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Critique de film
Le film

Frankenstein, la véritable histoire

(Frankenstein : The True Story)

L'histoire

Suite à la mort de son frère, Victor Frankenstein en veut à Dieu. Étudiant en médecine, il s’appuie sur les travaux du Dr Clerval qui, à partir des cadavres de plusieurs ouvriers accidentellement tués, fabrique un homme nouveau, supérieur à tous les autres. Mais ses travaux prennent vite une tournure cauchemardesque...

Analyse et critique


Théâtre, bande dessinée, émission radiophonique, télévision et cinéma : le roman de Mary Shelley s’est décliné sous les formes les plus diverses. Pourtant, c’est véritablement avec ces deux derniers médias qu’il s’est véritablement popularisé. Si l’on retient un premier essai (raté) en 1910, via James Searle Dawley, c’est clairement les trois productions avec Boris Karloff dans le rôle du Monstre qui sont passées dans la mémoire commune : Frankenstein (James Whale, 1931), La Fiancée de Frankenstein (James Whale, 1935) et Le Fils de Frankenstein (Rowland V. Lee, 1939). (1) C’est la période Universal de Frankenstein. Ensuite, on peut penser à la période Hammer : le trio Terence Fisher / Peter Cushing / Christopher Lee. Une patte plus « britannique », moins hollywoodienne. Nous savons tout cela. Mais qui connaît les remakes, les pastiches, les modes ? Tout au juste nous rappelons-nous la formidable adaptation de Kenneth Branagh en 1994. Pourtant, dans les années 1970, la National Broadcasting Company (NBC), forte de son expérience radiophonique, décide de confier à Jack Smight un téléfilm fidèle au récit. Le projet est simple : deux épisodes d’une heure et demie, basés sur une lecture stricte du roman. Pari réussi, mais en demi-teinte néanmoins : comme nous le verrons, ce qui versait dans le classicisme le plus onctueux sombre dans l’improvisation et le parti pris.


Au niveau de la distribution, nous sommes servis. C’est du grand art. James Mason, bien sûr, qui interprète le Dr Polidori, ce scientifique qui, sous une apparence docte et mesurée, est un psychopathe amoral et égocentrique (ce qui va de soi). Outre qu’il surjoue à merveille les belles personnes et les caractères établis, on s’amuse de le voir monter en puissance, pour le meilleur comme pour le pire, tout au long de ce programme de trois heures. Jane Seymour, quant à elle, joue un double rôle : ambivalente, elle ne parvient néanmoins jamais à sortir d’un personnage convenu. Leonard Whiting, parlons-en : presque toujours à l’écran, il surfe sur sa performance (moins étincelante) de Roméo dans le mythique Roméo et Juliette de Franco Zeffirelli. Malheureusement, parallèlement à la place que prend James Mason dans la seconde partie de l’histoire, il s’éteint. Il s’éteint, tout comme sa carrière... Parlons du Monstre : Michael Sarrazin. Là, c’est intéressant. Il faut savoir que cet acteur a été le second rôle dans On achève bien les chevaux (Sydney Pollack, 1969)... et c’est presque tout. C’est étrange, parce que sa manière, toute particulière à Frankenstein, la véritable histoire, dénote une vraie maîtrise scénique. Il fait donc partie de ces espoirs tombés dans l’oubli.


Nous en arrivons donc à l’aspect particulier de l’oeuvre de Jack Smight, à savoir : la relation homosexuelle (2) supposée entre Frankenstein et le Monstre. Subversif, pour l’époque, isn't it ? Supposée parce que déduite : le Monstre est un mignon, qui apprend des « tours » ne faisant rire que Victor. Un côté chien savant, le rapport au corps en plus. Dans la première partie du film, l’esthétique du Monstre est sublimée, et la dégradation de son épiderme, très bien restituée par l’équipe en charge du maquillage. Pourtant, les premières minutes étaient très classiques : Victor Frankenstein fiancé, un tension entre l’idéal romantique et l’idéal corporel, un corset religieux très prégnant (et l’attitude très conflictuelle avec l’Église), l’opposition entre conservatisme et intuitions scientifiques... À des ambiguïtés érotiques répondent des libertés avec le roman : notamment l’abandon du seul élément électrique pour donner vie au Monstre, mais l’incorporation du solaire. Solaire qui « réveille » les organes, bras et jambes, et qui rappelle la vision machiavélienne des rapports de force : utiliser au maximum la Nature pour pallier les désavantages de l’Humain.


On l’aura compris, la seconde partie du téléfilm est moins puissante que la première. Les rapports de sexe sont plus affirmés, et paradoxalement tout est moins trouble. Nous tombons dans une interprétation convenue, ce qui induit une hiérarchisation des compositions. Même l’esthétique victorienne en pâtit : c’est plat, c’est redondant et c’est, surtout, dans l’air du temps. Par exemple, la résurrection d’Agatha / Prima (Jane Seymour) est absolument pop. Risible, donc. Heureusement, les dernières scènes sont grandioses : « Have you punished me enough to give you life ? » Formidable conclusion, qui arrive un peu trop tard...

Pour conclure, cette adaptation télévisuelle de Frankenstein est excellente. Que ce soit artistiquement, scénaristiquement ou photographiquement, Jack Smight a excellemment mené sa barque. Très bon téléfilm, Frankenstein, la véritable histoire a le mérite d’en revenir aux sources du récit. Une interprétation impeccables, malgré certaines tentatives inabouties et incongrues, pourront bouleverser l’ensemble, mais le résultat vaut le coup. Merci donc aux Trésors du fantastique de nous avoir proposé cela.


(1) Mettons de côté le Frankenstein 1970 (Howard W. Koch, 1958), qui est une catastrophe.
(2) Nécrophile, en fait.

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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 18 avril 2019