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Critique de film
Le film

Cría cuervos

Partenariat

L'histoire

Un été, trois sœurs dans une vieille demeure madrilène. Il y a là leur père, militaire de carrière, leur tante qui les élève et leur grand-mère paralysée et mutique. Dans ce milieu étriqué, Ana étouffe. Elle se réfugie dans ses rêves et ses souvenirs. Elle vit toujours à l’ombre du décès prématuré de sa mère et recherche au fond d’elle sa présence toujours vivace qui pourrait lui apporter le réconfort et la volonté de lutter contre ce monde en décrépitude.

Analyse et critique

« Nous sommes en train de vivre une période de démolition, d’où surgira autre chose. Cria Cuervos traite de ce processus de destruction et de mort » (Carlos Saura).

« Hoy en mi ventana brilla el sol
Y el corazon se pone triste contemplando la ciudad
Porque te vas. »

(Aujourd'hui, à ma fenêtre brille le soleil,
et mon coeur s'attriste en contemplant la ville,
parce que tu pars)

La petite fille à la fenêtre qui contemple le dehors, c’est Ana, brisée depuis la mort de sa mère. « Porque te vas », parce que tu pars. Le présent n’est pas une incongruité car cette disparition, Ana la vit toujours. Ce n’est pas un drame passé, il est toujours vivace et la petite fille sent encore le souffle de sa mère sur sa nuque, sa présence réconfortante, son amour. Cria Cuervos se déroule durant un été, dans une vieille demeure bourgeoise décrépite, lieu qui rappelle le manoir isolé d’Ana et les loups. Un univers clos où le temps reste figé dans l’attente de quelque chose, d’un séisme, d’une révolution. Le film commence avec la mort du père militaire dans les bras de son amante. Puis c’est une veillée funèbre, où le corps est entouré de soldats et de religieux tous plus lugubres les uns que les autres. Atmosphère étouffante que ne supporte pas Ana, poussée par sa tante à aller embrasser le défunt. Dès le début, Ana ne s’accorde pas au monde des adultes. Elle a ses propres rituels, son propre monde et déjà, elle s’oppose contre cet ordre qu’elle ne comprend pas. Première rébellion… enfin première, pas si sûr. Car Ana a observé son père la nuit de sa mort, chevauché par une femme inconnue. Alors que celui-ci s’écroule dans un râle et que la femme prend la fuite, Ana se rend tranquillement dans la cuisine et observe un étrange rituel : elle nettoie un verre qu’elle vient de récupérer au chevet de son père, le range avec les autres en interchangeant les places. Ce que cela signifie, nous ne le savons guère. Pas plus que ces pattes de poulet dans le frigo qui fixent son attention, ni l’apparition soudaine du fantôme de sa mère dans la cuisine. En quelques minutes, Saura nous plonge dans le mystère, l’inattendu. Et il y en aura encore beaucoup dans ce film prodigieux.

Cet été là commence donc sur un drame familial que semble survoler Ana, fille rêveuse et silencieuse. Il se poursuit, interminable, répétitif. Le monde du dehors ne parvient que par bribes aux habitants de la maison (des klaxons, des bruits de voiture). Logique, car cette demeure c’est l’Espagne, et celle-ci sous Franco est fermée au monde. Cette demeure madrilène vit au rythme de rituels bourgeois, de petites promenades autour d’une piscine vide, d’autorité, de militaires. Heureusement pour les enfants (Ana a deux sœurs), il reste la musique, les photos d’acteurs américains, les magazines de mode, les jeux et l’imagination… autant de propositions de vie, autant de mondes possibles que le fascisme n’a pu détruire.

