Menu
Critique de film
Le film

Hardy papa

(One Too Many)

Partenariat

L'histoire


Dix courts métrages mettant en scène, très souvent dans un rôle secondaire, Oliver Hardy avant que ce dernier connaisse la gloire en s'associant avec son ami Stan Laurel. Cette sélection de petites films, tournés entre 1916 et 1927 pour des compagnies de production différentes, a plus une valeur historique qu'artistique car le talent burlesque déployé est assez inégal. Mais la naissance d'une légende (même amputée de son double indispensable) a de quoi éveiller la curiosité.

Analyse et critique

Avant de former avec Oliver Hardy le célèbre duo comique qui allait enchanter et faire rire à gorge déployée la planète entière, Stan Laurel fut un artiste du burlesque expérimenté qui sut donner pleine mesure de son talent comme concepteur de gags et réalisateur. Certains de ses courts métrages sont connus et heureusement visibles aujourd’hui, en particulier en DVD grâce à MK2. L’éditeur français remet aujourd’hui le couvert et se fait fort de traiter sur le même mode son fameux complice, le gros Ollie. Mais qui était donc Oliver Hardy ? En fait pas grand chose, serait-on presque tenté de dire, avant sa rencontre avec Laurel. Les deux hommes avaient des origines et des buts bien différents : Stan l’Anglais fut un enfant de la balle issu d’un milieu pauvre et avait toujours pour ambition d’être au cœur du processus créatif, Oliver l’Américain était issu des classes moyennes et désirait simplement se faire plaisir en jouant la comédie pour échapper à un monde triste. Hardy l’épicurien mena une existence paisible entièrement tournée vers le plaisir (avec un intérêt particulier pour le golf et les courses hippiques).

Norvell Hardy est né en 1892 à Harlem dans l’état de Géorgie dans une famille d’origine écossaise. Il n’eut pas la chance de réellement connaître son père qui décéda avant sa deuxième année. Il prit plus tard le prénom de ce dernier pour lui rendre hommage. Destiné à des études de droits, le jeune Oliver plutôt attiré vers le spectacle (à huit ans, il chantait déjà dans une troupe : les Ménestrels de Coburn), préféra s’aventurer sur les planches. Du théâtre, il passe au cinéma en 1913 pour tourner des petits courts métrages en Floride pour la Lubin Company. C’est là qu’il reçut le surnom de « Babe », en raison de son embonpoint, qui le poursuivra toute sa carrière. La Lubin ferme ses portes en 1915 et Hardy travaille successivement pour plusieurs petites structures de production (où il est le partenaire de vedettes locales comme Billy Ruge ou Kate Price). Il rejoint enfin la Californie en 1918 et se fait embaucher dans la puissante compagnie Vitagraph. Oliver travaille alors régulièrement avec Larry Semon, l’un des comédiens les plus en vue de la Vitagraph pour qui il sert de faire-valoir (ce fut le rôle attitré du gros Ollie avant de former son association avec Stan Laurel), d’autant qu’il est souvent cantonné à un rôle de méchant. 1925 est une année décisive : Hardy entre aux studios Hal Roach. Il débute sous la direction de… Laurel dans Yes, Yes, Nanette (visible dans le coffret DVD dédié à ce dernier). Hardy prend de l’assurance et mène une vie sentimentale agitée (il se marie plusieurs fois). Il bénéficie des talents de l’équipe pour incarner enfin des personnages plus variés, s’éloignant ainsi des sempiternels rôles de méchant de service. Il collabore fréquemment avec Charley Chase, autre star du studio. En 1927, Hal Roach aura cette idée de génie d’associer à l’écran Oliver Hardy et Stan Laurel pour former le duo dévastateur qui allait bientôt marquer l’histoire.

Modestement, Hardy a toujours accepté de se plier aux exigences artistiques de son compagnon. Sa seule et véritable ambition était de jouer la comédie et de jouir d’une vie de dilettante. Mais si Laurel fut véritablement l’âme du duo et sa cheville ouvrière, il ne donna jamais l’impression de supplanter Hardy à l’image. Dans leurs films, les deux compères sont traités sur un pied d’égalité. Hardy est l’éternel optimiste, toujours les pieds sur terre, qui commande l’éternel distrait Laurel, personnage lunaire dont la maladresse annihile tous les projets conçus par son camarade. La grande force de ce duo comique est cette opposition naturelle dans les buts poursuivis par chacun (mais peut-on vraiment parler de but pour Laurel ?) mêlée à un mouvement perpétuel des deux hommes selon une loi de l’action et de la réaction qui vire rapidement à la caricature par accumulation.

