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Critique de film
Le film

Gun the Man Down

Partenariat

L'histoire

Matt Rankin (Robert J. Wilke) et ses deux complices, Ralph Farley (Don Megowan) et Rem Anderson (James Arness), s’apprêtent à aller exécuter un hold-up à Palace City. Janice (Angie Dickinson), la fiancée de Rem, est inquiète ; elle a peur de ne pas voir revenir son homme sain et sauf. Mais, faisant partie du gang, elle a l’habitude de ces attentes angoissantes. Le cambriolage a lieu mais ne se déroule pas comme prévu puisque Rem est grièvement blessé par balle et ne peut plus se déplacer. Les bandits arrivent néanmoins à rejoindre leur repaire, suivis d’assez près par les hommes du shérif. Plutôt que de s’encombrer du poids mort que constitue Rem, ses acolytes préfèrent le laisser tomber, embarquant de force sa compagne et s’enfuyant avec le butin. Rem est arrêté et emprisonné. Une année s’écoule, Rem a fini de purger sa peine. Il part alors à la recherche de ceux qui l’ont lâchement abandonné et les retrouve dans une petite ville de l’Arizona grâce à l’aide d’un ami, tueur à gages, l’inquiétant Billy Deal (Michael Emmet). Dans ce lieu, Rankin dirige le saloon avec l’aide de Farley et de Janice qui est devenue sa maîtresse. Farley est le premier à se trouver sur le chemin de Rem ; ils se battent violemment au milieu de la rue principale. Ce qui n’est pas du goût du shérif Morton (Emile Meyer) qui ne tolère pas que la quiétude de sa ville soit ainsi troublée. Mort de peur, Rankin décide d’acheter les services de Billy Deal afin qu’il se débarrasse de son rival et ennemi. Apprenant ce "meurtre prémédité", Janice va trouver son ex-fiancé pour s’excuser et le prévenir, mais ce dernier la repousse. Il est néanmoins sur ses gardes et va piéger lui-même celui qui était venu pour le tuer. Il se lance ensuite à la poursuite des trois "Judas" qui en avaient profité pour prendre à nouveau la fuite...

Analyse et critique

La fin de l’année 1956 marque les premiers pas dans l'univers westernien d’un réalisateur qui sera l’un des plus prolifiques dans le genre la décennie suivante, Andrew V. McLaglen. Le cinéaste sera également l’un des plus rentables et paradoxalement l’un des plus vilipendés par la critique (tout du moins française). A juste titre ? Ce n’est pas impossible, mais nous aurons bien d’autres occasions d’en parler. Quoi qu’il en soit et même s'il est permis de mettre en doute ses qualités artistiques, le succès de ses films auprès du public (notamment grâce à des castings souvent prestigieux) fait qu’il aura été malgré tout un réalisateur qui aura compté dans l’histoire du genre. Fils du comédien Victor McLaglen, Andrew a grandi sur les plateaux de cinéma et fut amené à fréquenter dès son plus jeune âge des célébrités tels que John Wayne et John Ford. Apprenant le métier sur les tournages du plus célèbre borgne de Hollywood (les admirateurs de McLaglen diront d’ailleurs de lui qu’il fut le fils spirituel de Ford), il fut ensuite réalisateur de seconde équipe puis assistant réalisateur de Budd Boetticher (La Dame et le toréador - Bullfighter and the Lady) ou de William Wellman (Track of the Cat). Il produisit avec John Wayne pour sa société Batjac le superbe 7 hommes à abattre (Seven Men From Now) de Budd Boetticher puis, sur les conseils de l’acteur, se lança la même année dans la réalisation avec ce petit western de série B, Gun the Man Down, dans lequel on retrouve un des acteurs de prédilection de John Ford, Harry Carey Jr. Avant d’entamer sa série de westerns à gros budgets dans les années 60, Andrew V. McLaglen se tournera d'abord surtout vers le petit écran pour lequel il mettra en scène d’innombrables épisodes des séries Perry Mason et Rawhide.

Un hold-up au cours duquel un des hors-la-loi est grièvement blessé, que ses complices décident d’abandonner ; un homme laissé pour mort mais qui refait son apparition alors que ses ex-complices (dont sa fiancée) ont entamé une nouvelle et coquette vie grâce au butin dévalisé ; un tueur à gages embauché pour se débarrasser de l’encombrant revenant... Rien de bien neuf ni de très original dans cette banale histoire de vengeance. Mais sachant que l’auteur du scénario n’est autre que Burt Kennedy, l’homme qui venait de signer pour son premier essai celui, splendide, de 7 hommes à abattre (Seven Men From Now) de Budd Boetticher, la confiance était de mise. Et effectivement, si l’intrigue n’est guère innovante, le scénario s’avère en revanche plutôt réussi, d’une écriture rigoureuse et efficace. On entre d’ailleurs directement dans le cœur de l’action, avant même que ne soit lancé le générique. La première image nous montre trois hors-la-loi autour d’un plan, en train de discuter des dernières mises au point d’un imminent hold-up. L’un d’entre eux fait ses adieux à sa fiancée qui, dès qu’ils ont franchi la porte, bouleversée par le départ de son bien-aimé, renverse maladroitement de l’encre sur le plan encore étalé sur la table. Cette tache épaisse et noirâtre qui se répand sur le dessin des lieux du méfait nous fait penser à une mare de sang, et l’on devine d’emblée que le cambriolage va mal se dérouler. Ce que vient entériner l’inquiétante et très belle musique de Henry Vars (compositeur trop méconnu qui avait déjà accouché de la superbe partition pour Seven Men From Now, western dont on entend beaucoup parler ici puisque ce n'était autre que la précédente production Batjac avec quasiment la même équipe artistique) qui peut alors s’élever avec ampleur en même temps que débute le générique. Et en effet, les premiers plans qui suivent viennent nous confirmer cette appréhension : un des hommes se fait blesser !