Cria Cuervos est un film profondément politique. Un film qui est accroché à son époque, qui décrit un monde qui s’éteint et qui crie l’espoir d’un renouveau. Cria Cuervos, c’est le franquisme finissant. C’est ce moment de l’histoire de l’Espagne où tout est figé, où le pays est paralysé par des valeurs bourgeoises, par le poids de l’armée et de la religion. Paulina, la tante d’Ana, souvent froide et distante, représente cette bourgeoisie bon teint qui s’acoquine avec l’autorité militaire. Elle entend faire respecter l’étiquette et la discipline, et Ana, petite rebelle, rejette cette autorité et cette bienséance d’un autre âge. Paulina est aussi un personnage qui peut se révéler aimant, car au-delà de son appartenance sociale, elle est une figure féminine et c’est vers les femmes que le cœur de Saura balance. Les hommes ce sont les politiques, les curés, les militaires, comme les deux seuls personnages masculins du film, le père d’Ana et le nouvel amant de Paulina. L’Espagne est décrite par Carlos Saura comme un espace étouffant pour les femmes. La mère d’Ana n’a pu s’épanouir dans le piano, sommée par son mari d’abandonner sa carrière d’artiste. Tout ce que le monde peut offrir de beauté, d’art, de possible est invariablement détruit par le franquisme, la bourgeoisie, le fascisme. Mais cette force de destruction meurt à son tour, et Saura s’en fait le joyeux fossoyeur. Car Cria Cuervos, malgré sa mélancolie et sa douleur sourde, est un film porté par l’espoir, la renaissance. Au monde uniforme, unique dont rêvent les tyrans, Carlos Saura oppose les mondes. Il y a le monde intérieur d’Ana, le monde d’Ana et ses sœurs, le monde de l’enfance, le monde des souvenirs d’une grand-mère silencieuse, le monde hanté par la présence d’une mère disparue… Et tous ces mondes, qui sont le monde, vont revenir à la surface, vont trouver la force de ressurgir, de lutter contre ce qui semble figé. La vie reprend ses droits sur la mort. La mère d’Ana franchit la frontière et vient accompagner son enfant. Un pays dont on a effacé l’histoire se souvient. Des femmes (et des hommes) qu’on a privés de leur liberté renaissent, espèrent, inventent, entrevoient un mouvement qui va briser l’inertie. Un monde figé se remet en branle. Le futur, qui n’existait plus, est de nouveau là, imaginable, perceptible. Le fascisme vise à engourdir le monde, à arrêter le temps, à ne plus proposer qu’un présent éternellement recommencé. Sans passé, sans futur, il n’y a pas de rébellion possible, il n’y a pas de liberté, pas de vie. Après trente-sept années de fascisme, le temps de l’Espagne se remet à couler. Les fantômes, l’histoire, les histoires, le futur, l’extérieur, les rêves, tout renaît tandis que les aiguilles se remettent à tourner.

« Como cada noche despierté
Pensando en ti
Y en mi reloj todas las horas vi pasar
Porque te vas. »

(Comme chaque nuit, je me réveillai
pensant à toi
Et sur ma montre j'ai vu défiler toutes les heures
Parce que tu pars)

Cet été là, les heures défilent et se confondent. Le passé, la mémoire n’existent plus. La vieille grand-mère est paralysée et mutique. Ses seuls sourires vont à Ana, ou lorsqu’elle se plonge dans les photos jaunies de sa vie. L’Espagne n’a plus de passé, plus de futur, rien qu’un présent interminable. Mais cette dictature se fissure, et cet été-là, la vie vient briser cette logique mortifère. Il y a les rêves d’Ana, lorsqu’elle s’envole ou s’imagine ce qui ne peut être. Il y a le plaisir des jeux. Il y a la jouissance, insupportable pour les fossoyeurs des libertés (le père meurt en faisant l’amour). Cet été qui se profilait comme tous les autres depuis quatre décennies devient l’été des possibles. Le passé et ses fantômes ressurgissent, venant rappeler aux vivants qu’il y a eu une histoire avant Franco. Un coin du voile se soulève, révélant que le temps peut repartir et qu’un futur se profile. Passé, présent, futur, coexistent. Carlos Saura nous fait ressentir ce moment où tout s’interpénètre pour remettre l’histoire en marche, notamment en faisant jouer à Géraldine Chaplin et la mère d’Ana et Ana devenue adulte. Saura nous fait ressentir ce qu’est la promesse d’un réveil, une révolution qui s’invente. Et qui s’invente depuis les plus fragiles, les plus démunis : les enfants. Le film trouve son titre dans un proverbe espagnol : « Elève des corbeaux et ils t’arracheront les yeux ». A la fin du film les trois sœurs sortiront fièrement dans la rue, au son de Porque te vas, farouches, décidées, prêtes à fondre sur le monde et à abattre le régime. On sait que ce sont elles qui vont détruire ce monde des adultes qui les a engendrées mais dont elles ne sont pas la chair, pas les enfants. Elles sont les enfants de la vie.

