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Critique de film
Le film

Dix hommes à abattre

(Ten Wanted Men)

Partenariat

L'histoire

Arizona, milieu du XIXème siècle. John Stewart (Randolph Scott), le plus gros rancher de la région, accueille en grande pompe son grand frère Adam, juriste dans l’Est des USA. John souhaite que la paix et la loi règnent enfin dans la petite ville d’Ocatilla qu’il a contribuée à édifier et à faire se développer malgré la sauvagerie qui régnait dans la contrée. John réussit à convaincre son aîné de rester à ses côtés pour exercer sa profession malgré les réticences de Howie (Skip Homeier), le fils de l’avocat. Ce dernier tourne autour de Maria Segura, une jeune Mexicaine qui semble être sous la coupe de l’autre important éleveur de la région, Wick Campbell (Richard Boone). Ce dernier l’a autrefois sauvée et élevée puis en est tombé amoureux. Il souhaite qu'elle l'épouse mais la jeune fille n’éprouve aucune attirance pour son tuteur. Menacée par ce dernier, elle se réfugie chez John qui lui accorde sa protection. Ce qui n’est pas du goût de Wick, qui décide d’en faire voir de toutes les couleurs à la famille de son principal rival. Pour ce faire, il embauche une bande formée d’une dizaine de bandits commandée par l’inquiétant Frank Scavo (Leo Gordon). Dans les jours qui suivent, un vieil ami de John est abattu, une centaine de ses bêtes volées. John va avoir fort à faire pour lutter contre Wick, d’autant que son neveu Howie vient d’être accusé de meurtre et que les autres habitants d’Ocatilla ne semblent pas très chaud pour lui apporter leur aide. Même le shérif Clyde Gibbons (Dennis Weaver) commence à être réticent quand les tueurs prennent son épouse en otage. Mais le courage et l’honnêteté de Corinne Michaels (Jocelyn Brando), une jeune veuve pas insensible au charme de John, vont inciter les citoyens à ne plus se laisser faire...

Analyse et critique

Pour l’anecdote, le titre prévisionnel de cette production Harry Joe Brown / Randolph Scott était Violent Men. En sachant que The Violent Men (Le Souffle de la violence) de Rudolph Maté était sorti sur les écrans une semaine plus tôt, déjà sous l’égide de la Columbia, on comprend aisément pourquoi il fut modifié en dernière minute. Concernant le titre français cette fois, ne pas confondre non plus, toujours avec Randolph Scott en tête d’affiche, avec le célèbre 7 hommes à abattre (Seven Men From Now) qui fera son apparition en salles l’année suivante et qui sera un western d’une toute autre trempe : le premier de la fameuse collaboration entre le comédien et le réalisateur Budd Boetticher. Le film de Bruce Humberstone (dont la spécialité était plutôt le film noir et la comédie musicale) est un petit western de série sans grand intérêt et qui ne pourra raisonnablement plaire qu’à une petite poignée d’aficionados du genre. Un western à l’intrigue totalement convenue mais dont l’exécution s’avère néanmoins assez solide, ce qui nous donne au final un résultat loin d’être déplaisant !

En Arizona se déroule l’opposition de deux éleveurs : d’un côté John Stewart (Randolph Scott) qui a décidé de faire venir son frère avocat pour régler ses affaires légalement et l’aider à faire régner la paix et l’ordre dans la ville qu’il a contribuée à faire se développer ; de l’autre Wick Campbell (Richard Boone) qui encourage plutôt la loi des armes que celle des textes, allant même jusqu’à embaucher dix tueurs à gages pour faire place nette, se débarrasser des gêneurs qui souhaiteraient se mettre en travers de son chemin... Rien de nouveau sous le soleil du western de série : un scénario ultra-conventionnel narrant une banale histoire de rivalité entre un rancher et des hors-la-loi qui veulent régner sur la région, mettant en scène des personnages monolithiques et nous proposant des situations stéréotypées, vues et revues. Aucune réelle surprise si ce n'est des batailles à la dynamite (que Randolph Scott avait déjà précédemment initiées dans un western d’un tout autre calibre, le superbe Hangman’s Knot - Le Relais de l'or maudit, seul film du scénariste Roy Huggins) ainsi que le déclencheur du conflit entre Randolph Scott et Richard Boone qui révèle être une femme et non la possession des terres (même si ce second motif de rivalité couvait depuis un bon moment). Le personnage interprété par Richard Bonne se montre ainsi assez touchant par le fait de ne pouvoir se séparer de sa protégée et ne supportant pas qu’un autre homme la courtise puisqu’il a toujours cru qu’elle lui appartiendrait en tant qu’épouse après l’avoir élevée. Soit un "bad guy" amoureux fou et capable d’engager un combat sanglant par dépit d’avoir été abandonné ; une assez jolie idée que ce méchant malheureux et qui aurait pu être pathétique si le scénariste n’avait pas été aussi moyennement inspiré  !