En quelques plans parfaitement montés, on assiste au vol, à la blessure, à la fuite et à la poursuite. En à peine trois minutes, par l’intermédiaire d’une utilisation parfaitement maitrisée de l’ellipse et du hors-champ, et grâce à l’ascèse des dialogues, Burt Kennedy et Andrew V. McLaglen nous présentent tous les enjeux dramatiques qui vont suivre en même temps qu’ils tracent le portrait de quatre des principaux personnages, ceux des hors-la-loi. Les trois autres seront le tueur à gages ainsi que les deux hommes de loi. Burt Kennedy n’a pas son pareil pour écrire des histoires simples avec très peu de protagonistes, préférant d’ailleurs s’appesantir davantage sur les relations entre ces derniers que sur l’action proprement dite. Il le prouve à nouveau ici. Le casting étant parfaitement bien choisi, le film se suit sans ennui du début à la fin même si l'on imagine le résultat s'il avait été mis en scène par un réalisateur parfaitement rôdé à l’ascétisme et à ce genre d’intrigues minimalistes ; je pense avant tout une fois encore à Budd Boetticher qui le prouvera d'ailleurs avec les autres titres de sa fameuse collaboration avec Randolph Scott. Mais n’accablons pas plus Andrew V. McLaglen qui se révèle d’emblée très professionnel et très efficace. Il nous délivre pour son premier film un exercice de style assez gratifiant pour le spectateur, parfois au bord du maniérisme mais sans jamais y plonger grâce en premier lieu à la beauté de la composition, des cadrages et de la photographie de William Clothier, aussi doué pour le noir et blanc que pour la couleur (Track of the Cat , 7 hommes à abattre). La séquence très étirée de la recherche en ville de Rem par le "tueur aux éperons bruyants" est typique de la tendance du cinéaste à vouloir prendre la pose, ces quelques affèteries étant heureusement gommées par le fabuleux travail du chef-opérateur. La volonté de n’éclairer qu’un minimum les séquences nocturnes donne aussi une touche de réalisme supplémentaire, ce qui change des nuits américaines qui ont souvent très mal vieilli. Plastiquement, ce film à très petit budget se révèle donc très beau d’autant que les paysages et les décors de la ville sont assez inhabituels (ou, pour être plus justeu filmés sous des angles assez nouveaux avec de nombreuses plongées et contre-plongées) ; il suffit de voir la traversée d’un champs de fleurs par un cavalier, l'arrivée de Rem dans la ville par les collines surplombantes ou la vue plongeante à l’intérieur du saloon pour s’en convaincre.

Beauté de la photographie, ampleur de la musique, efficacité de la mise en scène, rigueur de l’écriture, etc., le tout au service d’une brochette de personnages pour certains fortement attachants ou au contraire effrayants. Parmi ces derniers un Robert J. Wilke que nous sommes contents de retrouver dans un rôle plus étoffé qu’à l’accoutumée, mais surtout Michael Emmet (acteur de télévision dans un de ses uniques rôles pour le cinéma) dans la peau du tueur à gages, ami de celui qu’il doit abattre. Son rictus, ses mimiques, sa démarche et ses gestes font de son personnage un bad guy assez mémorable. Don Megowan et James Arness, deux géants d’Hollywood par la carrure et la taille, nous offrent un combat à poings nus très brutal et sèchement teigneux, mais n’en délivrent pas moins des interprétations convenables, tout comme Angie Dickinson dans un de ses premiers rôles d’importance (à noter que les auteurs n’ont pour une fois pas misé sur sa plastique puisque ses jambes seront constamment couvertes). Restent les deux personnages les plus sympathiques du film, à savoir le shérif placide et son adjoint naïf, respectivement interprétés par Emile Meyer et Harry Carey Jr. Les relations qui les unissent sont assez originales, le vieil homme couvant son adjoint comme s’il s’était agi de son fils, lui demandant d’aller pêcher pour l’éloigner de la ville lorsqu’il sent que le coin va devenir dangereux. Que ce soit pour ces deux hommes de loi ou pour le personnage joué par James Arness, la dernière séquence va d’ailleurs à l’encontre de ce que l’on pouvait attendre d'eux, finissant de faire de Gun the Man down une jolie surprise, finalement beaucoup moins sombre et violente qu'on aurait pu l'imaginer au départ au vu de son sujet, même si les morts seront nombreux comparativement au nombre de personnages mis en scène.

Le faible budget du film semble avoir stimulé l’imagination du réalisateur qui ne retrouvera peut-être jamais ce niveau par la suite. Gun the Man down est une modeste mais sympathique réussite, sans beaucoup d’action mais avec suffisamment de tension et de suspense pour nous tenir en haleine jusqu’au bout. Pour l’anecdote et pour en revenir à l’acteur principal du film : grâce à sa rencontre avec John Wayne, James Arness (le frère aîné de Peter Graves) trouvera le rôle de sa carrière ; ce sera Matt Dillon, le Marshall de Gunsmoke dans la série westernienne homonyme, la plus longue qui ait jamais été produite pusique elle a perduré vingt ans au travers de plus de 600 épisodes.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 6 septembre 2013