Porque te vas, la chanson interprétée par Jeanette, ne cesse de résonner, même lorsque l’on ne l’entend pas. Si son écho parcourt tout le film, lorsqu’Ana pose son 45t sur l’électrophone, le souffle de la vie surgit d’un coup dans la maison. Cette ritournelle provoque des frissons qui nous parcourent l’échine, tant on ressent l’urgence de ces petits moments de liberté qui permettent aux enfants, et à nous spectateurs, de respirer dans l’atmosphère étouffante dans laquelle Saura nous plonge. Les trois générations de femmes ont leur chanson. La grand-mère est accompagnée du chant mélancolique et désuet de Mari Cruz, les apparitions de la mère d’Ana s’accompagnent d’un air de piano, et la jeune génération danse sur le tube de Jeanette, sa mélodie enlevée et ses paroles désenchantées. Il y a deux grands courants d’air frais dans Crias Cuervos, Porque te vas et les grands yeux d’Ana Torrent, son regard si profond, unique, totalement envoûtant et magique. Elle a été le déclencheur du film, synthétisant les idées de Saura, et sans elle ce film ne serait pas ce qu’il est. L’intensité qui se dégage de cette petite personne est proprement tétanisante, elle est certainement le corps de cinéma le plus envoûtant jamais filmé. Carlos Saura l’a découvert dans L’Esprit de la ruche de Victor Erice, produit comme Cria Cuervos par Elias Querejeta. Dans les deux films, les personnages s’appellent Ana, comme si l’incroyable présence de l’actrice s’emparait complètement du film. Si le cinéma est avant tout affaire de corps, de rapport entre une caméra et celui qui est filmé, Ana Torrent jeune est l’incarnation du cinéma. Ce rapport au corps, Saura le recherche constamment, et ce n’est pas anodin que Géraldine Chaplin soit alors sa femme. Comme lorsque Rossellini filme Ingrid Bergman, comme Bergman avec toutes ses femmes…

Saura avait besoin d’Ana Torrent comme catalyseur. Sous le régime dictatorial, Carlos Saura a toujours dû ruser avec les autorités. Dans son premier long métrage, Los Golfos (1960), le réalisateur décrit une jeunesse en perdition dans les quartiers miséreux de Madrid. Le film est classé « 2ème catégorie B », soit une « œuvre dénuée de tout intérêt artistique ». Saura situe l’action de son film suivant, La Charge des brigands (Lanto por un bandido, 1964), au XIXème siècle. C’est un récit picaresque dont l’aspect historique laisse cependant trop facilement entrevoir une critique de la Guerre d’Espagne et du franquisme. Saura doit couper la première scène (où son ami Luis Bunuel joue un bourreau se délectant à l’idée d’exécuter sept intellectuels) et se retrouve dans le collimateur de la censure. Stress-es tres-tres (1968) est une critique acerbe de la bourgeoisie qui nous montre un couple aveugle à ce qui se passe autour de lui, enfermé dans son égoïsme, vidé de tous sentiments, frustrés. Dans Ana et les loups (Ana y los lobos, 1973), trois fils représentent l’armée, le clergé et les tabous bourgeois. L’irruption d’une gouvernante tentatrice vient exposer l’hypocrisie de ces castes dominantes. Cria Cuervos poursuit dans cette veine métaphorique et symbolique. Le père d’Ana, c’est Franco et sa mère disparue c’est bien sûr la république, morte d’avoir été trahie, trompée. « Tout n’est que mensonge » nous dit-elle lors de l’une de ses apparitions. La mère d’Ana a dépéri à force de ne plus être écoutée, aimée, à force d’avoir été trompée par son mari volage. Quant à Ana et ses sœurs, elles sont l’espoir d’un renouveau, la force de la jeunesse qui va abattre le régime. Ana a le pouvoir de voir, de ressentir la présence de sa mère, le fantôme de la république. C’est elle qui s’occupe de la grand-mère oubliée dans son fauteuil.

