Menu

Critique de film

L'histoire

19ème siècle aux Etats-Unis. Will (Gary Grimes), Les (Ron Howard) et Tod (Charles Martin Smith), trois adolescents et fils de fermiers, découvrent dans un bosquet un homme sérieusement blessé ; ils décident de l’emmener dans une grange et de le soigner. Remis en forme, il se présente comme étant Harry Spikes (Lee Marvin), un pilleur de banques renommé dont la tête est mise à prix. Il leur apprend qu’il n’a jamais eu aucun regret d’avoir choisi cette voie puisque c’est celle qui rapportait le plus et qui a pu pleinement lui faire profiter de la vie ; en repartant, il leur promet par ailleurs de les dédommager de l’avoir aidé à se rétablir. Ne pardonnant pas à son fils d’avoir aidé un criminel, le père de Will le bat violemment. Ce dernier décide de quitter la maison familiale entrainant avec lui ses deux camarades. Plus tard, ils retrouvent Harry avec qui ils décident de former une bande de hors-la-loi. Seulement tout ne se passe pas aussi aisément qu’ils l’avaient rêvé, pris fatalement dans un engrenage de violence qu’ils auront du mal à faire s’arrêter...

Analyse et critique

Irving Ravetch et Harriet Frank Jr. avaient signé deux ans auparavant le script de The Cow-Boys de Mark Rydell qui avait déjà pour principaux protagonistes une bande de jeunes sous la coupe d’un vieux briscard, John Wayne en l’occurrence, et abordait déjà le thème de la violence. Dans le western de Richard Fleischer, les cow-boys deviennent des hors-la-loi, pas forcément méchants mais attirés dans cette voie par la description qu’un vieux bandit leur en a faite, croyant avant tout à une vie d’aventures et de liberté. Au fur et à mesure de leurs larcins, ils se rendront compte que les problèmes en découlant seront bien plus nombreux que les joies, le tout finissant en un abominable gâchis. Au vu de cette description et sachant que les années 70 n’hésitaient pas à aller très loin dans la violence, on aurait pu s’attendre à un western influencé par Sam Peckinpah ou par le western italien ; il n’en est rien, Richard Fleischer ne surenchérissant jamais dans la brutalité, nous offrant une mise en scène sans esbroufe, même plutôt sobre comme le sera l’interprétation d’ensemble. En effet, même si le rôle de cette canaille vieillissante semblait devoir donner lieu à un numéro de cabotinage comme pouvait en être coutumier le grand Lee Marvin, il n’en fait au contraire ici jamais trop, pas plus que les trois jeunes acteurs qui ne sont autres que le "héros" du sublime Un été 42 de Robert Mulligan (Gary Grimes), le futur réalisateur de Willow (Ron Howard) et le futur Homme parmi les loups (Charles martin Smith) de Carroll Ballard.

Tourné en Espagne avec peu de moyens, The Spikes Gang fait partie de ce courant westernien né dans les années 60 tentant une démystification de la vie dans le Far West américain au 19ème siècle et que laissait présager un western plus ancien de Fleischer, le déjà très bon Duel dans la boue (These Thousand Hills). Fini l’Ouest romantique avec ses cow-boys rasés de près et aux chemises propres, ses hors-la-loi héroïques, ses tueries "clean". Il s’agit donc bien d’un western désenchanté et réaliste qui n’enfonce pourtant pas le clou du misérabilisme et qui prend néanmoins son temps pour voir vivre et réfléchir ses protagonistes, même si les scénaristes ne les fouillent pas assez, sur un plan psychologique, nos trois jeunes ne possédant pas de signes particuliers permettant vraiment de les différencier ou de connaître plus avant leur caractère. Peu spectaculaire, The Spikes Gang n’en est que plus réussi car le cinéaste ne souhaitait surtout pas transcender la violence qui aurait perverti son propos finalement très humain, comme ses adolescents d’ailleurs qui passent du mauvais côté de la loi sans vraiment avoir jamais pensé à mal, mais entrainé sur cette pente par un père de substitution les ayant pris sous son aile et qui les avait fait rêver à une vie meilleure.


Avec son talent de metteur en scène, on savait que Richard Fleischer (20.000 lieues sous les mers, Les Vikings, Le Temps de la colère...) aurait été parfaitement capable de donner du souffle et du panache à son film. Mais, ne cédant pas à la tentation, il prend le risque de mettre sous le nez des spectateurs un film qui en est dépourvu, pas forcément plaisant au prime abord même si aucun des personnages n’est vraiment haïssable, y compris suite aux retournements de situation de la fin que je ne me permettrais pas de dévoiler sous peine de gâcher les étonnantes dernières minutes. Une réflexion intelligente sur la violence et sur une époque hostile en même temps que le portrait assez émouvant de trois jeunes gens la découvrant sous ce jour peu glorieux. Un attachant récit d’apprentissage sanctionné par la désillusion, dominé par l’interprétation tout en retenue de ses interprètes et par le personnage de Spikes que la mort semble obnubiler, et qui aura d’ailleurs cette phrase très savoureuse alors qu’un Mexicain tente de lui vendre une poupée symbolisant la mort : « Pourquoi devrais-je payer pour une chose que je rencontrerai gratuitement un de ces jours ? » Pas forcément inoubliable par manque de force et à cause de personnages trop peu fouillés, mais néanmoins l’un des meilleurs westerns d’une décennie qui en a été trop avare !