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Critique de film
Le film

Coup de tête

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L'histoire

François Perrin joue dans l'équipe de football de Trincamp, où tout est football, où l'on roule football chez Brochard, où l'on se meuble football chez Logerand, où l'on boit football au "Pénalty" et où l'on travaille football chez Sivardière, P.D.G. de l'usine et président du club. Lors d'un entraînement, François bouscule Berthier, la vedette de l'équipe. Après un coup de gueule, il est d'abord renvoyé de l'équipe, puis congédié de l'usine où il travaille. Un soir, à la suite d'une altercation, il est chassé du café des supporters, son dernier refuge. Décidé à quitter la ville, il veut revoir une dernière fois Marie, sa petite amie. Il a un peu bu et ses adieux provoquent un scandale. Une heure plus tard, accusé de viol, François est amené au commissariat. La victime n'est pas Marie mais Stéphanie, une jeune femme qui, avec d'autres témoins, pense reconnaître son agresseur. Deux mois plus tard, le petit club de football a fait une fantastique percée en Coupe de France. A mi-chemin du stade où doit se disputer le match, le car des joueurs se renverse et l'équipe se retrouve à court d'effectif. Bon gré mal gré, on décide donc à la dernière minute de rappeler Perrin, toujours incarcéré. Une décision que les dirigeants du club ne sont pas prêts de regretter...

Analyse et critique

« Ne vous y trompez pas : ce petit film est un grand film et Patrick Dewaere en est l'interprète idéal. »

On ne saurait donner tort à François Chalais et à sa critique de Coup de tête dans Le Figaro. Voilà l'exemple symptomatique d'un film sorti en 1979 dans un anonymat relatif et qui aujourd'hui, 25 ans plus tard, fait figure de film culte, non seulement auprès des "footeux", mais aussi de bon nombre de cinéphiles qui voient en Coup de tête le meilleur film de Jean-Jacques Annaud, un cinéaste qui a pourtant connu par ailleurs des succès commerciaux autrement plus retentissants. Mais à propos, qu'est-ce qu'un "petit film" ? Reconnaissons que cette formule est souvent source de malentendus. Si elle est censée simplement désigner un film à petit budget, réalisé avec une économie de moyens et sans ambition démesurée ni battage médiatique, alors oui, Coup de tête rentre indéniablement dans cette catégorie. En revanche, si elle insinue sournoisement qu'il ne s'agit que d'une "modeste comédie française", un genre au mieux mésestimé, au pire méprisé, alors mettons tout de suite les choses au point : non, Coup de tête n'a rien d'un petit film, mais plutôt d'une grande comédie, tant par l'originalité de son scénario, la saveur de ses dialogues et l'efficacité de sa mise en scène que par la qualité de son interprétation.

Le Hareng - Le Bourrin - Coup de tête

Jean-Jacques Annaud n'est guère connu du public français lorsqu'il commence le tournage d'un film intitulé Le Hareng, avec Patrick Dewaere dans le rôle principal. Rôle que Dewaere a obtenu comme prévu, malgré les supposées menaces de la Gaumont envers lui pour avoir refusé le film de Gérard Oury, La Carapate, après avoir pourtant signé le contrat. Pourquoi ce titre Le Hareng ? Parce qu'en Bretagne, où est censée se situer l'action, les travailleurs du poisson des bas quartiers sont baptisés péjorativement des "harengs". En cours de tournage, l'équipe apprend que la production a décidé de changer le titre et de baptiser désormais le film Le Bourrin, terme sportif peu flatteur pour désigner un joueur qui comble son manque de technique par un engagement physique peu orthodoxe et un jeu rude. Ce n'est finalement qu'au tout dernier moment, juste avant sa sortie, que Le Bourrin devient Coup de tête. Un bon titre, sans doute plus explicite et moins vulgaire que les deux précédents.

