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Critique de film
Le film

Du sang dans la Sierra

(Relentless)

Partenariat

L'histoire

Nick Buckley (Robert Young) arrive dans une petite ville minière où il cherche un abri le temps que sa jument mette bas. Sur place, deux vieux prospecteurs qui viennent de trouver un filon lui proposent de venir faire une halte dans leur petite cabane. Dans le même temps, Nick fait la connaissance de Luella (Marguerite Chapman), une vendeuse ambulante qui lui prodigue provisions et conseils. Ayant claironné un peu fort leur nouvelle fortune, les deux chercheurs d’or se font assassiner la nuit-même, les criminels subtilisant leur "carte au trésor". Tous les soupçons se portent évidemment sur Nick qui, activement pris en chasse par le shérif (Willard Parker) et ses hommes, n’a d’autre solution que de fuir avec l’aide de Luella. En cours de route, l’un des deux meurtriers lui ayant volé sa jument, Nick le tue en état de légitime défense et part sur les traces de son complice (Barton MacLane) afin de pouvoir être disculpé du crime dont on l’accuse. Une traque multiple s’engage, rendue encore plus difficile lorsque deux autres bandits (Akim Tamiroff et Mike Mazurki), attirés par l’odeur de l’or, se mêlent à cette course poursuite...

Analyse et critique

Lorsque George Sherman réalise Du sang dans la Sierra (encore un titre français qui n’annonce pas vraiment le ton d’ensemble du film, bien plus familial et bon enfant que véritablement violent), le prolifique cinéaste a déjà une soixantaine de films à son actif, quasiment tous inconnus dans notre contrée ! Autant dire qu’il reste encore de quoi défricher au sein de cette conséquente filmographie. En 1948, Relentless précède la période qualitativement faste du cinéaste qui débutera la même année lorsqu’il signera juste après un contrat pour le studio Universal. En attendant cette suite de westerns ou de films d’aventures colorés et hautement divertissants (voire plus concernant des petits bijoux comme Tomahawk), le western Columbia qui nous concerne ici se révèle au contraire malheureusement assez mauvais. C’est d’autant plus dommage que formellement il s'avère d’une excellente tenue, et constitue un véritable régal pour les yeux si l'on veut bien les fermer sur les vilaines transparences pour certains plans rapprochés en extérieurs (une véritable calamité "tue-le-plaisir" qu'Universal saura justement éviter le plus souvent possible).

En effet, dès les premières séquences, on est visuellement sous le charme de ce petit western tout public qui bénéficie tout d’abord du fameux Technicolor Trichrome auquel on a l’habitude de rattacher le qualificatif tout à fait légitime de flamboyant. On ne se lasse pas des éclairages de certains plans nocturnes comme ceux de l’arrivée en ville sous la pluie des chercheurs d’or, de la photographie lumineuse des séquences de neige ou encore de ces amples plans d’ensemble splendidement cadrés. On trouve aussi de temps en temps de magnifiques gros plans sur les visages ainsi que des idées de mise en scène tout à fait réjouissantes comme celle du meurtre hors-champ des deux prospecteurs au tout début du film, la caméra fixée sur la porte attendant même la sortie des assassins que l’on a cependant auparavant entraperçus derrière la fenêtre. Éprouvé par tant d’années derrière la caméra, George Sherman n’a pas non plus son pareil (hormis dans le domaine de la série B, Budd Boetticher et André de Toth) lorsqu’il s’agit de filmer une chevauchée ; et il est vrai que dès que ça caracole dans tous les sens, le spectacle est à la fois nerveux et plaisant. On ne peut guère non plus trouver à redire concernant la direction d’acteurs, le couple formé par Robert Young - Le Grand Passage (Northwest Passage) de King Vidor - et Marguerite Chapman - Ton heure a sonné (Coroner Creek) de Ray Enright - n’étant pas non plus des plus désagréables. Même si les comédiens n’accomplissent pas de miracles, les séquences qui réunissent ces deux personnages indépendants sont même charmantes notamment lorsque Robert Young fait l’éloge d’une vie de vagabondage, profitant dans la même scène pour faire connaitre son côté féministe, une confidence assez rare pour l’époque dans le cinéma hollywoodien. Les seconds rôles ne sont pas non plus déplaisants, que ce soit Willard Parker dans le rôle du shérif ou Barton MacLane dans celui de l’assassin. En revanche, Akim Tamiroff ne peut pas s’empêcher de cabotiner, ce qui peut néanmoins sembler logique au vu de ce que le scénariste lui a donné à faire.

Car c’est principalement là que le bât blesse. On se demande ce qui a pris à Winston Miller, le scénariste de My Darling Clementine (La Poursuite infernale) de John Ford, pour pondre un script aussi inepte, aussi peu crédible et aussi peu captivant, qui ne repose que sur la tentative pour le héros de chercher à prouver son innocence en allant chercher à appréhender le véritable coupable. Une idée et une histoire d'ailleurs pas plus bêtes qu’une autre... à condition de la narrer avec un minimum de conviction et sans devoir en passer par des digressions aussi infantiles que tout ce qui tourne autour des chevaux et de l'ânesse ; l'improbable mélange âpreté / naïveté n'est ici pas des plus heureux. Ce qui a pour conséquence que l'on finit par complètement se désintéresser de tout ce qui peut arriver aux différents protagonistes tellement l’ensemble manque de tension et de rigueur. Tout ce petit monde joue au chat et à la souris dans un environnement majestueux, se tombe sans arrêt dessus au détour d’un chemin, la carriole de Marguerite Chapman se trouvant toujours là au bon endroit et au bon moment comme tombée du ciel. L’humour n’est pas des plus légers, la description de la plupart des protagonistes manque singulièrement de nuances et de vraisemblance, les situations se suivent à un rythme effréné sans jamais nous envoûter une seule seconde ; seul le début de romance entre Robert Young et Marguerite Chapman parvient à nous sortir de la torpeur qui nous envahit peu à peu. Et ce n’est pas cette bien trop longue séquence finale qui va nous rabibocher avec le film, surtout qu’elle est suivie par une fin bâclée comme vous ne pouvez même pas vous l’imaginer...

Hormis un travail très professionnel délivré par George Sherman, un Technicolor qui nous en met plein les mirettes (dont un superbe coucher de soleil et des costumes qui en jettent), une composition musicale agréable de Marlin Skiles et un premier quart d’heure qui nous laissait présager un agréable divertissement, Du sang dans la Sierra reste un western de série sans grand intérêt en raison principalement "d’un scénario benêt et de héros ne faisant pas fantasmer" comme se plait à le décrire Bertrand Tavernier lors de sa présentation du film sur le DVD Sidonis.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 23 avril 2016