abjecte mais qui reste du domaine de la représentation. Puis la caméra recule et pivote, dévoilant que ce que nous regardions était une vidéo et que nous, spectateur, sommes en fait placés sur le canapé, entre Henry et Otis qui se rediffusent leur tuerie sanguinaire.

La vidéo a ainsi un rôle central dans le film. Henry et Otis se mettent à filmer leurs meurtres comme on réalise un "home movie", créant une proximité troublante avec notre quotidien. Des home movies dégénérés, dont l’image granuleuse, sous-exposée, sale, ramène à l’imagerie des snuff movies. Non pour dénoncer une fantasmatique industrie souterraine, mais pour se raccrocher à une esthétique pornographique. Celle-ci recouvre tout le film qui de ce fait, par sa matière même, possède une crudité, une authenticité profondément dérangeantes tout en dénonçant ce qui dans une industrie du X relève d’une exploitation du corps et du voyeurisme. McNaughton et Price dénoncent bien sûr notre goût pour le sang, les tortures, les tueries, ces pulsions malsaines qui nous poussent à nous distraire de la mort et de la violence, une jouissance rendue ailleurs possible par une distanciation qui nous est ici interdite. Leur démonstration est en outre particulièrement vicieuse, la mise en scène nous proposant Henry comme seul personnage auquel il est possible de se rattacher dans le film. Ils nous obligent ainsi à creuser au fond de nous-mêmes pour savoir ce qui peut rendre possible cette identification.

McNaughton évacue tout ce qui pourrait tenir de l’ordre du suspense ou du plaisir (morbide) du spectateur. Les meurtres surgissent brutalement, de manière absurde et arbitraire, sans que le cinéaste n’orchestre de montée d’angoisse, ne prépare le spectateur. Ces scènes de crimes sont rarement filmées (au moins la moitié de la quinzaine de meurtres se déroulent hors champ), et lorsqu’elles le sont c’est sans aucun effet de mise en scène. Il n’y a pas d’intrigue à proprement parler avec un inspecteur remontant la piste du criminel. Il n’y a pas d’explication, pas de justification apportée aux agissements de Henry. Même lorsqu’il raconte à Becky son traumatisme enfantin (sa mère prostituée l’obligeait à regarder ses ébats déguisé en petite fille), strictement rien ne vient étayer son histoire qui n’a pas plus de poids qu’une affabulation grotesque. Bref, il n’y a dans Henry, Portrait of a Serial Killer, rien de ce qui se fait habituellement dans le genre. Il ne reste donc qu’un mal complètement irrationnel, déconnecté de toute explication sociologique ou psychologique, un mal impossible à circonscrire et de ce fait particulièrement dérangeant. Il n’y a rien à quoi se raccrocher, et nous sommes directement confrontés à ces visions d’horreur transmises par une esthétique glauque, putride, une image au grain prononcé et aux couleurs fades, une musique synthétique déprimante. Il n’y a que Henry, occupant le centre du film, force noire qui nous aspire et nous retient prisonnier à ses côtés.

Henry, Portrait of a Serial Killer est un objet sensible, dérangeant, si bien qu’il mettra trois ans à sortir en salles aux États-Unis - en 1989 donc, assorti d’un classement X - et cinq ans avant de trouver un distributeur en France. Dans les deux pays, il devient cependant un grand succès de vidéoclub (le film étant produit par une société de distribution vidéo, il y a une logique à cela) et devient un film culte. A noter que le film mérite d’être revu, révélant une fois le choc de la première vision passé un côté très drôle, avec des personnages tellement horribles qu’ils en deviennent presque cartoonesques. Un humour macabre que l’on retrouvera dans le second film de John McNaughton, toujours écrit avec son complice Richard Price, The Borrower.

DANS LES SALLES

henry, portrait d'un serial killer

DISTRIBUTEUR : TANZI DISTRIBUTION
DATE DE SORTIE : 6 NOVEMBRE 2013

La Page du distributeur

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Olivier Bitoun - le 5 novembre 2013