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Critique de film
Le film

Duel sans merci

(The Duel at Silver Creek)

L'histoire

De dangereux bandits menés par Rod Lacy (Gerald Mohr) sévissent dans la région. Sous la menace, ils forcent les mineurs sans défense à céder leur concession avant de les tuer pour ne pas laisser de témoins de leurs exactions. Le père du jeune Luke Cromwell (Audie Murphy) meurt ainsi alors que son fils allait justement porter à la ville les fruits de leur découverte. De son côté, à Silver City, ayant trouvé une piste, le Marshall 'Lightning' Tyrone (Stephen McNally) part à la poursuite du même gang. Mais, alors qu’il va les appréhender, il se fait blesser à la main et est rapatrié dans un fort afin d’y être soigné. Il se trouve qu’on y amène aussi un autre blessé témoin des agissements des tueurs et ayant pu voir leurs visages. Avant qu’il ne puisse parler, une jeune et jolie femme, Opale (Faith Domergue), se faisant passer pour une infirmière, l’étrangle. De retour dans sa ville, le Marshall apprend que son vieil adjoint et ami a été tué d’une balle dans le dos. Après avoir soupçonné un nouvel arrivant se faisant appeler 'Silver Kid', il comprend son erreur après que ce dernier lui ait expliqué qu’il n’est autre que Luke Cromwell, à la recherche lui aussi des assassins de son père. Ne pouvant plus se servir de sa main blessée et connaissant de réputation la grande habileté au tir de ‘Silver Kid’, il fait de lui son nouvel adjoint. Pas besoin de chercher le gang bien loin car, sous couvert d’honorabilité, il se cache au sein même de la ville : Rod Lacy et sa 'sœur' Opale y tiennent une échoppe. Opale (en fait la petite amie et associée de Rod) use de ses pouvoirs de séduction à l’encontre du Marshall afin de mieux le faire tomber dans des guet-apens mais le Kid veille. Après d’innombrables péripéties et morts violentes, nos deux valeureux héros finiront par mettre fin aux agissements des voleurs de concessions au cours d’un ‘Gunfight’ au milieu des rochers de Silver Creek.

Analyse et critique

Efficacité, efficacité et efficacité, voici les maîtres mots de cette série B remuante et violente. Même si le scénario de Gérald Drayson Adams ne s'avère pas bien fameux, lorgnant avant tout sur le Serial, la mise en scène d'un nouveau venu dans le genre, Don Siegel, s'avère d'une rare vigueur.

S’il n’est aucunement gênant de connaître l’intrigue au complet avant de visionner ce film, c’est parce qu’il s’agit d’un western de série avec tout ce que cela implique comme conventions. Conventions que les 'aficionados' du western sont pourtant ravis de retrouver de film en film ; conventions qui participent aussi au charme des films dit "de genre". Pas besoin d’être devin pour immédiatement comprendre que Faith Domergue est vile (elle étrangle un moribond dès sa première apparition !), que Audie Murphy et Susan Cabot finiront dans les bras l’un de l’autre et que les bandits seront mis hors d’état de nuire au final. Mais les amateurs de série B le savent et pour eux, ces 'clichés' ne rentrent pas en ligne de compte dans leur appréciation d’une œuvre. Il faut juste le savoir avant d’entamer la vision de The Duel at Silver Creek mais cela peut aussi s’appliquer à une quantité impressionnante de westerns tournés uniquement dans l’intention de divertir un public avide de spectacle. Nous le savions déjà mais il n'est parfois pas inutile de le répéter : le divertissement comme seul but pour un film n'est pas une chose déshonorante. DVDtalk parle même à propos de ce western de "film too silly to be any good and too unpretentious to dislike" ! Définition un peu dure mais assez explicite pour ce film somme toute très sympathique, pas plus idiot que beaucoup d’autres et que le manque de prétention rend justement plutôt très agréable à regarder.

Chez Universal, il y eut déjà deux des trois westerns réalisés par Anthony Mann avec James Stewart (Winchester 73 et Les Affameurs) et bien d'autres tout à fait honorables avec des comédiens chevronnés ; mais la véritable star cow-boy du studio à l’époque était bel et bien Audie Murphy, par ailleurs le héros de guerre le plus décoré des Etats-Unis. Après Le Kid du Texas, Kansas en feu (Kansas Raiders) et surtout A Feu et à sang (The Cimarron Kid) de Budd Boetticher, Duel sans merci est avant tout un autre véhicule pour l’acteur au visage poupin même si ce dernier a moins de temps de présence que Stephen McNally, l'acteur principal du mémorable Quand les Tambours s'arrêteront (Apache Drums) de Fregonese sorti l'année précédente. Souvent programmés en double programme avec une comédie de la série Francis ou avec une fantaisie orientale, les westerns avec Audie Murphy faisaient se déplacer les foules qui n’attendaient rien d’autre que de 'l’entertainment', des coups de feu et de l’action. Belle gueule mais au physique trop enfantin, "il souffrit des limites sévères que lui imposèrent son apparence et son image militaire" (Christian Viviani in Le western), en le redécouvrant aujourd'hui, force est de constater que, même limité, son jeu est somme toute plaisant et que beaucoup de ses westerns tiennent assez bien la distance (notamment déjà les films de Kurt Neumann et Budd Boetticher cités ci avant sans oublier le superbe The Red Badge of Courage de John Huston). Dans Duel sans merci, un dialogue entre le Marshall et le barman résume assez bien le 'style' de l’acteur et de son personnage :