Mais qu’en était-il de Hardy avant cette formidable association ? La grande majorité des bobines dans lesquelles il apparût avant 1925 est perdue à tout jamais. Grâce au travail de recherche et de restauration entrepris par Lobster Films, nous avons la possibilité de découvrir "Babe" dans ses premiers faits de gloire, soit une dizaine de courts métrages. Malheureusement, l’on se rendra vite compte qu’Oliver Hardy sans le talent créatif de Laurel ne crève absolument pas l’écran. Il n’officie généralement qu’en tant que partenaire interchangeable pour tel ou tel comédien vedette. Pour autant, certaines de ses apparitions anticipent parfois le rôle qu’il tiendra à l’avenir aux côtés de Laurel, mais dans la plupart des cas il se fond plus ou moins dans l’équipe formée par les comédiens de second plan. Les courts métrages, eux-mêmes, pour la plupart d’entre eux, sont loin de dégager la force comique rencontrée chez d’autres maîtres du burlesque comme Harold Lloyd, Charley Bowers, Harry Langdon… ou Stan Laurel (on osera à peine mentionner les noms de Chaplin et Keaton car nous entrons là dans une autre dimension). Néanmoins, quelques uns de ces films proposent un spectacle fort plaisant devant lequel nous aurions le mauvais esprit de faire la fine bouche.

DVD 1

One Too Many (Hardy papa - 1916) (15’14’’)
Hardy doit emprunter femme et bébé pour recevoir son oncle qui le croit marié et père d’un enfant. Une course poursuite s’engage dans tout l’immeuble entre les résidents qui s’échangent les petites têtes blondes. On ne comprend pas toujours tout ce qui se passe sinon que tout le monde se retrouve dans le studio de Hardy à la fin du film. Ce court métrage ambitionne peut-être de déployer un humour corrosif mais les zygomatiques ont bien du mal à se réveiller. On dira que One Too Many a plutôt une valeur historique car il est l’un des rares premiers travaux du comédien qui ait échappé à la destruction.

The Sawmill (Zigoto bûcheron - 1921) 24’45’’)
La vedette du film est Larry Semon (connu sous le nom de Zigoto en France). Hardy interprète une brute épaisse, contremaître de la scierie dans laquelle travaille Semon qui joue au benêt de service. La visite quotidienne du patron de l’entreprise est propice à une avalanche de gags et de destructions massives (ce dernier en prend d’ailleurs plein la figure). Cascades sur des rondins, course poursuite presque ininterrompue, effets spéciaux étonnants avec un Larry Semon cascadeur casse-cou, naïf et crétin mais possédant un grand cœur. Le spectacle est très divertissant.

The Show (Zigoto garçon de théâtre - 1922) (25’37’’)
Oliver Hardy interprète le rôle d’un régisseur de théâtre et Larry Semon joue un accessoiriste idiot et gaffeur. Le spectacle se joue autant dans la salle que dans les coulisses. Les gags s’enchaînent sans réellement de continuité dramatique mais certains d’entre eux sont vraiment très drôles, voire même surprenants. Le rôle secondaire de Hardy amène toutefois la séquence finale assez délirante qui se révèle être un rêve de Larry Semon : une course poursuite entre un train et la police au cours de laquelle un Semon monté sur ressort fait acte d’héroïsme. Par moments, l’ombre de Keaton plane sur cette scène spectaculaire.

Isn’t Life Terrible ? (Quelle vie ! - 1925) (25’03’’)
Une production Hal Roach qui met en vedette le célèbre Charley Chase. Oliver Hardy joue le beau-frère paresseux et hypocondriaque de ce dernier. Chase a obtenu des billets gratuits pour une croisière en mer après avoir gagné le concours du meilleur vendeur de stylos. Il emmène sa petite famille sur un bateau dont l’incroyable vétusté est prétexte à l’accumulation de gags dévastateurs. Charley Chase est parfait dans le rôle d’un homme qui ne veut pas se laisser démonter devant les malheurs qui s’abattent sur lui et les siens. Le film manque parfois un peu de rythme mais la dynamique du burlesque fonctionne sans anicroches.