Annaud n'a tourné qu'un seul long métrage deux ans plus tôt, La Victoire en chantant, un retentissant échec commercial qui lui ouvre tout de même les portes de Hollywood grâce à l'Oscar du Meilleur Film Etranger (le film représentait alors la Côte d'Ivoire). « Après avoir obtenu cet Oscar inattendu, j'ai reçu énormément de propositions de films américains. J'ai eu la prudence de les refuser, pensant que je n'étais pas assez mûr pour affronter la mécanique de la production hollywoodienne et que je devais faire au moins un deuxième film dans ma langue. Ce film était très modeste, avec un petit budget. Il est d'ailleurs le seul de mes films qui n'ait pas connu de carrière à l'étranger. » À cette époque, Annaud évoluait encore dans le milieu de la publicité et l'idée de Coup de tête est venue de son ami Alain Godard, autre "enfant de la pub" à l'humour très caustique. Gaumont propose alors à Francis Veber de reprendre le scénario afin d'en améliorer les dialogues et les situations. « J'étais, par instinct, porté vers la satire sociale mais j'étais intéressé par l'apport d'un scénariste chevronné, grand expert de la mécanique du rire et des rouages du vaudeville. Francis préfère les personnages de comédie un peu abstraits, mais il a fait beaucoup d'efforts pour enraciner dans la réalité ceux de Coup de tête. Avec le recul, je pense que nous avons su marier notre savoir-faire. Nous avons travaillé un an sur ce script, que j'ai très peu modifié au tournage, même si Patrick Dewaere a bien entendu amené sa propre tonalité. »

Pour être fidèle à la réalité de ce genre de passion, pour être totalement imprégné de l'ambiance de la Coupe de France de football, Annaud et son scénariste Francis Veber passent beaucoup de temps dans les vestiaires des clubs de province. Ils rédigent un dossier composé de 57 questions qu'ils soumettent à de nombreuses équipes telles que celles de Melun, Montargis ou Concarneau. On les voit aussi fréquemment parmi les supporters, dans les cars qui les conduisent au stade les soirs de match, ou dans les cafés aux abords des stades, sympathiser avec les dirigeants de clubs. On les croise enfin dans les fêtes qui suivent les victoires, les fameuses troisièmes mi-temps bien arrosées. Toute une année est nécessaire pour recueillir l'information indispensable à la rédaction du scénario. « Le scénario s'est effectivement enrichi de ce travail de recherche et d'un énorme fichier de quatre cents entrées. Je me suis mis à circuler très facilement dans le milieu du football. Ce qui est curieux, c'est qu'alors que je n'y connaissais rien, j'ai choisi Auxerre comme club d'appui pour le tournage. L'équipe était alors inconnue et jouait dans une division inférieure avec déjà Guy Roux comme entraîneur. Et l'année suivante, le club brillait en Coupe de France, avant de parvenir en Division 1... Je n'étais pas peu fier ! »

Acteurs majeurs, jeu en mineur

Le tournage commence donc sur le terrain de sport de l'Association de la Jeunesse Auxerroise (l'AJA), puis se poursuit dans les vieux quartiers de la ville, Rue de l'Horloge ou Place de la Mairie. De très nombreux figurants sont les habitants d'Auxerre, trois mille d'entre eux se présentant spontanément. Si le choix de Patrick Dewaere pour le rôle principal s'impose aujourd'hui comme l'évidence même, il fut à l'époque très difficile à faire accepter au producteur de la Gaumont, Alain Poiré, qui préférait Gérard Depardieu et dont les réticences à l'égard de Dewaere étaient d'ordre toxicologique, les assurances hésitant même à le couvrir. Annaud finit tout de même par imposer son choix. « Moi, de toute façon, je ne voulais pas de la flamboyance de Depardieu. Je voulais un acteur qui sache jouer "en mineur". Depardieu est un acteur de la gamme majeur. Or Perrin est un piano désaccordé. » Une analogie musicale très pertinente. Dewaere refuse d'être doublé bien qu'un footballeur professionnel soit engagé pour les scènes de matchs. Il préfère être entraîné trois fois par semaine et peaufiner sa technique balle au pied. Cette assiduité va certes vider l'acteur physiquement mais également lui permettre de faire des progrès rapidement. Malgré ses efforts, il sera finalement doublé par Lucien Denis, footballeur professionnel de l'AJA, dans la plupart des scènes de match, son niveau restant trop faible selon les dires mêmes de Guy Roux, conseiller technique : « Il était assez athlétique, mais bon, encore une fois, il n'y avait rien à faire. Mes joueurs n'avaient jamais vu ça. »

