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Critique de film
Le film

Feu sans sommation

(The Quick Gun)

L'histoire

Après deux ans d’absence, Clint Cooper (Audie Murphy) revient dans sa petite ville natale de Shelby. Il l’avait fuie après avoir tué en état de légitime défense les fils du rancher Morrison. Il compte désormais s’y installer de nouveau pour refaire sa vie, espérant dans le même temps que Helen (Merry Anders), sa fiancée de l’époque, acceptera de vivre avec lui. En chemin il est arrêté par une vieille connaissance, le dangereux bandit Jud Spangler (Ted de Corsia), qui lui demande de se joindre à sa bande pour mettre la ville à sac et surtout piller la banque où se trouve tout l’argent des éleveurs de la région. Cooper décline la proposition et doit vite fausser compagnie au gang afin de ne pas être assassiné ; en effet, il est devenu un témoin gênant. Froidement reçu à Shelby en raison de son passé d’as de la gâchette et du drame jadis provoqué, Clint prévient néanmoins ses concitoyens de l’imminence du danger et demande à son ex-meilleur ami, le shérif Scotty (James Best), d’organiser la défense de sa cité. Comme si l’arrivée de Spangler ne suffisait pas, Clint apprend non seulement que le père Morrison souhaite venger la mort de ses fils en tentant de le tuer par tous les moyens mais aussi que Helen doit épouser Scotty...

Analyse et critique

Un passé de tueur que n’arrivent pas à digérer ses concitoyens, une fiancée qui durant son absence s’est promise à son meilleur ami, un père de famille qui ne cherche qu’à le tuer pour se venger de la disparition de ses fils, une bande de dangereux malfaiteurs qui non seulement veut raser sa ville natale mais également le faire passer de vie à trépas, voici tous les imbroglios que va devoir gérer en même temps le personnage interprété dans Feu sans sommation par Audie Murphy ! [ATTENTION, SPOILERS à partir d’ici et dans les paragraphes suivants] Et l’on devine par avance qu’il va non seulement arriver à se dépatouiller sans problème de cette imbrication de situations dramatiques, dangereuses et a priori inextricables, mais également réussir à convoler avec la belle jeune femme à la toute dernière minute de ce troisième western qu’il tourna en cette année 1964 - avec La Fureur des Apaches (Apache Rifles) de William Witney et La Patrouille de la violence (Bullet for a Badman) de R.G. Springsteen. Rien de bien nouveau ni pour le western ni pour le comédien principal, qui doit jouer une fois encore un gunfighter ayant décidé de se ranger et de refaire sa vie après s’être racheté une conduite en défendant sa ville malgré l’hostilité de ses concitoyens à son égard.

Il s’agit de la troisième version de cette histoire de Steve Fisher après le très bon Top Gun de Ray Nazarro en 1955 avec Sterling Hayden ainsi que Noose for a Gunman de Edward L. Cahn en 1960, dans lequel Ted De Corsia tenait déjà le rôle de l’impitoyable et immonde chef des brigands qui lui vaudra dans le western de Salkow de voler la vedette à ses partenaires par un cabotinage certes éhonté mais qui finit par rendre son personnage haut en couleurs parfois effrayant, surtout dans la seconde partie du film lorsqu’il se rend maître de la ville après avoir fait table rase de presque tous ses habitants masculins. Au vu des commentaires exécrables lus sur Imdb et au souvenir de quelques-uns des précédents et minables westerns de Sidney Salkow (The Iron Sheriff), autant dire que je n’attendais pas grand-chose de cette série B effectivement démodée, tardive et fauchée. C’était sans compter sur la solidité d’une histoire bien charpentée, sur un travail correct et efficace au niveau de la mise en scène, ainsi que sur un Audie Murphy dont on ne dira jamais assez à quel point il semblait parfaitement à son aise en tenue d’homme de l’Ouest, sa face poupine et sa petite taille ne l’empêchant pas d’être à la fois charismatique et attachant. Ici, très sobre et constamment juste, il équilibre une nouvelle fois la balance face à un pittoresque et inquiétant Ted de Corsia. Et surtout grâce à lui, on suit ce western certes conventionnel et un peu pantouflard sans la moindre seconde d’ennui.

