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Critique de film
Le film

Général Idi Amin Dada: Autoportrait


L'histoire

Général Idi Amin Dada, Autoportrait : 1974. Dirigeant de l’Ouganda, le général putschiste Amin Dada est suivi par une équipe de cinéma ; au fil de l’interview, il montre son pays, discute politique étrangère, révèle les idées les plus folles...

Analyse et critique

Général Idi Amin Dada, Autoportrait est un film piège, et même son titre est un semi mensonge. Conçu à l’origine comme un épisode d’une série de documentaires sur les chefs d’Etat à destination de la télévision, il était dès le départ destiné à devenir bien plus : Schroeder caressait en effet l’ambition de réaliser un long-métrage exploitable en salles, pour peu que le matériel recueilli soit suffisant – si tel n’avait pas été cas, il serait resté sous son format de 52 minutes, par ailleurs la version présentée à Amin Dada. Mais le cinéaste fut comblé au-delà de ses espérances.

Son principe de travail est ‘simple’ : laisser le dictateur maître à bord du tournage. C’est en effet Amin Dada qui décide seul des endroits à visiter – Barbet Schroeder a seulement dû insister pour filmer le conseil des ministres -, des lieux à montrer, et surtout c’est lui qui donne les indications au caméraman ; il devient donc metteur en scène de son propre film, et par conséquent auteur involontaire de sa propre critique. Barbet Schroeder le laisse petit à petit s’enfoncer dans l’horreur de ses propos. La dénonciation est subtile : Amin Dada donne de lui l’image d’un homme jovial, et affable ; et c’est justement ce rire radieux qui lui sert de réponse quand on lui demande s’il a vraiment dit que « l’erreur d’Hitler est de ne pas avoir tué assez de Juifs » qui terrifie. C’est aussi en observant les gestes et attitudes de son entourage que l’on comprend la terreur qu’il fait régner – voir la séquence où il critique l’action de l’un de ses ministres ; on apprendra plus tard que le corps de celui-ci a été retrouvé dans un fleuve. Idi Amin Dada utilisait souvent les crocodiles pour régler les affaires courantes…

On suit donc le portrait de ce dictateur ubuesque et sanguinaire, autoproclamé ‘Dernier Roi d’Ecosse’, partagé entre la consternation et l’effroi. Barbet Schroeder a néanmoins parfois recours au montage afin de recadrer son propos : il n’omet pas par exemple d’ouvrir son film sur une exécution capitale, image insoutenable qui obsédera le spectateur qui risquerait de ne voir en Amin Dada qu’un bouffon futile. Bouffon tragique plus exactement, et la conclusion nous rappelle qu’il est peut-être plus proche de nous qu’on ne voudrait le croire.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Franck Suzanne - le 16 octobre 2006