- Tu as entendu parler d’un étranger nommé ‘Silver Kid’, demande le Marshall ?
- Oui et je n’aimerais pas me frotter à lui même s’il a l’air d’avoir encore du lait qui lui coule du nez

Silver Kid' se définit lui-même ainsi : "Manier un flingue et jouer au poker, c’est tout ce que je sais faire". Audie Murphy, vêtu de noir des pieds à la tête, possède une certaine classe et les dialogues vifs et incisifs qu’on lui attribue dans le film finissent par nous rendre ce personnage bien attachant. A ses côtés, Stephen McNally s’en tire plutôt pas mal non plus et prouve, après quelques rôles qu’il pouvait être aussi convaincant d’un côté comme de l’autre de la loi. D’ailleurs, fait assez amusant, comme dans Winchester 73, Stephen McNally se retrouvera pour un duel final au sommet de parois rocheuses, mais cette fois, du côté des 'bons', il ne commettra pas la même erreur que face à James Stewart et en sortira vainqueur. La touche féminine est amenée par l'infâme séductrice et meurtrière Faith Domergue (ses moues, haussements de sourcils, de paupières, sa manière de s’exprimer et sa voix langoureuse font parfois étrangement penser à Marilyn) et par la jeune, frêle mais vive Susan Cabot, future égérie de Roger Corman, auparavant spécialisée dans le western pour ses rôles d'indienne, notamment dans deux beaux films de George Sherman (Tomahawk et Au mépris des lois). Dans les seconds rôles nous trouvons entre autres, dans une de ses premières apparitions, l’immense Lee Marvin. Déjà ici, c’est peut-être lui qui laisse l’impression la plus forte et il n’était alors pas difficile de deviner qu’il sortirait du lot tellement son physique et sa présence sont impressionnants. Avec son cigare à la bouche, sa moustache, son chapeau penché et son rictus démoniaque, il est difficile à oublier et la séquence de poker où il se trouve opposé à Audie Murphy est certainement la meilleure du western de Siegel. Le réalisateur lui donnera par la suite un rôle marquant dans The Killers (A bout portant), remake du film de Robert Siodmak dans lequel l’acteur sera terrifiant.

Après avoir travaillé à la Warner dès 1933 et s’être fait remarquer en tant que monteur de talent, Don Siegel s’est révélé, dès les années 40/50, un spécialiste de la série B par l’efficacité de ses mises en scène, sa direction d’acteur irréprochable et la bonne gestion de ses modestes budgets qu’il ne dépassait que rarement. Après s’être distingué par un court métrage très intéressant, Hitler Lives en 1945 (diffusé par Patrick Brion au Cinéma de minuit) et avoir tourné le sympathique et réjouissant Ca commence à Vera Cruz (The Big Steal), le cinéaste met en scène avec Duel sans merci son 5ème long métrage et son premier western. Duel sans merci se distingue des autres westerns de série Universal sortis jusqu'ici par une escalade de quelques degrés dans la violence aussi bien dans l’action que dans les dialogues. Il n’est dès lors pas étonnant que 20 ans plus tard, ce soit le même cinéaste qui réalise Dirty Harry. Dès les premières images, nous voyons des gros plans d’armes à feu tirant à bout portant sur des victimes sans défense, la fumée sortant du canon après de fulgurantes et sèches détonations. Les hommes, bandits ou prospecteurs, tombent comme des mouches et les cadavres s’amoncellent à une vitesse hallucinante. Siegel est à son affaire quand il s’agit de filmer des chevauchées (à l'aide de superbes et amples mouvements de caméra), des duels, des scènes d’action mais il aurait pu se passer de quelques afféteries qui détonnent par ailleurs comme ce plan de Faith Domergue et Stephen McNally vu de l’intérieur d’une cheminée, derrière le feu crépitant. Comme par hasard, Hugo Fregonese avait déjà eu cette idée quelques semaines auparavant dans Untamed Frontier.

Ne chipotons pas trop et apprécions comme il se doit ce film bien rythmé, soutenu par une musique bien enlevée de Hans J. Slater (décidément, il faudrait de toute urgence réévaluer ce compositeur), une belle photographie du chef opérateur de Bend of the River, relativement bien interprété et se concluant par un magnifique duel à trois (et non pas un triel mais je vous laisse découvrir pourquoi) suivi par le 'Gunfight' final, le 'duel à Silver Creek' du titre qui est en fait, plutôt qu’un duel, un règlement de comptes entre une horde de hors la loi et le groupe des hommes du shérif dans un cadre rocheux et aride. 'Silver Kid', 'Johnny Sombrero', ‘Brown Eyes', 'Rat Face' et 'Lightning' sont les personnages, aux surnoms aussi conventionnels que l’intrigue, qui vous feront peut-être passer un agréable moment à condition de ne pas trop faire la fine bouche devant une intrigue inutilement compliquée et somme toute banale. En revanche, divertissement assuré pour les fanatiques du genre ; sa rapidité d'exécution, son rythme et sa pêche d'enfer devrait en laisser pantois quelques uns malgré le coup de mou au 2/3 du film !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 4 mai 2004