Dix hommes à abattre est une coproduction Harry Joe Brown qui ne saurait donc, loin s’en faut, se mesurer - au sein de la série B westernienne - au superbe septuor que Budd Boetticher tournera peu après avec Randolph Scott ni aux très bons westerns précédemment sortis d’André de Toth avec le même acteur/producteur, notamment Le Cavalier de la mort (Tall in the Saddle), ni à d'autres titres moins connus de la fin des années 40 mais néanmoins excellents tel par exemple Face au châtiment (The Doolins of Oklahoma) de Gordon Douglas. Comme dans tous les autres domaines, la série B a accouché de quelques génies mais aussi et surtout d’un nombre bien plus importants d’artisans plus ou moins chevronnés, plus ou moins efficaces. Bruce Humberstone ne fait pas partie des tâcherons et n’a abordé le western qu’à trois reprises (Ten Wanted Men étant son dernier essai dans le genre) sans cependant jamais rien y révolutionner (son Massacre à Furnace Creek avec Victor mature était néanmoins bien plus original). Il était surtout connu pour ses comédies musicales à la 20th Century Fox (de l’agréable Sun Vallley Serenade au médiocre Pin Up Girl en passant par le coloré Hello Frisco, Hello) et ses films noirs dont le plus célèbre est certainement I Wake Up Screaming. Même si sa mise en scène ne brille pas par son originalité ni par sa nervosité, elle s’avère d’une belle solidité et se permet même quelques agréables balades à travers des paysages arides très bien photographiés. C’est pour cette raison que, malgré la banalité de son intrigue (pourtant tirée d’une histoire des futurs scénaristes attitrés de Martin Ritt : Hombre, Hud - Le Plus sauvage d'entre tous...) et une nouvelle fois son final tellement bâclé qu’il frôle le ridicule, Ten Wanted Men se laissera probablement visionner par les amateurs de séries B avec énormément de plaisir surtout qu’ici a été déployée toute la panoplie de l’imagerie traditionnelle du genre.

Voici donc un western remuant, bruyant et mené tambour battant, véritable montagne russe de fusillades, morts violentes, duels et chevauchées en tous genres et ne s’embarrassant pas de psychologie. Au niveau de l'interprétation, on ne peut pas dire que ce soit le rôle le plus marquant de Randolph Scott, son temps de présence étant de plus finalement assez faible ; nous n’avions cependant pas l’habitude de le voir dans la peau d’un gros éleveur bien installé. Et puis, quand on se retrouve avoir en face de soi des seconds couteaux aux trognes comme - du "côté obscur" - celles de Lee Van Cleef, Denver Pyle, Richard Boone et surtout Leo Gordon (avec ses inquiétants petits yeux bleus) qui vole souvent la vedette à ses partenaires dans le rôle du chef des tueurs, on a effectivement de temps en temps du mal à faire le poids. Quant à Alfonso Bedoya, il est fidèle à sa réputation : toujours aussi insupportable ; heureusement que sa présence à l’écran se fait à dose homéopathique ! En revanche, on regrette de ne pas plus longtemps côtoyer Jocelyn Brando (soeur de Marlon), non seulement bonne actrice mais qui bénéficie aussi d'un personnage assez attachant : si le film ne consacre que peu de temps à la romance, il nous délivre une très belle déclaration d’amour entre la comédienne et Randolph Scott alors qu’ils sont tous deux assiégés et qu’ils se demandent s’ils en ont encore pour longtemps à vivre. La séquence du siège est d’ailleurs probablement la plus réussie du film, toute en intensité dramatique, chose qui par ailleurs manque cruellement au reste de ce western.

En résumé, Ten Wanted Men est une série B convenue, pleine de clichés et de stéréotypes mais néanmoins plutôt bien emballée, qui se regarde sans enthousiasme excessif tout en se révélant pourtant bien plaisante. Mais comme nous le disions en tout début d'article, on ne devra le conseiller cependant qu’aux amateurs purs et durs du genre, qui eux aussi l’auront oublié instantanément une fois vu. La musique de Paul Sawtell risque en revanche d'être un peu plus entêtante ; son orchestration, d'une sobriété qui lui sied assez bien, la fait paradoxalement bien ressortir de son environnement.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 13 avril 2013