Les sœur jouent, car jouer c’est défier, c’est inventer, c’est créer. Lorsqu’elles jouent, elles combattent. Elles se déguisent en vierge Marie, en militaire et en bourgeoise. Armée, religion, bourgeoisie, trois piliers du franquisme dont déjà, si petites, elles se moquent. Elles ont le pouvoir de réinventer leur histoire en se la réappropriant. Elles montent une pièce de théâtre où Ana joue le rôle de sa mère et Irene celui de leur père, recréant une dispute dont Ana fut témoin. Nous avons vu ce souvenir, cette mère qui, à bout, crie qu’elle veut mourir. Mais cette fois, elle s’oppose farouchement à l’image du père et les filles vengent leur mère par le jeu. Bientôt la violence d’Ana dépasse le jeu et menace directement la société. Elle a des envies de meurtre. Elle a un pistolet qu’elle braque contre sa tante et son amant, contre la bourgeoisie et l’armée. Et il y a un flacon de poison, confié à Ana par sa mère, référence à celui utilisé par Edmund, le jeune héros d’Allemagne Année Zéro de Rossellini, film qui parle également d’un pays au tournant de son histoire. Nous sommes à la fin de l’ère du dictateur, et si Carlos Saura utilise la métaphore et les symboles c’est maintenant aussi dû à une véritable volonté artistique. Il n’est qu’à voir la façon dont il traite le père d’Ana, militaire de carrière qui s’est engagé aux côtés de Franco et de Hitler dans la lutte anticommuniste. L’attaque est frontale : lâche, arrogant, arriviste, menteur. Saura n’a plus besoin de se cacher derrière ces procédés, qui ne trompent que les censeurs. Le franquisme est à l’agonie. Franco meurt l’année de la sortie de Cria Cuervos, tué par Ana.

« Todas las promesas de mi amor se iran contigo
Me olvidaras
Me olvidaras
Junto a la estacion yo lloraré igual que un niño
Porque te vas. »

(Toutes les promesses de connaître l'amour s'en iront avec toi
Tu m'oublieras
Tu m'oublieras
Près de la gare je pleurerai, comme un enfant
Parce que tu pars)

Ce qui se passe cet été là va au-delà d’un basculement historique, il y a autre chose de plus grand, de plus fort encore dans Cria Cuervos. Cette chose c’est la vie, tout simplement. Ce pays qui se réveille, et ce parce que le temps se remet à couler, entraîne avec lui l’idée de la mort. Il ne peut y avoir de vie que parce qu’il y a une fin, un pays ne peut avoir d’histoire que parce que tout est périssable. Seule la mort peut entraîner le renouveau. Tout cela, Ana, comme tout enfant doit vivre avec. Mais ce qu’il y a de beau, c’est qu’elle n’est pas seule pour faire ce chemin : il y a sa mère qui est là pour l’accompagner, qui sera toujours là.

Cria Cuervos n’est pas seulement un magnifique pamphlet politique, c’est aussi une admirable réflexion sur le deuil, sur les souvenirs qui ne veulent pas s’éteindre. Un film peuplé de fantômes et de photos du passé dans lesquelles une grand-mère s’évade. Dans Le Jardin des délices (El Jardin de las delicias, 1970) Carlos Saura mettait déjà en scène un personnage d’accidenté qui, sourd aux malversations de son entourage (tout à découvrir le numéro de son compte en Suisse), se laissait emporter dans ses souvenirs. Bien sûr, ce personnage nous ramenait à Franco dont les forces déclinaient de manière flagrante, et à son entourage prêt à fondre sur l’héritage du caudillo. Le souvenir est également au cœur d’un autre film de Saura, La Cousine Angélique (La Prima Angelica, 1973), où un homme exécute les dernières volontés de sa mère et est assailli par des images du passé. Dans Cria Cuervos, Saura filme la mort, mais surtout filme les traces de ce qui reste. Il filme ce qui demeure. Bref, il fait du cinéma, cet art incroyable qui a le pouvoir de toujours faire vivre au présent des images du passé. L’art du souvenir convoqué, réactualisé, réinventé, revitalisé. L’art du hors champ, de ce qui reste à l’écran, de ce qui en sort. Comme le souvenir… ce qui reste, ce qui sort. Le souvenir de ceux qui sont morts, ce qui disparaît et tout ce qui vit encore d’eux dans les vivants, chez ceux qui restent.