« Ne jamais négliger les seconds rôles. » Cette devise assénée par les plus grands réalisateurs, notamment ceux du cinéma français d'après-guerre, trouve dans Coup de tête une parfaite illustration. Au-delà de la performance prodigieuse de Dewaere, Annaud réussit le tour de force d'engager une brochette de seconds rôles mémorables : Jean Bouise, Michel Aumont, Paul Le Person, Gérard Hernandez, Robert Dalban... « C'était du velours à diriger ! Ils répondaient au quart de tour et se montraient inventifs et drôles. Comme autrefois les seconds rôles de Renoir, Duvivier, Grémillon, Clair, Carné... J'étais nourri de tout ce cinéma, avec ses personnages de faubourg, hauts en couleurs. » Une peinture truculente et réaliste de personnages affreux, sales et méchants qui s'inscrit bien dans l'idée initiale du projet : faire un film dans l'esprit de la comédie italienne, dans la lignée des Monicelli, Risi ou Scola.

« J'entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents »

Rassurons tout de suite les réfractaires au football qui n'auraient pas encore vu le film. Coup de tête ne se prétend pas être un film sur le foot, mais plutôt une comédie satirique sur le vedettariat. Son réalisateur est d'ailleurs clair sur ce point : « Coup de tête n'est pas un film sur le foot, mais sur la façon dont le succès change le regard des gens. Le héros, c'est Loana. L'intrigue aurait pu se dérouler dans le show-biz : regardez la trajectoire d'un mec comme Pierre Richard, Dieu hier et aujourd'hui totalement ignoré. Et moi ! Après le bide de mon premier film, j'étais bon pour retourner faire des pubs. Et puis, à la stupéfaction générale, j'obtiens l'Oscar du Meilleur Film Etranger et Claude Berri m'appelle à nouveau "mon chéri". » C'est avant tout un film sur la France des supporters, sur la franchouillardise d'une petite ville de province et la mesquinerie de ses notables, où le football n'est finalement que la toile de fond. Comment un bagnard, un primate, la lie de la société peut devenir intouchable, et dans quelles circonstances, tel est le véritable propos de Coup de tête. C'est donc l'aspect sociologique de ce sport qui est mis en avant et illustré dans le choc Perrin / bourgeoisie locale.

On a parfois reproché à Annaud de donner une image négative du foot et de jeter un regard méprisant sur le sport amateur. Un argument naturel, mais en réalité peu fondé, pour trois raisons principales.
- De par sa nature même, la comédie satirique se doit de forcer le trait, d'appuyer là où ça fait mal. Faire dans la demi-mesure serait dès lors un contresens et irait à l'encontre de l'héritage et de la source d'inspiration déjà évoqués : la comédie italienne des années 50 à 70.
- Les situations dépeintes dans le film ne sortent pas de l'imagination du scénariste ou du réalisateur. Rappelons qu'Annaud a traîné ses guêtres dans les petits clubs amateurs pendant deux ans avant d'attaquer le tournage. Rien de ce qui est dans le film n'a été inventé. « Le notable de province joué par Jean Bouise m'a été inspiré par des individus que j'ai croisés. J'ai réellement vu les billets de 50 francs déchirés en deux à la sortie des vestiaires et complétés seulement si un but était marqué ! » Annaud avoue même qu'il a dû parfois adoucir le tableau...
- Enfin, il paraît simpliste de voir dans cette peinture de la France profonde des supporters un regard univoque teinté de dédain et de mépris. On perçoit également entre les flèches lancées par Annaud une réelle empathie pour tous ses personnages. « Je vais vous étonner mais moi, les supporters excessifs et faux-culs du film, ils me touchent. »

Des situations excessives ? Une réalité moins manichéenne ? Peut-être... Reste une question qui mérite d'être posée : Coup de tête pourrait-il aujourd'hui se tourner en France, quand les mêmes multinationales détiennent les équipes de foot et les télévisions ?