Should Sailors Marry ? (Le Mariage de Dudule - 1925) (17’59’’)
Une production Hal Roach avec Clyde Cook (au physique disgracieux) dans le rôle principal d’un marin revenu sur la terre ferme pour épouser une femme vénale encouragée par son ex mari lutteur qui exige d’elle une pension alimentaire. Oliver Hardy interprète un médecin travaillant pour une compagnie chargée de rédiger un contrat d’assurance vie pour l’infortuné matelot. La prestation de Hardy n’a aucun intérêt, de même que le film qui est rarement drôle, exception faite des pitreries finales sur le chantier d’un immeuble en construction.

DVD 2

Hop to It ! (Hardy Groom - 1925) (22’57’’)
Une production Arrows Pictures. Bobby Ray et Oliver Hardy interprètent deux grooms dont l'association tant sur le plan physique que sur le plan comique préfigure le duo Laurel & Hardy. Les deux comparses sèment la pagaille dans l’hôtel et se courent après l’un l’autre pour conserver l’argent dérobé à un gros client. Les gags sont souvent assez convenus mais font toujours leur petit effet.

Stick Around (Les Rois de la colle - 1925) (24’19’’)
Deuxième production Arrows Pictures présente sur ce DVD avec le tandem Bobby Ray / Oliver Hardy. Les deux compagnons, dont le premier est le souffre-douleur du second, sont deux artisans chargés de tapisser les murs d’un asile psychiatrique. Les gags, attendus, s’enchaînent sur un rythme grandissant surtout quand les malades hospitalisés et l’alcool interviennent dans l’aventure. Ce court métrage est bien supérieur au premier dans le domaine du burlesque. La ressemblance entre Ray et Laurel est assez frappante, même si le duo ici ne fonctionne pas exactement de la même manière en raison de la personnalité et du caractère propre à Bobby Ray.

Along Came Auntie (Deux maris, des soucis - 1926) (23’11’’)
Une production Hal Roach qui met en vedette Glenn Tryon dans le rôle du second mari d’une femme attendant d’hériter de sa richissime tante. Mais cette dernière, très conservatrice, ne doit pas savoir que sa nièce s’est remariée. Une aubaine : celle-ci a été obligée, pour des raisons financières, de prendre un locataire… qui n’est autre que son premier époux (joué par Oliver Hardy). La guerre entre les deux hommes commence. L’affaire se complique quand ils doivent jouer la comédie devant la tante un rien suspicieuse. Le film, peu original, se résume principalement à un combat physique entre les deux maris. La déception pointe assez vite, d’autant que Tryon est un comédien sans aucune enverguyre. Mais Hardy a un rôle conséquent.

45 Minutes From Hollywood (Scandale à Hollywood - 1926) (21’58’’)
Second court métrage avec Glenn Tryon contenu dans ce DVD. Un jeune homme accompagné de sa sœur et de son père (qu’il perd en route) arrive à Hollywood pour gagner de l’argent. Lors d’une visite de la ville, il est entraîné malgré lui dans la fuite d’un pilleur de banque déguisé en femme. Ils échouent dans un grand hôtel où les quiproquo s’enchaînent avec l’intervention du détective joué par Oliver Hardy. Ce film est assez plaisant même si son scénario suit toujours le schéma traditionnel de courses poursuites et de dégradations en tout genre. On notera l’utilisation de l’animation sur deux scènes et surtout le petit rôle de Stan Laurel (avec une moustache) sans que jamais il croise son futur partenaire Hardy.

Crazy to Act (L’Envers du cinéma - 1927) (25’40’’)
Il s’agit de la seule production Mack Sennett dans laquelle ait joué Oliver Hardy. Il interprète un millionnaire qui s’engage à faire d’une jeune femme, Ethel, une star de cinéma afin de l’épouser. Son entourage, une armée de bras cassés, se charge de composer l’équipe chargée de tourner le film. De son côté, l’acteur principal est amoureux d’Ethel et profite de la situation pour courtiser la belle au grand dam du "producteur" autoproclamé. Le résultat sera catastrophique. A la fois hommage au cinéma et parodie loufoque, ce court métrage jette un regard tendre sur Hollywood et ses petits artisans. Crazy to Act n’est pas un film hilarant mais son but semble avant tout de témoigner de l’affection pour l’usine à rêves. Ce en quoi il réussit parfaitement.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Ronny Chester - le 28 juin 2005