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Critique de film
Le film

Du sang sur la piste

(Trail Street)

L'histoire

Liberal, petite ville du Kansas dont la rue principale est le terminus d’une piste utilisée pour convoyer les bêtes à cornes (d’où le titre Trail Street), un endroit à partir duquel elles partent pour Chicago après avoir été vendues. Une plaque tournante du commerce du bétail où, au grand dam des éleveurs, des fermiers viennent pourtant s’installer en masse avec leurs clôtures. Non seulement la terre sèche du Kansas ne leur permet pas d’obtenir de belles récoltes, mais quand ils réussissent, les champs de blé sont constamment décimés par l’arrivée des troupeaux. En effet, les cow-boys qui ne supportent pas l’installation de ces indésirables laissent allègrement leurs bêtes tout saccager sur leur passage. Si certains fermiers tentent de se défendre, la plupart décident de quitter la région. Allan Harper (Robert Ryan), honnête homme d’affaires qui a tout misé sur le succès des agriculteurs, est dépité. Un espoir lui est pourtant donné par la découverte que fait l’un des fermiers qui lui assure que la victoire est à portée de main. Logan Maury (Steve Brodie), qui souhaite régner sur la région, le vil tenancier de saloon Carmody (Billy House) et Lance Larkin (Harry Woods), un éleveur inquiétant avec qui ils sont en cheville, ayant surpris ce secret qui risque d’entraver leur ascension, font assassiner le fermier. Trop tard ! Allan Harper sait désormais ce qu’il faut faire pour retenir les agriculteurs dans la région, et le vieux Billy Burns (George "Gabby" Hayes), agacé par les cow-boys turbulents, a appelé à la rescousse son ami Bat Masterson (Randolph Scott) qui vient de prouver son efficacité en nettoyant la ville de Dodge City avec l’aide de Wyatt Earp. Les "affreux" éleveurs n’ont qu’à bien se tenir !

Analyse et critique

Au XIXème siècle, Wyatt Earp ne fut pas le seul Marshall célèbre pour son efficacité à "faire le ménage" dans les villes turbulentes du Far West. Il y eut aussi entre autres William Barclay Masterson, plus connu sous le surnom de Bat Masterson, né en 1853 et décédé en 1921. Il fut chasseur de bisons, éclaireur de l’armée américaine et joueur, avant de devenir un nom redouté parmi les hors-la-loi, son premier coup de maître ayant été de "nettoyer" Dodge City de la "vermine" qui la vérolait. Pourtant au départ, il ne rêvait que d’être journaliste, ce qu’il deviendra par la suite en tant qu’éditorialiste sportif dans les colonnes du New York Morning Telegraph. Albert Dekker interpréta ce personnage en 1943 aux côtés de Claire Trevor dans un western de George Archainbaud, The Woman of the Town. Quatre ans après, c’est au tour de Randolph Scott d’endosser la défroque de cet homme de loi réputé sous la direction de Ray Enright, un honnête artisan qui tourne ce western pour la RKO après en avoir réalisé plusieurs pour la Warner et Universal.


Eternel conflit entre fermiers et éleveurs, volonté des habitants de retrouver une ville apaisée et tranquille, réflexion sur la loi et l’ordre en opposition avec la justice populaire... Rien de bien neuf sous le soleil du western, le sujet ayant déjà été traité à maintes reprises ; rien non plus de très stimulant dans cette modeste série B sans prétentions ! Les amateurs devraient pourtant passer un agréable moment du fait de la présence de Randolph Scott, égal à lui-même dans le rôle du Marshall Bat Masterson, homme droit, valeureux et indémontable avec presque constamment le sourire aux lèvres malgré les soucis qu’il a à gérer. Cependant, les deux femmes du film ne lui tournent absolument pas autour tellement il semble avoir assez à faire par ailleurs. Nous n’assisterons donc à aucune histoire d'amour concernant le Marshall mais à deux autres romances sans véritable intérêt. Très peu loquace, Masterson ne manque pas de faire fuser quelques phrases bien senties qu’on aurait pu voir sorties de la bouche d’un Tuco ou d’un Blondin vingt ans plus tard. Jugez plutôt à travers la réponse qu’il lance à son adversaire qui a osé l’interpeler par son surnom ! « Listen, fella, there's only two kind of people I allow to call me Bat : good friends and people I like. You don't belong in either group ! » Très à l’aise dans ce personnage d’une loyauté à toute épreuve qu’il avait eu à maintes reprises l’occasion de forger ces derniers temps, dès Trail Street Randolph Scott décide de ne plus tourner que des westerns pour le restant de sa carrière. Et effectivement, après Christmas Eve sorti la même année sur les écrans, on s’apercevra qu’il aura tenu parole, n’étant plus jamais délogé de son genre de prédilection où il fera constamment merveille même si beaucoup le considèrent encore comme un acteur très limité.


Néanmoins il aura fallu patienter vingt minutes avant de le voir apparaître, et c’est pour rapidement s’apercevoir que ce ne sera pas nécessairement lui qui aura le plus de temps de présence à l'écran mais George "Gabby" Hayes qui trouve peut-être ici son rôle le plus conséquent. Habituel partenaire de John Wayne entre autres, c’est un peu lui qui aura mis en place le personnage du vieux grincheux édenté dont Walter Brennan et Arthur Hunnicut se feront également une spécialité. Il apporte ici pas mal d’humour, Billy Burns étant un bavard impénitent qui ne sait pas s’arrêter une fois lancé et racontant à tour de bras des anecdotes qui feraient passer les histoires marseillaises pour raisonnables et mesurées. L’autre comédien qui se trouve souvent sur les devants de la scène dans Trail Street n’est autre qu’un tout jeune Robert Ryan, que l’on découvre pour la première fois dans un western ; son interprétation n’est guère marquante mais il faut dire pour sa défense que le personnage qu’il doit interpréter est franchement falot. Il en va de même pour le reste du casting qui ne se démarque guère, que ce soit les deux actrices, Anne Jeffreys et Madge Meredith, ou bien les comédiens interprétant les bad guys. Si le corpulent Billy House arrive à faire impression, il n’en est pas de même de Steve Brodie, plus que terne et par la même très peu crédible pour un homme qui souhaite régner sur toute une région.


Il est clair que seuls les inconditionnels du genre pourront trouver à cette série B mollassonne et bavarde un quelconque intérêt, à condition de ne pas s' attendre à voir de furieuses chevauchées et de majestueux grands espaces à chaque coin de pellicule. Dans ce western urbain, ils devront aller chercher de l’agrément du côté des chansons fredonnées par Anne Jeffreys (dont l’excellente You're not the only pebble on the beach), des considérations politiques sur l’avenir du Kansas, des observations agricoles sur la culture du blé, des scènes d’action assez bien menées, notamment la dernière fusillade en centre ville où les éleveurs se font piéger par tous les habitants. Ils pourront aussi écouter avec amusement les histoires de George "Gabby" Hayes et découvrir avec étonnement un plan superbe qui montre Robert Ryan ouvrir une fenêtre et découvrir d’immenses champs de blé balayés par les vents. Du sang sur la piste se révèle un western sans surprises et sans véritable rythme, mais avec suffisamment d’éléments sympathiques pour satisfaire les amateurs peu exigeants, notamment la belle prestance de Randolph Scott.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 27 juin 2015