Coup de gueule

À sa sortie, Coup de tête reçoit d'excellentes critiques dans la presse de tous bords. Annaud fait l'unanimité, ou presque, et la prestation de Patrick Dewaere est saluée comme il se doit. Mais curieusement, les spectateurs ne suivent pas vraiment. Comme l'affiche du film représente Dewaere en tenue de footballeur, le public croit aller voir un film sur le football, ce qui n'est pas vraiment le cas, comme nous l'avons déjà signalé. Maigre consolation : Coup de tête reçoit des nominations aux Césars de l'année 1979 et Jean Bouise obtient la récompense pour le meilleur second rôle masculin. En revanche, lorsqu'il sera plusieurs fois présenté à la télévision, le film obtiendra une importante audience et un excellent indice de satisfaction. Une longévité qui ne cesse d'étonner le réalisateur. « Oui, sa durée de vie est exceptionnelle. Les gens l'aiment beaucoup. Certains disent même que c'est mon meilleur film ! J'ai toujours eu le sentiment de faire un film français “traditionnel” et qui, d'une certaine manière, s'adapterait bien au format télévisuel. Mais il a quand même rencontré un honorable succès en salles, avec environ 300 000 entrées sur Paris, malgré la grève de la télévision qui a empêché toute promotion. En plus, Patrick était à l'époque à couteaux tirés avec la presse, après avoir frappé un journaliste de France-Dimanche. » Soulignons que Patrick Dewaere, comme Delon, Belmondo, Ventura et d'autres grands comédiens, fait à cette époque une véritable guerre au petit écran. Souvent, il refuse de coopérer à quelques émissions, jugeant déloyale la concurrence de la télévision au cinéma. Une grève des comédiens survient d'ailleurs en 1978. Pendant toute une année, Dewaere reste très sensible à ce problème et va refuser de paraître à la télévision, y compris dans des émissions très populaires, comme celle de Michel Drucker, Les Rendez-vous du dimanche, où pourtant il a été invité pour défendre et présenter son nouveau long métrage. Parole à l'intéressé (attachez vos ceintures...) :

« J'ai refusé toutes les télés qu'on me proposait car je partais du principe qu'il ne fallait pas se mettre à genoux devant le petit écran et qu'il fallait payer pour avoir une bonne publicité du cinéma à la télévision. Cela m'a apporté beaucoup de problèmes et j'ai même provoqué un petit scandale auprès de certains producteurs qui n'ont pas compris que je refuse des émissions faites pour promouvoir mes films. La publicité que la télévision fait au cinéma est très mauvaise. »

« Voyez Michel Drucker et son émission : quand il a tous les acteurs du film autour de lui, il devrait avouer qu'il fait de la publicité pour une maison de production. Au moins ce serait plus honnête ! Seulement voilà, ils sont tous là à essayer de rendre la monnaie au cinéma parce que le cinéma leur file un film par soir. Je trouve ça très mauvais de dire comme on tendrait une perche : "Faites un beau geste, allez voir ce film"... Lorsque j'ai tourné un film, je suis fier de l'avoir fait et je n'ai pas envie d'aller sur les plateaux de télé pour me faire poser des questions par un gars qui n'a pas vu le film et qui s'en fout complètement ! Il essayera seulement de mentionner le plus souvent le titre parce que c'est un accord avec la maison de production. Et nous là-dedans ? Le boulot qu'on a fait, le film qu'on a tourné, les journées qu'on a passées, tout d'un coup cela devient minable, inutile, inintéressant. C'est bien simple, on a alors plus qu'une envie : prendre ses jambes à son cou pour se sauver. »

« Si on me demande d'aller sur un plateau de télévision pour défendre un film, c'est tout simplement parce que cela fait une émission pas trop chère grâce à ma petite gueule. La seule bonne publicité que je serais prêt à faire serait du genre victorieux : "Surtout ne venez pas, il y a trop de monde !" A la place de cela, on entend toujours : "C'est moi qui ait fait le film et je viens vous dire qu'il est bien." C'est prendre les spectateurs pour des imbéciles ! Comment voulez-vous qu'ils y croient ? Ils constatent simplement qu'un Dewaere ou un autre est en train de ramer comme une bête sur leur écran pour essayer de "draguer des fauteuils" et pour essayer de conserver sa petite situation dans le cinéma. C'est vraiment déplorable ! »

Du Dewaere dans le texte... Après ces déclarations, on comprend que la publicité pour Coup de tête ne soit pas des meilleures sur le petit écran. Jean-Jacques Annaud se rend à la place de Patrick Dewaere sur le plateau des Rendez-vous du dimanche mais les responsables de l'émission refusent de le recevoir et de passer un extrait du film. Coup de tête ne sera pas mentionné à l'antenne... Ce qui ne l'empêchera pas quelques années plus tard d'être projeté à plusieurs reprises ! Dewaere regrettera plus tard ses déclarations et ses positions vis-à-vis de la télévision, notamment dans une lettre très touchante adressée à Jean-Jacques Annaud et dans laquelle ressortent toute sa sensibilité à fleur de peau et son caractère d'écorché vif. Un fac-similé de cette lettre est inclus dans l'édition DVD du film (voir la section BONUS).

