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Critique de film
Le film

Fureur sur l'Oklahoma

(The Oklahoman)

Partenariat

L'histoire

1870. Alors qu’il se dirigeait vers la Californie pour s’y installer et exercer, le docteur John Brighton (Joel McCrea) décide de stopper son voyage à Cherokee Wells dans l’Oklahoma. En effet, il vient de perdre sa femme en couches et n’a plus la volonté de poursuivre son chemin. Il prend la décision de rester sur place avec son nouveau-né  qu’il prénomme Louise comme son épouse défunte. La veuve Fitzgerald (Esther Dale) leur offre l’hospitalité et prend en charge l’éducation de la petite fille. Cinq ans ont passé et le docteur s’est attiré la sympathie de tous les habitants de la petite ville. Il est même courtisé par deux femmes en même temps : sa voisine, la jolie Anne Barnes (Barbara Hale), jeune veuve vivant aux côtés de sa mère et qui dirige l'une des grosses propriétés de la région, ainsi que Maria (Gloria Talbott), une jeune Indienne de 18 ans venue élever sa fille après que Mme Fitzgerald est décédée. Son doux quotidien va prendre fin le jour où Charlie (Michael Pate), le père de Maria, tue un homme en état de légitime défense. Mel, la victime, n’était autre qu’un des frères Dobie, de puissants propriétaires terriens prêts à tout pour s’accaparer les domaines alentours depuis qu’ils ont décelé sans l’ébruiter la présence de pétrole dans le sous-sol. Ce jour là, Mel était justement venu sur les terres de l’Indien civilisé pour vérifier l’existence de l’or noir dans un de ses points d’eau ; surpris par Charlie, il avait tenté de l’éliminer. Le docteur qui a décidé de prendre la défense de Charlie, injustement accusé de meurtre, va devoir se confronter au frère survivant, l’impitoyable Cass (Brad Dexter), ainsi qu’à quasiment tous les habitants de la petite bourgade qui lui demandent de ne pas se mêler de cette affaire et de laisser le jury décider. Persuadé de l’innocence du père de Maria, n’écoutant que son bon cœur, Brighton se jette néanmoins tête baissée dans son enquête...

Analyse et critique

Ce film de Francis D. Lyon n’est franchement guère enthousiasmant, tout aussi fade qu’un western précédent en Cinémascope couleur ayant un médecin pour personnage principal, Une Étrangère dans la ville (Strange Lady in Town), le féminisme de ce dernier étant remplacé ici par l’antiracisme pour continuer à faire bonne figure. J’aurais d’ailleurs pu affirmer à propos de The Oklahoman exactement la même chose à la virgule près (en remplaçant Greer Garson par Joel McCrea) que ce que j'ai écrit sur le western de Mervyn LeRoy : "Le film aurait pu éventuellement donner lieu à une chronique villageoise à la façon de Stars in My Crown de Jacques Tourneur mais ce n’est même pas réussi à ce niveau non plus, les auteurs ayant surtout centré leur histoire sur Greer Garson qui, impassible, passe tous les obstacles avec un calme olympien au travers d’une suite de séquences s’éternisant plus que de coutume. L’actrice est loin d’être mauvaise mais ce que le scénariste donne à faire à son personnage ne s'avère guère captivant." Francis D. Lyon avait tourné l’année précédente L’Infernale poursuite (The Great Locomotive Chase), un western familial pour les studios Disney avec dans le rôle principal leur vedette d’alors, Fess "Davy Crockett" Parker ; ce Fureur dans l’Oklahoma était sa deuxième incursion dans le genre. Avant de passer à la réalisation, Lyon avait surtout été connu pour avoir obtenu un Oscar en collaboration avec Robert Parrish pour le montage de Body and Soul (Sang et or) de Robert Rossen. En tant que cinéaste, aucun de ses films ne sera passé à la postérité ; et pour cause : il n'y a vraiment rien d’enthousiasmant dans tout ce que j’ai pu voir de lui jusqu’à présent.