La mort est omniprésente dans le film. Elle emporte les membres de la famille, les animaux domestiques. Les enfants jouent à se pointer du doigt et à se tuer. Ils ont peur de la mort, ils en appellent à elle pour se venger. Saura nous montre de front l’agonie de la mère d’Ana, scène bouleversante, terrible, où elle hurle de douleur, où elle ne peut même plus crier. Une scène aussi forte et traumatisante que celles de Cris et chuchotements de Bergman. Et malgré cela, la vie ne cesse de s’infiltrer par les interstices. La mort est omniprésente dans Cria Cuervos parce que c’est un film empli de vie. Et qu’est-ce qui est plus empli de vie qu’un enfant ?

Le film de Saura épouse l’imaginaire enfantin d’Ana. Le cinéaste nous fait partager son monde intérieur fait de fantasmes, de rêves, de visions, de tristesse silencieuse, de sentiment de solitude et d’abandon. Lorsque la mère d’Ana vient lui brosser ses cheveux, Saura atteint un véritable idéal de cinéma. C’est une scène poignante, d’une douceur infinie et d’une tristesse sans fond. Elle nous dit tout, sans un mot, sur le manque, sur le fait de devoir continuer sa vie sans l’être aimé. C’est certainement le plus beau film tourné sur l’enfance. Pas une enfance idyllique, mais une enfance peuplée de peurs, hantée par la mort. Ana ressemble à beaucoup d’enfants qui, après avoir été grondés ou brimés, sont pris du désir de voir mourir celui qui en est la cause et font alors appel à une puissance magique ou à un rituel. Carlos Saura montre les frontières quais infranchissables entre le monde de l’enfance et celui des adultes, la mécompréhension totale entre ces deux univers.

Cria Cuervos bascule constamment du rêve à la réalité, sans établir de frontières, sans fixer de règles ou d’échelle de valeur, car le film passe par le regard d’un enfant. Toute la puissance de l’imaginaire est ici convoquée.

Il y a une poignée de films où tout semble converger, où l’histoire d’un pays rencontre l’univers intime d’un artiste. Des films qui débordent de cinéma. Cria Cuervos est de ceux-là. Il y a le monde, la société, l’homme, l’enfant. Et une chanson. Et une actrice qui embrase le tout. C’est une œuvre fondamentale, qui marie avec une perfection rarement égalée la puissance d’un discours radical et une émotion de chaque instant. C’est un film qui nous parle directement, qui fait écho à ce que nous sommes et ce que nous avons été. Un film qui travaille nos souvenirs, qui les fait remonter à la surface. Un film qui parle de notre enfance, de notre monde. C’est l’histoire d’un pays, l’Espagne, sa renaissance… mais c’est l’histoire de tous les pays. Notre histoire à nous. Il y a la vie qui passe, les générations qui se succèdent, le temps, la mort, l’enfance, le souvenir, le rêve. Il y a le cinéma dans ce qu’il a de plus beau, de plus spécifique comme art. Il y a sa magie incarnée. C’est la plus belle illustration que l’on puisse imaginer à une possible définition du cinéma que nous propose Frank Pierson : « Les films sont à notre civilisation ce que les rêves sont à nos vies individuelles : ils en expriment le mystère et aident à définir la nature de ce que nous sommes et de ce que nous devenons. »

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Par Olivier Bitoun - le 6 novembre 2007