Une œuvre atypique dans l'univers d'Annaud

Si Coup de tête est un film que beaucoup de Français ont déjà eu l'occasion de voir, notamment grâce à ses nombreux passages télévisés, il est toujours amusant de constater combien peu de personnes réalisent qu'il s'agit d'un film de Jean-Jacques Annaud. Comme le confie le réalisateur lui-même, certains refusent même de le croire ! La raison en est simple : le film ne s'insère pas dans son univers habituel. Il est intéressant de noter que Coup de tête est le seul film contemporain du réalisateur. Toutes ses autres œuvres s'inscrivent systématiquement dans un contexte historique : la préhistoire (La Guerre du feu), le Moyen-Âge (Le Nom de la rose), l'entre-deux-guerres (L'Amant) ou la guerre (La Victoire en chantant, Stalingrad), par exemple. Ici, il n'y a plus d'armée ni de clergé. Mais il y a le sport, nouvelle religion moderne et planétaire qui permet d'installer des "primates" comme François Perrin à la table des grands patrons plus soucieux de financer le sport que de promouvoir la culture. L'époque n'est pas le seul critère discordant. L'espace, donnée essentielle des films d'Annaud, n'est pas immédiatement perceptible dans Coup de tête : en dépit des tentatives d'évasion du héros en auto-stop, le film reste une comédie rurale confinée au cadre étroit d'une petite ville de province et de ses "institutions" : le stade, l'usine, la prison. Ce n'est d'ailleurs pas tant de sa cellule que voudrait s'extraire Perrin que de cette ville qui symbolise sa claustration physique et mentale. Et quand il retrouve enfin un semblant de liberté, il n'est pas anodin de le voir insister pour regagner sa cellule. Cet acte n'est pas simplement un camouflet lancé au visage de ses soudains admirateurs, c'est aussi une manière de fuir les barreaux virtuels d'un confort factice pour ceux bien réels de la prison. La réplique qu'il lance à Stéphanie en dit d'ailleurs long à ce sujet : « Je voudrais foutre le feu à cette putain de ville. » Son voyage en Afrique, il le fait en arpentant le caniveau de Trincamp, au contact de braves éboueurs exclus comme lui de l'ordre petit-bourgeois.

Dernière particularité de Coup de tête : le texte. Les films d'Annaud contiennent généralement peu de mots. La Guerre du feu, L'Ours sont presque des films muets. Le Nom de la rose est beaucoup moins riche en dialogues que le livre d'Eco. L'Amant et Sept ans au Tibet sont aussi des films silencieux. Seules les deux premières comédies, qui dépeignent la France des bistrots et des colonies, sont bavardes. Il faut ici souligner le travail remarquable de Francis Veber et sa contribution importante au résultat final. C'est lui notamment qui est à l'origine des dialogues savoureux, des répliques devenues cultes et du retournement de situation final, une idée subtile qui participe beaucoup au charme du film. En mettant à exécution ses menaces de vengeance, Perrin se rabaisserait au niveau de ses médiocres adversaires et le spectateur perdrait tout sentiment de sympathie et d'empathie à son égard. Toute la subtilité du scénario réside donc dans le fait de laisser ses ennemis en situation de frustration de vengeance, à la fois désemparés et insatisfaits. Une idée qui aujourd'hui, avec le recul et plusieurs visionnages du film, paraît couler de source, mais qui en réalité a été le fruit de longues heures de réflexion. Pour reprendre les mots de Jean-Jacques Annaud, et contrairement au dicton populaire, « la vengeance n'est pas un plat qui se mange froid, la vengeance est un plat qui ne se mange pas. »


Références :
- Nicolas Bonnal : Jean-Jacques Annaud, un cinéaste sans frontières
- Christian Dureau : Patrick Dewaere
- Magazine So Foot (numéro 15 - Octobre 2004) : dossier Foot et cinéma
- Site Web de Jean-Jacques Annaud : http://www.jjannaud.com/jja.htm

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : gaumont

DATE DE SORTIE : 15 juin 2016

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Par Memento - le 23 mai 2005