Le discret Joel McCrea est à nouveau en tête d’affiche d’un western dont l’action est réduite à portion congrue ; certains furent mémorables comme, peu de temps auparavant, Un jeu risqué (Wichita) de Jacques Tourneur. Dans Fureur sur l’Oklahoma (encore un titre français honteusement mensonger tellement le film est dépourvu de fureur), il interprète une fois encore un homme doux, affable, paisible et non violent, d’une probité à toute épreuve ; un homme sans aucun défaut dans sa cuirasse, un véritable héros qui ne s’en laisse pas compter et qui ira jusqu’au bout de son idée malgré les conseils de prudence des uns et des autres. Mais hormis le fait d'être un homme bon, son personnage reste assez terne, tout comme l’ensemble du scénario totalement conventionnel, ses enjeux dramatiques étant tous attiédis par une écriture sans puissance, témoin ce final vite expédié, pour ne pas dire bâclé, là où nous étions en droit d’attendre un climax un peu plus ample et tendu. Justement, de la tension et de l’émotion, il n’y en a quasiment pas alors qu’au vu de l’intrigue (un homme luttant seul contre tous pour sauver le vie d’un autre - indien qui plus est - qu’il estime injustement accusé), nous pouvions largement compter dessus. Et d’ailleurs, avant Francis D. Lyon, de nombreux réalisateurs ne s’étaient pas privés de mettre en scène des histoires quasi similaires avec bien plus de talent et d’efficacité. Si la partie "chronique" avait été réussie, nous n’aurions pas tenu rigueur au film d’un tel manque de robustesse ; mais même ce côté "vie quotidienne d’une petite ville de l’Ouest" n’est pas vraiment bien exploité. On a beaucoup de mal à sentir vivre cette cité et ces habitants ; tout et tous au contraire semblent inertes, à l’image de certains décors intérieurs comme celui du saloon complètement toc et aseptisé.

Ce n’est pas que le film soit franchement mauvais ; il est surtout sans aucune saveur et mené sans aucun entrain ! Et c’est d’autant plus dommageable qu’il possédait de nombreux atouts intéressants, à commencer par le fait que les gros propriétaires ne se battent plus pour du bétail mais pour du pétrole. L’année précédente, George Stevens avait réalisé Géant et le western n’allait pas tarder à s’engouffrer dans cette brèche. Francis D. Lyon fut l'un des premiers à aborder ce nouveau "problème" pour les ranchers, Richard Bartlett n’allait pas tarder à lui emboiter le pas avec un western d’une toute autre trempe, qui raconte l'histoire d'un Indien lui aussi victime de cette bataille pour l’or noir, le splendide Joe Dakota. Mais n’anticipons pas ! Le script de Daniel B. Ullman (auteur entre autres du superbe Wichita déjà cité plus haut) proposait également un quatuor de femmes dans les rôles principaux, deux jeunes femmes et deux personnes âgées. Seulement, le moins que l’on puisse dire est que ces personnages féminins ne sont guère inoubliables et qu’il n’existe aucune alchimie entre Joel McCrea et les jeunes comédiennes lui tournant autour ; du coup les romances sont aussi peu convaincantes que le reste. Seule Verna Felton sort du lot dans la peau de la mère de Barbara Hale : une veille dame qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui n’a pas froid aux yeux ; c’est elle qui bénéficiera d’ailleurs des lignes de dialogues les plus réjouissantes. Et puis une fois encore, les auteurs prennent fait et cause pour les Indiens qui sont ici tous civilisés, puisque parfaitement intégrés, mais qui malgré cela inspirent toujours de la méfiance au regard de la violence des guerres indiennes toujours bien ancrées dans les mémoires.

Un quatuor de femmes, l’apparition du pétrole comme richesse semeuse de troubles, un antiracisme respectable, un véritable sens de l’honneur de la part d’un héros se positionnant contre l’injustice et prônant l’égalité des droits pour tous les citoyens qu’ils soient blancs ou indiens : des pistes intéressantes qui n’aboutissent donc malheureusement à pas grand-chose. Reste une estimable performance de Joel McCrea qui ne nous surprend guère néanmoins, un Brad Dexter désagréable à souhait (il sera le 7ème mercenaire de John Sturges, celui dont tout le monde oublie le nom lorsqu’il s’agit de tous les citer), une plaisante musique de Hans J. Salter (toutefois moins inspiré que lorsqu'il officiait chez Universal), un bon duel final et quelques beaux paysages dont les immenses étendues herbeuses de l’Oklahoma, mais dans un ensemble mou, lent, bavard et rarement captivant, d’autant que la mise en scène n’est ni innovante ni vigoureuse, témoin la bagarre à poings nus entre Brad Dexter et Joel McCrea totalement cotonneuse. Il y avait un bon potentiel de départ malheureusement sous-exploité dans ce western totalement inoffensif qui n'a pas bénéficié d'un budget important même si on a voulu le faire passer pour un western de prestige avec son format Cinémascope. Néanmoins, The Oklahoman pourrait plaire lors d'un après-midi pluvieux.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 12 mai 2018