Parmi le reste du casting, aux côtés d’un Audie Murphy en fin de carrière mais au visage ne prenant étonnement aucunes rides, on a la belle surprise que de retrouver un James Best - parfois assez pénible comme dans Le Gaucher (The Left Handed Gun) d'Arthur Penn - tout à fait convaincant dans le rôle du jeune et probe shérif, à la fois meilleur ami et rival en amour de Murphy, un homme qui fera également preuve de beaucoup courage au point d’en succomber. Le scénariste lui octroie un personnage aux réactions d’une belle dignité et d’une belle intelligence, par exemple lorsqu’il accepte avec compréhension que sa future épouse décide de faire machine arrière après avoir constaté qu’elle était toujours amoureuse de son ami. Helen, une jeune et jolie institutrice tiraillée entre deux hommes tout autant épris d’elle, est plutôt bien campée par une charmante Merry Anders, loin d’être aussi mauvaise que j’ai pu le lire à droite à gauche. Walter Sande, dans la peau du père rendu fou de rage depuis la mort de ses fils, ne s’en tire pas trop mal lui non plus.

Étudiant à Columbia University puis à Harvard, Sidney Salkow débuta dans le théâtre en tant qu’assistant metteur en scène avant d’atterrir à Hollywood où il commença sa carrière comme dialoguiste ; il ne serait d’ailleurs pas étonnant qu’il ait signé quelques répliques cinglantes de son western (« Too bad Clint isn't married to the princess. She's make a fine lookin' widow ! » ; « You really work hard at hating, don't you ? » ; « I'm kind of against dying ! »). Salkow fut ensuite un prolifique réalisateur, sa filmographie ne comptant pas moins d’une cinquantaine de films dont l’intéressant Sitting Bull qui, malgré de nombreuses maladresses, se rattrapait grâce à sa sincérité et à l’humanisme de son propos. Sidney Salkow dirigea aussi et surtout de nombreux épisodes de séries télévisées comme Lassie, The Cisko Kid ou La Famille Addams. Et d’ailleurs, son Feu sans sommation ressemble bien plus par son esthétique assez pauvre à un épisode étiré de série télévisée qu’à un film de cinéma. Mais l’ensemble des équipes accomplissant correctement son travail, le résultat est loin d’être désagréable à condition bien évidemment d’apprécier ce genre de séries B aux décors minimalistes, aux personnages toujours tirés à quatre épingles et aux situations déjà vues et revues... Les amateurs d’action n’ont pas été oubliés, d’autant que les fusillades sont nombreuses et que les morts tombent comme des mouches. Si les deux combats à poings nus s’avèrent assez maladroitement filmés - bien moins énergiques que dans la plupart des autres films avec Audie Murphy -, malgré de bonnes idées comme celle de faire se battre les ennemis avec des crocs de boucher, les séquences de course-poursuite ou celle de l’attaque nocturne de la ville s'avèrent au contraire dans l’ensemble plutôt efficaces.

Un scénario attendu mais efficace qui fait que l’attention ne se relâche que rarement, des paysages plutôt joliment photographiés, des dialogues assez "punchy", une interprétation correcte, une musique de Richard LaSalle agréable et vite entêtante... Si l'ensemble est certes inégal, un peu vieillot (surtout pour un film de 1964) et souffre d’un manque certain d’inventivité et de tension, The Quick Gun se situe néanmoins selon moi dans la bonne moyenne des séries B westerniennes, un divertissement décent et loin d’être désagréable. Aussitôt vu (et apprécié ou non) aussitôt oublié, mais c’était le lot d’un maximum de films de ce genre.
A évidemment ne conseiller qu’aux amateurs purs et durs !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 18 juin 2016