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Critique de film
Le film

Du silence et des ombres

(To Kill a Mockingbird)

Partenariat

Analyse et critique

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est le seul roman de Harper Lee, écrivaine par ailleurs connue pour avoir accompagné et soutenu Truman Capote durant les recherches préparatoires à De sang-froid. Comme dans l’œuvre majeure de Capote, la thématique de la justice des hommes est au cœur de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, et dans sa continuité, de Du silence et des ombres, adaptation cinématographique quasi immédiate (le roman est paru en 1960, remporte le Prix Pulitzer en 1961, le film sort en 1962) réalisée par Robert Mulligan. En partie autobiographique, l’œuvre de Harper Lee s’enrichissait également des tensions contemporaines autour de la reconnaissance des droits des Afro-Américains et des luttes contre les ségrégations raciales : toute la deuxième partie du film est ainsi, à l’image du roman, occupée par la tenue du procès d’un jeune homme noir, accusé du viol de la fille d’un paysan blanc violent et raciste.


A haute teneur allégorique, cette partie - et l’intense plaidoirie d’Atticus Finch - aura en partie forgé la (grande) réputation du film aux Etats-Unis, dans la plus pure tradition locale du cinéma humaniste cher à Frank Capra, où le bon cœur des hommes transcende les barrières et les différences. Sans même faire preuve du moindre cynisme (avouons avoir versé notre larme lors de l’ovation accompagnant la sortie du tribunal), on peut tout de même trouver cette partie un peu appuyée dans son didactisme, voire même les toutes dernières scènes un peu problématiques - elles n’enlèvent toutefois rien aux immenses qualités d’un film remarquable, dont la pulsation se trouve en réalité dans sa première partie, d’apparence plus modeste mais au moins aussi poignante : narrée en voix-off par une jeune fille un peu garçon manqué (Scout, avatar probable de Harper Lee elle-même), celle-ci décrit par les yeux de l’enfance le quotidien dans une petite bourgade du Sud des Etats-Unis des années 1930. Et l’essentiel est là, dans ces jeux anodins à tromper le temps, dans le regard porté par une gamine sur le curieux monde des adultes et dans cette peur, inexplicable mais irrépressible, de l’inconnu, de l’étrange, du différent (cette peur souvent injustifiée qui, indiciblement, se propage à l’âge adulte vers le racisme ou la xénophobie)...

Peu de films se seront situés à ce point à hauteur d’enfant pour évoquer l’âge de la curiosité et des angoisses, et les plus belles scènes du film sont celles où Scout, Jem et Dill se perdent dans l’obscurité... de la nuit, de la peur ou du cœur des hommes. Sur ce dernier point, on pense en particulier à cette séquence casse-gueule devant la prison où Scout vient secourir son père face à la rage des fermiers locaux, l’innocence de la jeune fille confrontant les lyncheurs à leurs propres démons. Aux rangs des qualités de ce film formellement superbe, il faut évoquer la très belle photo de Russell Harlan, qui contribue à cette atmosphère mêlant l’enfance et la peur, et qui ne va pas sans rappeler celle de Stanley Cortez pour La Nuit du chasseur de Charles Laughton. Enfin, le dernier mot saluera l’interprétation admirable où, aux côtés des formidables enfants et du très digne Gregory Peck, on mentionnera l’apparition finale de Robert Duvall dans son premier rôle notable.

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : LOST FILMS

DATE DE SORTIE : 8 fevrier 2017

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Par Antoine Royer - le 1 juillet 2010